24 janv. 2015

Tais-toi donc Grand Jacques

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Jacques Brel

Ce soir, à la télévision, Le Grand Échiquier, en hommage à Jacques Chancel qui vient de nous quitter.
Pendant des années, après avoir terminé la classe dans ma petite école du Coudray-Macouard, et après avoir couvert à bicyclette les sept kilomètres qui la séparaient de chez nous, à Montreuil, je prenais ma radio et allais cultiver mon jardin ; de 5 à 6 h, j'écoutais chaque jour Radioscopie.

Au cours de l'émission de ce vendredi, j'ai revu un autre Jacques, Brel de son nom, que j'ai rencontré une fois, par hasard en Afrique.
J'avais entendu ses premières chansons en 1960, dans le foyer de l'école normale d'instituteurs de Beauvais où j'étais alors élève après avoir été mis à la porte de celle d'Orléans. Je ne les ai jamais oubliées. J'ai acheté depuis le disque avec Il pleut (Les carreaux de l'usine sont toujours mal lavés) ; Il peut pleuvoir sur les trottoirs ; et surtout Grand Jacques, si proche du petit Jacques perdu dans la froide et triste Oise, orphelin de sa blonde Loire : ce que Brel disait sur les églises dont je n'ai fréquenté que les parvis, mais que j'ai beaucoup visitées ; sur les guerres, quand je ne fus jamais soldat ; sur l'amour qui m'a joué tant de tours...

Puis ce fut un nouvel exil, celui-là volontaire, comme coopérant culturel pour échapper au service militaire que cette coopération remplaçait alors, instituée par de Gaule un an plus tôt. Sept années au Maroc, de 1966 à 1973. Et là, l'une des grandes émotions de ma vie nomade : ma rencontre, donc,  avec Jacques Brel à Meknès, peu après mon arrivée, et une bière partagée...

   
Jacques Brel en 1971. (Photo du Net)

Le Grand Jacques qui, malade, savait qu'il allait bientôt mourir, avait décidé d'arrêter de courir les salles de spectacle ; mais il avait voulu auparavant offrir une tournée d'adieu. L'une d'elles l'a conduit au Maroc, et à Meknès.
Un samedi soir, il donna son récital dans le grand cinéma du Rif qui jouxte le collège du Riad dans lequel j'enseignais, dans le Nouveau Mellah, à quelque deux kilomètres de la ville moderne où j'habitais. J'assistai à cette soirée. Il était impressionnant, vivant chaque chanson de toute son âme tourmentée, de tout son corps, gesticulant, grimaçant, suant... 
Après le spectacle, je restai à discuter avec quelques amis devant le cinéma, les soirées sont si agréables au Maroc, après la chaleur de la journée. Et je rentrai enfin. M'approchant de la vieille Bab Mansour - l'une des portes monumentales de la ville ancienne - je vis de loin un homme tourner comme un fauve près d'un petit taxi comme il y en a là-bas.

 Bab Mansour, dans la ville musulmane. (Photo du Net)
 
Je reconnus vite Jacques Brel et arrêtai ma voiture pour lui demander s'il avait besoin de quelque chose. - Oui, si tu pouvais me conduire à mon hôtel, parce que le chauffeur n'a pas l'air de savoir changer sa roue crevée. Je voudrais vite aller me coucher.
Nous chargeâmes ses bagages dans ma voiture et partîmes aussitôt pour l'hôtel Transatlantique, à Bellevue, tout près de la villa que nous louions ensemble, deux coopérants et moi.
- Si tu veux, viens me retrouver demain matin vers 11 h, je te paierai une bière pour te remercier, me dit-il après que je l'eus déposé.

 La vieille ville de Meknès photographiée de Bellevue, où j'habitais.

Je le retrouverai donc le lendemain matin au bar de l'hôtel, et nous bavardâmes pendant une petite heure. Je n'ai jamais oublié son immense tristesse, sa lassitude. Ce n'était plus le même homme que j'avais vu chanter la veille au soir. Ses cheveux longs encadraient son visage creusé par la fatigue... ou le mal qui le rongeait déjà.
Puis il est parti pour les Marquises, comme s'isolent les éléphants qui savent leur fin proche et qui veulent cacher leur décrépitude à ceux qui les ont admirés si grands, si forts.

