8 avr. 2014

L'internement des Tsiganes à Cholet

Ce 8 avril 2014, le Lycée Europe Robert Schuman de Cholet organisant un forum contre les discriminations, il m'avait invité pour que je parle aux lycéens de l'internement par la France des Tsiganes - que l'on appelait "nomades" depuis la loi du 16 juillet 1912 - et du camp de concentration de Montreuil-Bellay, le plus grand qu'il y eut pour ces derniers dans le pays pendant la Seconde Guerre mondiale.

Je suis chaque fois accompagné par Jean Richard - dit Jean-Jean, mon ami Mânouche - dont la famille a été internée dans le camp de Montreuil-Bellay, la ville où je vis.

 Le programme du forum.

Une petite erreur dans le programme : l'association invitée, et dont nous sommes, Jean-Jean et moi, les vice-présidents, s'appelle en réalité L'AMCT (Les Amis de la Mémoire du Camp Tsigane de Montreuil-Bellay), et non pas Les Amis du Camp... La différence est de taille !

- Anecdote : Rappeler ici que, jusqu'au milieu de XVIIIe siècle, Cholet était une petite bourgade qui, sous l'Ancien Régime, faisait partie de l'Election de Montreuil-Bellay.
En importance, "l'élève" a, depuis, largement dépassé "le maître".

Le plus important est toujours de donner aux élèves des clés pour comprendre de quoi l'on parle, et comme je reste avant tout un instituteur, je n'oublie jamais le vocabulaire.

- Savoir différencier les Mânouches - que nous rencontrons le plus souvent chez nous, en Anjou - des Gitans, et surtout des Roms qui, sédentaires depuis des siècles, vivent souvent dans des bidonvilles à la lisière des métropoles.
Expliquer ce que signifient ces autres appellations : Bohémiens, Tsiganes... et Yénisches.

- Savoir différencier les différents camps qui ont sévi pendant la Seconde Guerre mondiale : camps de rééducation (Dachau), de travail (Auschwitz-Monowitz), de représailles (Flabas, près de Verdun), d'extermination (Auschwitz-Birkenau ; le château d'Artheim, en Autriche), d'internement (Montreuil-Bellay, en septembre 1944), de transit (Compiègne, Drancy) et de concentration (Auschwitz 1, Montreuil-Bellay)...

Archive privée avec en-tête "Camp de concentration"

Comme beaucoup d'autres en France, celui de Montreuil-Bellay fut un camp de concentration, ce que rappellent les documents des archives, dans lequel on a, entre autres, concentré des nomades derrière des barbelés électrifiés, mais sans jamais les juger, sans les faire travailler ni les maltraiter et, le plus important, sans les déporter Outre-Rhin.

Pour retrouver le principal du contenu de ma conférence, cliquer sur le lien ci-dessous :
 http://jacques-sigot.blogspot.fr/2008/08/montreuil-bellay-un-camp-de.html

... mais préciser la grande différence entre l'oral, avec l'improvisation ponctuelle, et l'écrit, texte figé.

Visionner aussi sur le Net le très beau documentaire sur le camp de Montreuil-Bellay réalisé par Alexandre Fronty qui nous a récemment quittés.
http://www.youtube.com/watch?v=Ha9B6LfnxjM

Ci-dessous, quelques clichés, pris par Jean Richard, de cette riche matinée dans l'amphithéâtre du lycée.
Nos remerciements pour la qualité de l'accueil et la gentillesse des lycéens.

Cliquer sur les photos pour les agrandir.


Pendant la conférence...

 ... après.


Avec Jean-Jean, assis sur les ruines de la prison, "le gnouf", du camp...

7 avr. 2014

Montreuil-Bellay, une si jolie petite ville

Page en cours d'écriture.

Cliquer sur les photographies pour les agrandir
Photographioes de l'auteur, sauf précision contraire.



Porte Saint-Jean et rempart de la Perruche.

Futreaux sur le Thouet, le temps d'un festival de Mai.


Envol de canards à l'ancien port Sainte-Catherine.


Photo aérienne de Montreuil-Bellay, copyright Michel Mercier.

Je n'ai découvert Montreuil-Bellay qu'en 1971, quand nous y avons acheté une maison ruinée qui a été restaurée et que nous habitons depuis 1973. Je n'ai donc pas connu la ville avant la mandature de maire d'Edgard Pisani qui l'a profondément modifiée, lui donnant quasiment l'aspect qu'elle présente aujourd'hui, surtout en ce qui concerne tout le quartier historique des Nobis.
J'ai déjà évoqué, dans ce blog, des transformations effectuées pendant les dernières décennies, je n'évoquerai donc ici que quelques lieux qui ont particulièrement retenu mon attention.