Dernièrement, quand nous avons accompagné notre fille qui avait une conférence à Bruxelles, je suis allé en pèlerinage visiter le petit musée que la ville avait créé pour rendre hommage à son grand homme...

Sa chanson, Grand Jacques :

C´est trop facile d´entrer aux églises
De déverser toute sa saleté
Face au curé qui dans la lumière grise
Ferme les yeux pour mieux nous pardonner

 
Tais-toi donc Grand Jacques
Que connais-tu du bon Dieu ?
Un cantique une image
Tu n´en connais rien de mieux


C´est trop facile quand les guerres sont finies
D´aller gueuler que c´était la dernière
Amis bourgeois vous me faites envie
Vous ne voyez donc point vos cimetières

 
Tais-toi donc Grand Jacques
Laisse-les donc crier
 
Laisse-les pleurer de joie
Toi qui ne fus même pas soldat


C´est trop facile quand un amour se meurt
Qu´il craque en deux parce qu´on l´a trop plié
D´aller pleurer comme les hommes pleurent
Comme si l´amour durait l´éternité


Tais-toi donc Grand Jacques
Que connais-tu de l´amour
Des yeux bleus des cheveux fous
Tu n´en connais rien du tout


Et dis-toi donc Grand Jacques
Dis-le-toi bien souvent
C’est trop facile
De faire semblant.



22 janv. 2015

Retour en classe après 20 ans de grandes vacances


Voir aussi : Le Thouet 
                   Le Thouet angevin
 
Cliquer sur les documents iconographiques pour les agrandir.

Retraité depuis juin 1995 – mais chez les instituteurs, on n'est pas « retraité », mais « pensionné » – puisque j’ai quitté la petite école du Coudray-Macouard en 1995, j’ai été invité en ce mois de janvier 2015 par Marie-Laure Sécher, directrice de l’Ecole Sainte-Anne de Montreuil-Bellay, pour parler de la rivière du THOUET à ses élèves de CM1/CM2.


Dans la classe de Marie-Laure Sécher.

Les enseignants ont comme consigne d’évoquer le plus possible la géographie et l’histoire locales, d’où le choix du thème.
Pour moi, le plaisir de retrouver des élèves du même âge que ceux que j’ai accompagnés pendant près de quatre décennies.
 J’avais préparé un diaporama adapté au niveau des enfants.

Le Thouet
Nous partons de sa source, peu connue, au sud de Secondigny, dans les Deux-Sèvres, simple mare dans un champ et, pas à pas, nous suivons virtuellement le ruisseau qui élargit progressivement son cours.

 La source du Thouet, une petite mare dans un pré.

Un ruisseau après le moulin de Cossé.

 Une rivière peu après son entrée dans le Maine-et-Loire.
Le Thouet à Vieux-Moulin.

Sa rencontre avec des moulins, des lavoirs ; sa traversée des villes qui aimaient traditionnellement se bâtir sur les rives des cours d’eau : Parthenay, Thouars, Montreuil, pour les plus importantes. Quelques photos de beaux ponts gothiques, le plus remarquable étant sur le Thouaret, à quelques kilomètre au sud de Thouars ; sans oublier les pittoresques ruines de ceux de Montreuil, visibles de l’Ile aux Moines, succession de ponts qui joignaient les îles entre elles.

 Un pont élémentaire sur le Thouet,
dit à pas d'homme... ou de femme.



Le joli pont gothique sur le Thouaret, au sud de Thouars.
Etroit, il forme un coude.

Les ruines des vieux ponts gothiques de Montreuil-Bellay,
effondrés pour la dernière fois, et définitivement, en 1577.

Le Thouet absent des cartes de France
Une vue aérienne et un vieux plan montrent la confluence à Saint-Hilaire-Saint-Florent de la rivière avec la Loire. Expliquer alors que Le Thouet, comme la plupart des affluents du fleuve, accompagne parallèlement celui-ci un certain temps avant de se jeter dedans.

Je n’ai appris l’existence de ce Thouet que lorsque j’ai découvert Montreuil-Bellay où j’ai jeté l’ancre en 1973 après de nombreuses sédentarisations dans plusieurs villes ou villages, dont sept années à Meknès, au Maroc.
La rivière, pourtant longue de 152 km, n’existait pas sur les vieilles et belles cartes murales traitant de l’hydrographie de la France, cartes affichées dans les classes de mon enfance, de mon adolescence, et dans celles dans lesquelles j’enseignai. Pourtant, par exemple, elles situaient le « petit » Clain ; mais il est vrai que ce dernier arrose Poitiers, grande ville que l’Histoire cite souvent !
Alors… acceptons l'oubli que nous voulons corriger ici !


Le Thouet est bien absent en aval de la Vienne. 


Le bassin du Thouet. 

En bas et sur la gauche du cliché,
la confluence du Thouet avec la Loire
qu'il a suivie avant de se jeter dedans.
(Photo Olivier Müller)

(Archives municipales de Saumur)

Il fallait aussi parler aux enfants du Thouet autrefois navigable à partir des trois ports successifs de Montreuil. Ne jamais perdre de vue la ville où habitent les élèves ; toujours s’appuyer le plus possible sur ce qu’ils connaissent déjà.


L'écluse de la Salle, la première sur le Thouet
en aval des ponts qui donnaient accès à ville, rive gauche.
(Plan du XVIIIe siècle, archives privées)


La Salle, ancienne commune de Saint-Hilaire-le-Doyen.
Le moulin, la chaussée-barrage 
qui permet un niveau d'eau correct et constant,
et l'écluse, autrefois à portes marinières
représentées ci-dessous.

Un bateau dans l'écluse de la Salle.
(Dessin de Charles Berg)

Aujourd'hui, le Thouet n'est plus navigable 
que pour les pêcheurs et les touristes...

... qui, de leur embarcation,
peuvent apercevoir le château de la Salle, 
 en aval de l'écluse et du moulin.
Ses terrasses successives descendent jusqu'à la rivière.


 A Montreuil-Bellay, le 23 novembre 1911,
le pont ferroviaire, sur la ligne Angers-Poitiers,
 ne résiste pas à une forte crue du Thouet. Seize victimes.
La presse parisienne évoque la tragédie. 

*

Janvier oblige, élèves, maîtresses partagent avec moi la galette avant l’envolée des élèves libérés vers la cour de récréation. Quelqu’un a dû prévenir que nous sommes le 20 janvier, jour de mon soixante-quinzième anniversaire. Est-ce vraiment le hasard qui glissa la fève dans ma part ?

Pour l'anniversaire, indiscrétion d'Irina ou de Mischa, 
les deux seuls élèves que je connaissais ?

Beaucoup d’émotion, de bonheur de rajeunir de plus de 20 ans par ces deux heures partagées à naviguer sur cette belle rivière que je vois de ma fenêtre depuis plus de 40 ans.


 Pour conclure,
une carte postale pour touristes :
Montreuil-Bellay, autrefois l'une des 32 villes closes de l'Anjou,
son enceinte fortifiée presque complète,
avec encore quatre de ses six portes monumentales,
ses deux monastères, ses vieilles églises,
dont l'une, du XVe siècle, entièrement restaurée,
ses belles demeures,
ses châteaux... 
et sa rivière, un temps canalisée, le Thouet.


18 janv. 2015

A Montreuil-Bellay, la vie de château pour des Morgan


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Tous les équipages et quelques-unes des nombreuses Morgan 
devant le château de la Salle.

Cliquer sur les photographies pour les agrandir.

Montreuil-Bellay, une si jolie petite cité de l'Anjou ; la ville close fleure bon encore le Moyen Age finissant.

Dans les vignes, les vestiges du très vieux cheminement 
qui conduisait de Juliomagus (Angers) à Limonum (Poitiers). 
A l'arrière-plan, la vieille ville.

Les châteaux des d'Harcourt et leur collégiale.


 Le château, c’est celui de la Salle, à Montreuil-Bellay, que l’on aperçoit difficilement sur la gauche avant d’arriver à la ville quand on vient de Saumur parce que caché en grande partie par la végétation. Le précède une majestueuse allée bordée de deux rangées de marronniers qui part de la grand-route, toujours sur la gauche, quelques hectomètres avant le premier rond-point. Il a été récemment acheté par Michelle et Michel Houdebine qui viennent de restaurer la propriété.