C'était au temps ou Montreuil montreuillait... 

Le plus spectaculaire est le sauvetage de l'ancienne église des Grands Augustins que d'anciennes municipalités avaient condamnée et qui devait être être détruite. La toute nouvelle association locale des Vieux Cailloux, créée à l'initiative de Jacques Guézénec, a tout d'abord loué à son propriétaire le bâtiment en très piteux état et qui servait de garage de réparation d'automobiles. Des animations furent organisées jusqu'à ce que Monsieur et Madame Alex Wilbrenninck investissent travail et capitaux et la sauvent par une complète restauration.

Quand la vaste église 
n'était plus que le garage d'un mécanicien en automobiles.


 Le même bâtiment aujourd'hui restauré.

L'intérieur jusque dans les années 1980

L'intérieur aujourd'hui.

Pourquoi, sur la plaque "Rue des Ermites", ne pas ajouter en remerciement "et Alex Wilbrenninck" qui vient de nous quitter. Chaque fois que je rentre d'Angers en voiture et que je vois au loin "son" clocher entre celui de la Collégiale du château et celui de l'hôpital Saint-Jean, je pense au beau cadeau qu'il a fait à sa ville d'adoption...

Un sauvetage plus discret mais aussi précieux : la petite maison à l'angle de la rue des Lauriers du Bellay, là encore à l'initiative de l'Association des Vieux Cailloux.

Autrefois.
Aujourd'hui.
Il fut question de l'abattre pour élargir le croisement, comme cela avait été fait à l'extrémité de la rue de l'Hôtel de ville. Une vieille cité historique n'a pas à s'adapter à l'automobile, mais celle-ci à celle-là.


Une très belle restauration
Celle de ce que l'on considère, jsqu'à preuve du contraire, comme la plus "vieille" bâtisse de la ville que certains datent de 1399, à un angle de la Place du Marché et au haut de l'escalier Saint-Piere.

 Autrefois, la maison de Madame Roger qui y vendait des fleurs.

Aujourd'hui, la maison de Monica et de Jean-François.

Il faudrait aussi parler de la Grange à dîmes, mais les transformations n'ont essentiellement merveilleusement modifié que l'intérieur.

Mais...

comment expliquer ce lotissement de maisons modernes construites récemment dans un site exceptionnel, dans l'ouche de la Perruche - ouche en Poitou dont fit longtemps partie Montreuil-Bellay, dans le diocèse de Poitiers ; clos en Anjou et qui jurent dans le vieux tissu urbain ? La ville possédait un vaste espace libre avec vue sans parasites sur la vieille et haute muraille médiévale. Cette dernière se laisse aujourd'hui difficilement apercevoir entre deux toits de maisons. Rive gauche de la Maine, en pleine ville, Angers a démoli tout un ensemble de grands immeubles qui, restaurés, eussent eu fière allure, pour libérer le pied de son château et remettre en valeur le coteau abrupt sur lequel il est bâti... 

L'ouche de la Perruche en 1965.
Photo Jacques Wilmet

La Perruche aujourd'hui.

4 avr. 2014

Les lycéens de Saint-Martin d'Angers et le camp de Montreuil-Bellay

Cliquer sur les clichés pour les agrandir.

Comme cela arrive souvent, de plus en plus souvent maintenant - trois fois cette semaine : par le collège Molière de Beaufort-en-Vallée, le Lycée d'Europe de Cholet, et donc le lycée Saint-Martin d'Angers, aujourd'hui - je suis invité par des établissements scolaires de France et de Navarre pour parler de cette histoire peu connue, voire taboue... mais ne l'ai jamais été, incroyable mais vrai, par le collège de ma ville ; seulement par le lycée agricole Edgard Pisani, mais il faut préciser que la quasi-totalité des lycéens ne sont pas Montreuillais, alors... [Nul n'est prophète en son pays, dit-on, même si d'un prophète je n'arbore qu'une barbe maintenant chenue.]
J'ai écrit "je suis invité", alors qu'il serait plus juste de dire "nous sommes invités", parce que j'"officie" presque toujours accompagné, quand cela lui est possible, par Jean Richard, dit Jean-Jean, mon ami Mânouche ; certains membres de sa famille ont été internés à Montreuil-Bellay.