Les Morgan sont de merveilleuses et pimpantes voitures, dites de collection. L’ingénieur britannique H.F,S. Morgan a créé sa société en 1910, date à laquelle il commença dans la course automobile. Elle n'eut que trois roues jusqu’en 1936, date de la sortie de la « Four-four », la première quatre roues.

Ce samedi 17 janvier, les châtelains montreuillais accueillent chez eux le départ de la 9ème sortie des « Givrés », rallye sur deux jour- nées entre Loire et Sèvre organisé par le Morgan Club de France.


Une quarantaine Morgan se retrouvent tôt le matin dans la cour du château de la Salle où sera donné le départ. Certaines viennent de loin, de Belgique, de Toulouse...

Au premier plan, Michelle et Michel Houdebine, 
les hôtes très entreprenants de la matinée.

Les belles machines...




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Avant le départ, les équipages sont reçus dans le chai
pour le petit déjeuner et un cadeau en vins de la propriété.

Au second plan, de profil, Michel Hoiudebine.

Et pendant ce temps-là, 
le château et ses deux tours d'escalier du XVIe siècle...

... veillent sur les belles Morgan un instant délaissées.

Partie plus récente du château, du XVIIIe siècle.

Trois terrasses descendent de la cour du château
jusqu'à la rivière du Thouet.

La chapelle seigneuriale, dédiée à sainte Barbe,
ouvre sur la première terrasse.       

C'est maintenant l'heure du départ...     
     
On se prépare, se couvre bien car, si le soleil est de la partie, 
le fond de l'air est frais, et l'on va rouler à tous vents...





Les hôtes en dernier, après les autres...
Michelle au volant ; Michel en navigateur.


Principales villages et villes rencontrés tout au long de l’itinéraire détaillé dans le road-book :
Le samedi 17 janvier => Le Puy-Notre-Dame, Passavant-sur-Layon, Saint-Paul-du-Bois, Maulévrier (arrêt déjeuner), Saint-Laurent-sur-Sèvre, Cholet (pour la nuit).
Le dimanche 18 => Beaupréau, Montrevault et Saint-Laurent-du-Mottay. L'arrivée s’effectue au château de la Houssaye « Monde de Jacques », entre Angers et Nantes, château-musée d’autos, vélos, motos, jouets automobile…

Un grand beau soleil, ce samedi matin, pour une sortie conviviale très prisée.

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Hors sujet, quoique...

Je reçois à l'instant ce mail d'un ami breton, connu il y a "très" longtemps à l'école normale de Beauvais, au tout début des années 1960 ; ce qui fait toujours plaisir... déjà celui d'être lu.

Salut Jacques,[...] Je relis ou découvre des pages de ton blog et affirme que tu es ou deviens un grand témoin de l'actualité.
Continue, ne lâche rien.
Amitiés
        Richard

8 janv. 2015

Charlie Hebdo

Lu dans le Net : Je l'ai dit et le répète : ça fait "chialer" (anagramme de Charlie) qu'ils soient partis ainsi...  (Aline Mohair)   

AVANT  

* Cliquer sur les documents pour les agrandir.

   Extrait du Net. (Reçu de l'ami Jean-Pierre)

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 Dessin de Charb publié dans Libération le vendredi 9 janvier 2015...

                        

 ... et son dernier texte :

Peins un Mahomet glorieux, tu meurs.
Dessine un Mahomet rigolo, tu meurs.
Gribouille un Mahomet ignoble, tu meurs.
Réalise un film de merde sur Mahomet, tu meurs.
Tu résistes à la terreur religieuse, tu meurs.
Tu lèches le cul aux intégristes, tu meurs.
Prends un obscurantiste pour un abruti, tu meurs.
Essaie de débattre avec un obscurantiste, tu meurs. Il n’y a rien à négocier avec les fascistes.
La liberté de nous marrer sans aucune retenue, la loi nous la donnait déjà, la violence systématique des extrémistes nous la donne aussi
Merci, bande de cons.
                              Charb

(Portrait - en fin de page - et texte communiqués le samedi 10 janvier 2015 au soir par un ami, un Jacques,)

Le génie de Charlie Hebdo ; qui pourrait aller plus loin dans l'humour (noir) ?

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PENDANT

Bon jour Charlie

J'ai quelque part toute une collection de Charlie Hebdo, et je me souviens d'avoir acheté en son temps des albums reliés d'années complètes pour n'en rien manquer. J'avais ainsi les premiers numéros... Mais j'ai voulu partager ma jubilation, et je les ai prêtés. Vous savez bien que nos livres "reposent" souvent dans les bibliothèques des amis qui "ont oublié" de nous les rendre, aussi suis-je aujourd'hui malheureux parce que j'aurais aimé les feuilleter afin de retrouver les émotions d'alors :

Les dessins de Reiser, parti le premier, si vite... son pittoresque Gros Dégueulasse si différent de lui... (Les revoir tous deux ci-dessous, dans Les portraits.)

Wolinski, Cabu et Cavanna.

Tous deux sont des documents du Net.

- La prose de Cavanna, au français savoureux et chatoyant comme seuls, souvent, savent l'écrire des "étrangers" ; et, en disant cela, je pense aux ouvrages de Tahar Ben Jelloun qui me restituaient intacts tous les parfums de mes sept années de vie marocaine ;

- la gentillesse souriante de Cabu ;

- l'aristocratie délicieusement faussement naïve de Wolinski ; 

- toute l'équipe, parce que Charlie Hebdo était avant tout une équipe... et ma vieille tristesse quand certains l'ont quittée pour une autre navigation ; la nostalgie, quand tout le corps souffre d'un manque, si différente de la mélancolie, cette maladie de ce que l'on appelle maladroitement "l'âme".

                                    Jacques (à l'état-civil) / Tchopa (en nomadie) / Yacoub (en Islam), qui a vécu et travaillé pendant sept années en terre musulmane, à Meknès (au Maroc), et qui a voyagé, entre autres errances, en Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Jordanie, Israël, Palestine, Syrie, Turquie, Iran, Ouzbékistan, au Liban, au Yémen...

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En hommage, quelques dessins découverts sur le Net au soir et au lendemain de la boucherie non hallal du mercredi 7 janvier 2015. Ce funeste mercredi 7 janvier 2015 après Aïssa [Jésus pour les musulmans], nouvelle Héjire* pour la presse française. 

* Héjire : Fuite de Mohammed – le prophète de l’Islam – qui quitta la Mecque pour se réfugier à Médine, le 16 juillet 622 après J.-C.. Ce jour est devenu la première date de la chronologie musulmane.

Sur le Net...


Un peu d'histoire à propos de cette formule tant vulgarisée [devenue commune] ces tout derniers jours : "Je suis Charlie". Elle me rappelait des constructions semblables, dont celle de Kennedy à Berlin. Et aussitôt, d'interroger Google.
En effet, en 1963, J.-F. Kennedy, le président des Etats-Unis d'Amérique, en visite à Berlin-Ouest alors que la ville est coupée en deux par un mur érigé deux ans plus tôt, prononce dans son discours le célèbre : Ich bin ein Berliner => Je suis (un) Berlinois. Il précise d'ailleurs qu'il reprend la formule antique : civis Romanus sum => Je suis (un) citoyen romain, formule qui, il y a quelque deux mille ans, exprimait alors la fierté suprême.

Aujourd'hui, combien de "Je suis Charlie" ! mais combien savent qui était, qui est Charlie Hebdo ?
La France de Vichy compta énormément de maréchalistes ; celle de la Libération, autant (souvent les mêmes) de Gaullistes. Pendant les guerres de Vendée de 1793, comment reconnaître un rebelle d'un bon républicain était la question délicate. Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens, répondait-on... Une certaine sagesse... pour croyants, du moins !


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   - Reçus ce dimanche 11 janvier d'une Montreuillaise qui vit à San Francisco :

  - d'un ami de Saumur :

 Cette machine tue les fascistes.

Cliquer sur le lien ci-dessous : "Nous sommes Charlie"

- Charlie projeté Place de la République...

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L'Homme, pauvre animal aussi bête que méchant, mis au monde à l'aveugle, par hasard et provisoirement n'importe où sur la terre - là où il fait (encore ?) bon vivre, ou là où l'on crève de faim (et) (ou) sous la matraque d'un tyran auto-proclamé... par hasard - par des géniteurs qui, par conformisme, reproduisent leur vanité... petit être qui grandit difficilement, qui vit comme il peut plus que comme il le voudrait, dans la sueur et les douleurs, et qui, au lieu de chercher le compagnonnage qui l'aiderait à se construire, à se vivre, ne pense plutôt qu'à tuer, détruire, supprimer son semblable, son frère de misère.