Lever à 6 h ; retrouver Jean-Jean à proximité du camp où il laisse sa fourgonnette ; je l'emmène à la gare où je stationne ma voiture ; le train est à 7 h 05... arrivée à Angers à 7 h 55.
Nous avions été prévenus que trois ou quatre lycéens nous attendraient à la gare pour nous accompagner aussitôt jusqu'à Saint-Martin... mais ils sont tous là, avec leurs professeurs. Impressionnant... une première pour nous...
Aller à pied jusqu'à leur établissement boulevard Foch, et leur montrer au passage les soupiraux de l'ancienne Kommandatur où, en septembre et octobre 1943, ont été torturés dans les caves des résistants saumurois du réseau Aristide Buckmaster avant d'être déportés dans les camps nazis, via la prison angevine du Pré Pigeon.

 Boulevard Foch. Photo Jean Richard

Notre arrivée dans la cour du lycée.
Les garçons ont pris temporairement "la tangente"...
Au fond à gauche, l'église Saint-Martin qui faisait autrefois partie du lycée.

Découverte du lycée que je n'avais jamais soupçonné dans le tissu dense du centre ville.


L'une des vieilles photographies savamment placardées 
sur des murs de l'établissement qui donnent sur la cour intérieure.

Le matin, conférence dans une salle du lycée pendant trois heures.


 Photo Jean Richard

 Photo Christel Roulin

L'"arroseuse" arrosée...
Photo Jean Richard 

Quatre séquences :
Les séquences 1, 3 et 4 illustrées chacune par un diaporama.
1 - L'importance du vocabulaire quand on parle des camps de la Seconde Guerre mondiale à partir de l'exemple des trois camps d'Auschwitz : camps de rééducation, de transit, de concentration, de travail, d'extermination, d'internement... tous différents.

2 - Projection d'un très rare court documentaire de 50 secondes sur un camp de concentration de Tsiganes filmé en 1944 à la frontière est de la Roumanie. Pour que les lycéens voient dans quel était physique et vestimentaire étaient les internés de Montreuil pendant la Seconde Guerre mondiale.

3 - Qui étaient les "nomades" que la France interna - Mânouches, Roms, Gitans, Yénisches - et qui porte la responsabilité de cette mesure "arbitraire" ?
En écrivant ces lignes, je m'aperçois que j'ai oublié de parler des clochards raflés dans les rues de Nantes en 1942, et qui sont tous morts à Montreuil au cours de l'hiver 42/43...

Pause d'un quart d'heure pendant laquelle sont distribuées les parts de plusieurs gâteaux apportés par les lycéens.

Sur le gâteau préparé par Fany, "Merci" , ["Saha"] écrit en gros. 
 Pour Jean-Jean et moi, une seconde grande première.

Détente et dégustation pendant la pause. Photo Jean Richard

4 - Enfin,  l'histoire du camp de Montreuil-Bellay, à l'origine une poudrerie construite en partie par des Républicains espagnols en exil, loin du front traditionnel.

Le midi, nous déjeunons avec les professeurs dans le réfectoire du lycée. Puis nous partons aussitôt après en car pour Montreuil-Bellay et la visite des ruines de l'ancien camp.

Arrivés sur place, nous parcourons toute la partie ayant conservé les vestiges les plus importants, le reste accueillant des vaches en pâture.

 Photo Christel Roulin

Descente dans la prison - le gnouf - cave d'une ferme qui a brûlé en 1908 ; arrêt devant deux excavations creusées par des bombes larguées en 1944 par les Anglos-Américains, bombes qui n'ont pas explosé ; cheminement dans le vaste ensemble très visible cuisines-magasin-réfectoire ; recherche des trous dans lesquels étaient plantés les poteaux de la double clôture électrifiée ; explications à proximité d'une ancienne latrine aujourd'hui comblée ; photos du groupe sur les marches des anciens bâtiments qui ont été eux-mêmes vendus aux enchères en octobre 1946 pour devenir parfois des salles des fêtes dans des villages voisins...
.
La "classe" avec Jean-Jean...
.
et avec l'ancien instituteur, "inventeur" du camp.
Photo Jean Richard

C'est alors, sur les marches d'un ancien bâtiment en dur disparu, que les lycéens posent des questions.
 .
 Réponses de Jean-Jean interrogé à son tour.
.
Des élèves très attentifs écoutent Jean-Jean. 
.
Les dernières photos avant de repartir.
 Des lycéens ont trouvé le perchoir idéal 
pour photographier  l'ensemble du site.
.
Il faut maintenant regagner le car,
les pensées lourdes d'images insolites sur notre pauvre histoire.