Je pense alors au sombre tableau ci-dessous du peintre espagnol Goya, 

Duel au bâton (1820-1823), de Francisco Goya, 1746-1828 : Deux hommes vont mourir, pris dans des sables mouvants qui les aspirent. Mais tous deux, au lieu d'essayer de survivre en s'entraidant, ne pensent qu'à une seule chose, tuer l'Autre à coups de bâton.

Je découvris un jour dans Le Monde ce dessin de Plantu [cliquer dessus pour l'agrandir] ; j'ai écrit à son auteur pour lui dire mon admiration, tout en évoquant le tableau de Goya qui m'avait tant impressionné quand je l'avais vu à Madrid, au Musée du Prado. 

Quelle heureuse surprise de recevoir quelques jours plus tard dans ma boîte aux lettres la planche originale dédicacée du dessin !

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- Reçus de Jean-Claude, ami du Maroc, en commentaire de cette page, ce dessin de Lucille Clerc, relayé sur son compte Twitter par Banksy @thereaIbanksy© Lucille Clerc... et, au dessous, Les Morts de rire :

 

- cet inédit d'un "vieux" copain très talentueux, reçu ce soir, le 10 janvier ;

- en fin, cette chanson, Je suis Charlie, entendue sur le Net.

http://tempsreel.nouvelobs.com/charlie-hebdo/20150109.OBS9597/la-chanson-jesuischarlie-vue-6-5-millions-de-fois-sur-le-web.html

Le drame est que chaque croyant exige que sa religion soit la meilleure, voire la seule ; ce qui peut sembler être humainement légitime puisqu'il y va de son [mon] propre salut quand cette religion, après un court et laborieux passage sur notre Terre, lui [me] promet l'éternité dans un autre Monde obligatoirement [bessif, en arabe marocain] idéal, voyons... C'est que je le vaux bien... J'allais écrire "veau", comme disait notre bon Général Charles [Charlie ???] de tout bon Français... qui voterait pour lui...

Alors, il est malheureusement et tristement facile de comprendre que ce croyant programmé veuille supprimer toute religion rivale qui promettrait autre chose - voire plus ou mieux - à d'autres que lui.

Il faudrait que chaque religion restât un dialogue strictement personnel entre l'individu et son "Dieu", que chaque religion fût du domaine de la pensée, et non pas de celui des actes, des gestes. Le drame, donc, est qu'on a fait le plus souvent de chaque religion une réalité sociale, publique, d'où tous ces affrontements compréhensibles, répété-je, mais aussi très dommageables.

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  APRES

Ce dimanche 11 janvier 2015 : comme toute la France, ma petite ville angevine de Montreuil-Bellay est "Charlie".

Midi. La foule dans la cour de la Mairie.

Pendant le discours du maire, Marc Bonnin très ému,  
et avant la minute de silence et les applaudissements.

Quelques PORTRAITS extraits de Libération, sauf pour Ela.

  * Elsa Cayat  (54 ans) (Extrait du Net)

 Psychiatre et psychanalyste, elle tenait la rubrique "divan" dans "Charlie Hebdo".

Du Elsa Cayat, in Charlie Hebdo n° 1178, page 11 : [...] Ici, la société et le sujet se rejoignent ; dans la recherche d'autorité dont on dépend, mais dont on connaît l'abus de pouvoir. Cette autorité, c'est autant celle du système social, politique, économique, que de l'autre, dont l'abus est au grand jour, mais dont on ne peut se passer. C'est le même mécanisme qui assaille l'individu, lui qui hésite, qui a peur d'être libre, de suivre son désir, de construire sa vie ; lui qui aime avoir la bénédiction d'une autorité et, ce faisant, ressent l'humiliation que produit le besoin de demander la permission.          