CQFD, CQFE : Ce qu'il fallait dire, ce qu'il fallait entendre...

Il m'arrive parfois d'oublier mes affaires,
ici sur l'herbe printanière du site.
Photo Christel Roulin

Pour compléter cette visite, ce lien, ou consulter mes deux blogs.

Samedi 26 avril à 11 h : sur le site du camp, et en présence des autorités, cérémonie nationale officielle en hommage aux souffrances des nomades pendant la Seconde Guerre mondiale.

26 mars 2014

Cachez ces camps que nous ne saurions voir


Tous ces camps que les nazis ont ouverts avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, tous ces camps que le communisme a cachés dans sa vaste Sibérie. Les horreurs, la honte…
Tous ces camps que la France a disséminés sur tout son territoire de 1940 à 1945... Même s'ils ne furent aussi tragiques, silence, on n’en parle pas. Et d'ailleurs, il n’y a pas eu de camps ; n’oubliez pas que le Struthof (Bas-Rhin), était un camp nazi sur une terre annexée, et non pas occupée.
Ce fut à peu près, jusque dans les années 1980, et ça l’est encore souvent aujourd’hui, le discours de nos manuels d’histoire agréés. Nous voulons bien que, pour la France, on cite le camp du Struthof… mais de quels autres camps pourrait-on aussi parler ?

Cliquer sur les documents iconographiques pour les lire plus aisément, et en particulier sur celui-ci.

Si nos livres d'histoire évitent encore de traiter ce sujet délicat,
le mémorial de Berlin en hommage
aux Tsiganes victimes de la Seconde Guerre mondiale
a gravé dans une pierre le nom du camp de Montreuil-Bellay.

Il a fallu, instituteur de campagne habitant une petite commune de l’Anjou, Montreuil-Bellay, que j’apprenne qu’à quelques hectomètres de chez moi avait sévi le plus grand camp de concentration français pour Tsiganes – on disait alors « nomades » – pour que lentement, très lentement, la France prenne conscience d’une forfaiture que l’on avait pris grand soin de cacher, comme ces vieilles histoires de famille qui ne regardent personne.
Je pense aussi aux camps rencontrés au cours de mes recherches, et même avant, et en particulier ceux du Vernet et de Gurs, découverts dans La Lie de la T erre, ouvrage d'Arthur Koestler qui en fut victime, interné par la 3ème République finissante qui se méfiait des "étrangers", et surtout du camp des Mille, près d'Aix-en-Provence. Nous avons même utilisé des locaux du célèbre stade parisien de Roland  Garros pour cette sale besogne...
Ainsi, avant l’arrivée des Allemands, en mai-juin 1940, et après qu’ils ont quitté, défaits,  la plus grande partie de l’hexagone – le dernier camp libéré, à Angoulême, n’ayant relâché ses derniers pensionnaires qu’au début de juin… 1946 !!! – nous avons parqué derrière les barbelés d’une soixantaine de nos camps bien français cette population jamais aimée, jamais acceptée, parce qu’elle ne vit pas comme nous, les sédentaires. Ce n’étaient pas, bien sûr, des camps d’extermination, ni même de travail, ni de transit, ni de rééducation, ni d’internement, ces derniers ayant été destinés à enfermer les soldats ennemis vaincus, mais seulement des camps de concentration – comme le rappellent les documents de l’époque conservés dans les Archives – dans le sens premier du terme, sens que l’on a benoîtement oublié.

Mais comme il est difficile, voire impossible en ces temps bénis de nos démocraties, de brûler les livres gênants, du moins supprimons les traces de ces camps, l’oubli reviendra bien de lui-même.

Commençons par le camp que j’ai le plus étudié, celui de ma ville, Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire).


En 1980, lorsque j'ai commencé mes recherches, c'était, avec la prison souterraine, le seul bâtiment quasiment entier qui subsistait de l'ancien camp. Pour le supprimer sans prévenir, "ON" a profité de l'aménagement, à une centaine de mètres, d'un rond-point routier qu'il ne gênait donc pas. 
Le plus simple est de cliquer sur ce lien pour retrouver une page de mon blog dans laquelle je dénonçais la destruction de ruines importantes, en plus de celles-ci, que j’avais photographiées et qui ont fortuitement disparu depuis.

J'avais retrouvé l'un des baraquements en planches du camp de la Morellerie, commune d'Avrillé-les-Ponceaux, en Indre-et-Loire, transféré après la guerre dans le jardin du presbytère de Gizeux, même département.

 Le baraquement qui a lui aussi disparu ces dernières années.

Lors d'une vente publique aux enchères, en octobre 1946, un bâtiment en dur du camp de Montreuil-Bellay a été acheté par la commune de Mauzé-Thouarsais (Deux-Sèvres) pour se donner une salle des fêtes à peu de frais...


L'ancienne salle des fêtes de Mauzé-Thouarsais a pareillement été démolie.

Plus significatif : peu avant l'inauguration d'une stèle sur le site du camp de Poitiers (Vienne), j'avais été invité pour la reconnaissance des lieux. Remarquant un vieux bâtiment derrière une station d'essence proche, j'avais demandé à Poulouche (Jean-Louis Bauer, qui avait été interné là enfant) ce que c'était. Les anciennes cuisines du camp, m'a-t-il répondu. L'ayant toujours sur moi, j'ai sorti mon appareil pour les photographier.


Quelqu'un a-t-il entendu notre dialogue ? Toujours est-il que la quinzaine suivante, le jour de l'inauguration officielle, il n'y avait plus de cuisines.

Une exception pourtant...  Lors de la même vente publique aux enchères d'octobre 1946, un boulanger de la commune de Verrue (Vienne) a lui aussi acheté un bâtiment pour le remonter dans le jardin jouxtant son domicile, dans le hameau des Chauleries. On a longtemps dansé sur le parquet de cette salle baptisée "Moulin de la Galette", et une dame m'a même donné la photo de groupe de son mariage prise juste devant. Cette fois, le bâtiment existe toujours, transformé en débarras.

 Hier, salle des fêtes pour un mariage.

Aujourd'hui, un atelier-débarras.
Sont encore visibles sur le pignon le nom et le moulin. 

Mais qui savait que sur ce même parquet avaient souffert de froid, de faim... et de nostalgie de la route, des nomades "victimes d'une détention arbitraire", comme le rappelle laconiquement la plaque de la stèle du camp de Montreuil-Bellay ? 

 La plaque de la stèle commémorative du camp de Montreuil, 
inaugurée le 16 janvier 1988. 
Elle a été profanée à coups de masse, 
puis remplacée avec le même texte :
les autorités avaient refusé l'appellation 
"camp de concentration".
 
Qui connaissait vraiment la première destination de cette salle des Chauleries à Verrue, salle des fête autrefois si pimpante ? Alors, on pouvait laisser ces vestiges anonymes qui ne gênaient... qui ne gênent personne, sauf vous qui peut-être l'ignoriez et qui alors l'apprenez ?!

10 mars 2014

Un quelconque Montreuillais et la campagne électorale

Je devrais plutôt écrire "Un quelconque individu", puisque c'est ainsi que m'appellent, par voie de presse, les ancien et actuel maires de ma si jolie petite ville.
Comme les autres honorables et quant à eux honorés citoyens, je lis les programmes pour les prochaines élections municipales, n'ignorant pas pour autant que les promesses n'engagent que ceux qui les lisent, et non pas ceux qui les font...
Je m'arrêterai à l'une d'entre elles, concernant l'attrait qu'on veut donner à la vieille cité, donner surtout pour les touristes...

J'avoue ici être devenu Montreuillais pour la seule raison du charme qu'elle m'offrit été 1971 quand, venant du Maroc où nous habitions, et nous rendant en Normandie, nous la traversâmes en voiture. Passant le pont Napoléon, je ne sais pourquoi, je tournai mon regard vers la rivière et découvris le merveilleux "tableau" du château et des îles ombragées à son pied. Nous n'allâmes pas plus loin dans notre recherche d'un pied à terre et accostâmes rive gauche du Thouet, dans le quartier de la Houdinière.
La ville a changé au cours des quatre dernières décennies, et je ne reprendrai pas ici tout ce que j'ai déjà écrit sur elle ; je ne m'attacherai qu'à quelques humeurs que facilite toute campagne électorale.

La plus douloureuse concerne le mail.