  * Cabu (Jean Cabut) (76 ans)
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* Charb (Stéphane Charbonnier) (47 ans)

  * Honoré (73 ans)

Le mail d'un ami, reu le mercredi 14 janvier : 

Nous rentrons de 8 jours à Munich... On était à CDG Airport quand on a entendu la nouvelle du massacre. Après, pas d'ordi, les TV allemandes que je ne comprends pas, les angoisses... Je croyais égoïstement notre très proche ami Philippe Honoré épargné parce que son nom n'était pas sur les Unes de la presse internationale avec Cabu-Charb-Wolin-Tignous, et je pensais : "Au moins, ces s.  n'auront pas eu sa peau."... Et puis me revoilà à Paname devant mes e-mails... le tien… et un message de sa fille… Prépare-toi au flot des conneries qui vont être dites dorénavant !!!


Merci pour ton bel hommage. Oui... Philippe était le "littéraire", le rêveur, et un fabuleux dessinateur !!!

 * Jean-Marc Reiser (1941-1983) et son Gros Dégueulasse

 

* Tignous (Bernard Verlhac) (57 ans)

* Wolinski (80 ans)

 

Dessin de Michel Foucault publié dans Le Courrier de l'Ouest du 9 janvier 2015.  

Selon la religion musulmane, Allah promet 70 - ou 72 - houris - pluriel de houria, vierge, femme pure -  au martyr pour le dédommager de sa vie qu'il a sacrifiée.

*

Vous voulez de la prose de Wolinski ? Censure pour les moins de 10 ans - question de sensibilité - et pour les plus de 80 - question de cœur... qui pourrait lâcher. C'est du gaulois, pas du djihadiste, ni discours d'homme politique, c'est du Wolinski, et l'on comprend mieux pourquoi des millions de Français orphelins ont défilé en "pleurant" les disparuis, parce qu'on leur avait retiré leur biberon nourricier...

Ce petit texte est extrait d'un article page 14 de Libération de ce jeudi 8 janvier 2015 : "Au genre de régime auquel il imaginait devoir être soumis post mortem, son choix se portait à l'incinération, s'adressant [...] à sa femme [Maryse, sa seconde épouse] : Mes cendres, tu les balanceras aux chiottes, comme ça, chaque fois que tu t'assoiras sur ma tombe, je verrai ton cul."

J'avais prévenu. On ne guérit pas de la mort de Charlie Hebdo

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ET LA VIE CONTINUE.... SANS EUX... POUR EUX

Charlie Hebdo n'est pas mort, est-il annoncé partout dans la presse, il sort de l'hôpital ce mercredi. Les gars d'Charlie avaient tort, il y a quand même un dieu... pour les mécréants !
                            Charlie Hebdo du mercredi 13 janvier 2015. 

Ci-dessous, diverses images du Net :

Non, l'esprit Charlie n'est pas mort. Voir le P'tit Nicholas croqué ci-dessous après la sortie peu discrète de quelques-unes de ses vedettes...

  Rammdoullah [Merci Allah, en arabe ; écrit ici comme le mot se prononce au Maroc].

Dessin de Chantal Montellier (Libération 10 janvier 2015)

Deux dessins reçus d'un ami au soir du 14 janvier :

 

 

On en aurait presque oublié Aïssa - rappelons que c'est Jésus dans le Coran. L'Inquisition est loin, et notre homme n'a jamais interdit qu'on lui tirât le portrait, et même plus que le portrait.

Mais revenons vite à l'actualité,  à la sortie ce jour du nouveau Charlie Hebdo.
Et c'est pour retrouver Aïssa qui voudrait bien qu'on s'occupât un peu plus de lui, comme dans le dessin ci-dessous que j'ai particulièrement remarqué. J'ai écrit "remarqué" et non pas "apprécié", ne me faites pas dire ce que j'ai dit.


et ici, la vie continue, entre arthrose, sinistrose et toutes sortes d'autres choses, dont le bonheur d'être encore.
Jusqu'au jour où, elle aussi, elle s'arrêtera... dans l'ordre des choses.
La langue arabe a un mot merveilleux pour dire tout ce qui se passe : Mektoub => c'était écrit.
C'est écrit...

Reçu de mon ami Charles, plus d'une semaine après...

 ... avec cette légende : Le doute est à la pensée ce que le jeu est à la mécanique : son âme. Sans le doute qui l'alimente, la pensée meurt et devient dogme... avec tous les dangers que cela comporte.