 .
Le dictionnaire Larousse de 1880, quasiment contemporain de la création de ce mail, donne comme définition au mot : Promenade publique dans certaines villes. Le Net précise : Promenade publique dans certaines villes, généralement bordée d'arbres (où l'on jouait au mail autrefois). Ce que l'on eût pu faire, jouer au mail(let) avant qu'il ne fût transformé en parterres géométriques interdits aux piétinements. Nous n'y voyons plus personne, quand autrefois s'y rassemblaient les Montreuillais et leurs hôtes devant le kiosque à musique pour écouter quelque concert ou chorale...



  Le kiosque ceinturé par des massifs et des parterres.

... s'y installaient des manèges pour la fête de la Saint-Lubin, des étals pour une brocante improvisée. Parfois, les élèves des écoles voisines y couraient en file indienne pendant les heures dites d'éducation physique sous le sifflet bienveillant du prof de gym communal.
Un lieu festif s'est désertifié par un peu magique coup de baguette...


Autrefois, un mail...
  
Aujourd'hui, un jardin paysager.
Vu du parvis de l'ancienne école des garçons.


 Au fond, l'ancienne école.


Rappel : Son vrai nom était "Mail Aubelle", parce qu'il fut aménagé et inauguré - en 1885 - par René-Alcide Aubelle, alors maire de la ville. Oublieux, ingrats... ou galants, les Montreuillais ont préféré l'appeler "Mail aux Belles". Mais de belles, on n'en y rencontre donc plus guère...

Encore à propos de ce mail : l'étrange transfert du monument aux quatre célébrités locales. Erigé face à l'école des garçons - la carte postale ci-dessus - pour offrir à leur vue des modèles à étudier, voire à imiter, il se retrouve maintenant, amputé de son socle symbolique de la hauteur des modèles, caché derrière le kiosque à musique. 
Vous me direz que les édiles l'ont placé là pour accueillir les vieillards en balade digestive de la maison de retraite que sont devenus les écoliers d'autrefois. Délicate attention ?

Le monument sans socle 
face à l'une des sorties de la Maison de Retraite.

Une belle attention pour les touristes... et les Montreuillais ?
Je veux parler des toilettes modernes dans le jardin, lui aussi paysager, qui jouxte la médiathèque installée dans l'ancienne école des garçons. Touristes et Montreuillais assis sur ses bancs - mais je n'y encore vu personne à ce jour d'assis - n'auront pas à s'inquiéter d'une envie pressante puisqu'ils ont sous leurs yeux les "lieux" salvateurs, car c'est aussi ainsi que se nomment les cabinets d'aisances, des "lieux". 
On a donc pensé à eux... mais ne faudrait-il pas maintenant, par un panneau indicateur, annoncer l'incongru édicule libérateur aux passants non avertis et en pénible situation ?
.
 L'édicule libérateur avec vue sur l'outarde indigène 
et le beau vaisseau restauré des Grands Augustins.

Restons dans le quartier...
... et accompagnons les touristes qui nous demandent parfois de les guider. Quand nous passons rue Duret qui nous conduit au mail, demandons-leur surtout de tourner la tête vers ce qui reste de l'ancien petit mail et le monument aux morts pour éviter de voir, sur le gauche, une vieille cicatrice que j'ai déjà évoquée l'an passé...
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Pourquoi n'a-t-on pas encore restauré le pilier droit du portail pour lui rendre l'aspect de son jumeau de gauche au parement sur rue finement sculpté ? Ce portail conduisait autrefois aux jardins de l'ancien orphelinat, et plus anciennement, à ceux de l'ancien monastère des Augustins, entre l'enceinte de la ville et les imposants bâtiments conventuels aujourd'hui aménagés en appartements.
ON m'a dit, répété-je, que les pierres manquantes du pilier droit se trouveraient - ou se seraient trouvées à un moment-donné - dans les ateliers municipaux ???... comme cette belle plaque en bronze...


que l'on m'a demandé un jour d'identifier et qui a depuis retrouvé sa place sur le monuments aux célébrités montreuillaises du mail !

Promis, la municipalité - que ce soit l'ancienne, reconduite, ou la nouvelle, l'ancienne ayant été éconduite - s'occupera du second pilier du portail...
Et pendant qu'elle y sera, qu'elle nettoie aussi de leur lierre envahissant, et peu esthétique, les arbres du port Saint-Catherine, l'un des nombreux si beaux sites de notre si belle cité...



Après avoir voté, chers concitoyens, attardez-vous dans ces quartiers... ou plutôt, avant !  
Ce ne sont, bien sûr, qu'humeurs subjectives d'un quelconque Montreuillais qui n'est même pas candidat aux prochaines et proches élections municipales, mais qui aime sa ville.