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Copyright Jacques Sigot pour le texte, ainsi que pour les clichés ; excepté pour les numéros 7 du montage ci-dessus (DR, 10 (carte postale ancienne), et 16 (archives Jacques Wilmet).
Attention : Ce travail est une recherche personnelle effectuée à partir d'archives et d'ouvrages divers, mais surtout à partir de la lecture du paysage. Il n'engage souvent que son auteur.
Montreuil-Bellay, petite ville à la limite orientale de l'Anjou, proche du Poitou et de la Touraine, a gardé intacte la presque totalité de sa muraille médiévale, et quatre de ses six portes monumentales, ce qui en fait l'une des dernières des 32 anciennes villes closes de l'Anjou.

Cliché 0 : Muraille primitive
Une première muraille curviligne enferma au XIème siècle le donjon que Foulque Nerra avait fait construire vers 1025, ainsi qu'un petit territoire à son pied destiné à accueillir ceux que l'on appelait manants, premier état de ce qui deviendrait la ville de Montreuil-Bellay. Il devait exister un village au bas du tertre, sur les deux rives de la rivière du Thouet, composé d'habitats pour la plupart troglodytiques, ce qui expliquerait pourquoi l'ancienne église paroissiale s'y dressait. Cette muraille, en terre, longe la rue du Buffet d'où l'on peut encore en voir des vestiges. La face extérieure que présente le cliché a été ultérieurement consolidée par empierrement.

Cliché 1 : Tour du Guichet
Au XIIIème siècle, les Melun-Tancarville, seigneurs du fief, ont construit une nouvelle muraille pour protéger le bourg qui s'était agrandi. Leurs successeurs, les d'Harcourt, l'ont rehaussée et achevée au XVème.
Nous commençons notre promenade au sud-ouest de la vieille ville, quartier de l'Ardenne. Un cheminement longeait le bord supérieur du tertre et pénétrait dans Montreuil par une porte étroite, dite du Guichet, seulement pour piétons et cavaliers. Côté précipice et rivière, cette porte était protégée par une tour, la Tour du Guichet, aujourd'hui découronnée et transformée en garage.

Cliché 2 : Rempart et Tour de la Maison Dovalle
Sur la gauche du cliché, la muraille et son chemin de ronde, partis du niveau de la rivère, montent en oblique pour atteindre la ville haute. Ils tournent deux fois à angle droit pour enfermer le jardin suspendu de la Maison Dovalle et gagnent ensuite perpendiculairement le bord supérieur du Tertre. Petite tour d'angle à l'angle le plus vertigineux de la muraille.

Cliché 3 : Rempart des Nobis
A l'origine, cette section de la muraille très abîmée fermait la ville basse du côté de la rivière qui baignait son pied. Seule paraît la partie haute, le reste ayant été enterré. Les mâchicoulis sont encore par endroits bien conservés.

Cliché 4 : Tour et rempart du Boëlle
Le boëlle était la cour basse du château où pouvaient se réfugier les manants et les paysans en période d'attaque. La tour baigne dans les eaux du Thouet. C'est à sa gauche que la ligne des anciens ponts médiévaux, effondrés définitivement en 1577, atteignait la rive droite de la rivière.

Cliché 5 : Porte du Boëlle
Cette porte, construite du XVème, est l'une des six monumentales qui s'ouvraient dans la muraille urbaine achevée par les d'Harcourt. Elle n'est plus visible depuis que le seigneur l'a condamnée à son seul usage après l'avoir remplacée, vers 1669, par une nouvelle porte percée dans le rempart près de la tour du Boëlle. Il entendait ainsi interdire le passage coutumier dans la partie basse de sa propriété.

Cliché 6 : Rempart du Moulin du Château
Cette section a été en partie démolie vraisemblablement vers 1669 lorsque fut aménagé un cheminement entre la cour basse du château et la rivière, et que fut ouverte une porte dans la muraille du Boëlle, près de la tour (cliché 4). L'épaisseur du mur portant le chemin de ronde a été arrachée. Reste une meurtrière.

Cliché 7 : Porte du Moulin du Château
Cette porte qui jouxte l'ancien moulin à eau du château était en communication directe avec la porte du Boëlle aujourd'hui condamnée (cliché 5). Toutes deux permettaient la circulation, autrefois intense, dans la ville basse en longeant la rivière sur sa rive droite.

Cliché 8 : Les châteaux
Cette photographie, prise par avion en 1981, présente l'ensemble des trois châteaux, de la cuisine médiévale, de la collégiale, et des cours hautes dont l'une a été aménagée en jardins, tous enfermés dans une ceinture de remparts ponctués de tours qui dut épouser la forme curviligne des douves de la première fortification que Foulque Nerra fit construire au XIème siècle. Successivement, du premier plan vers l'arrière-plan, à gauche du cliché : la collégiale, consacrée en 1484 ; le Château Vieux, début du XVème qui reprit des parties du XIIIème ; à sa gauche, la barbacane à gorge ouverte, du XVème ; puis la cuisine à foyer centrale, en partie du XIIIème ; le Petit Château, dit aussi Logis des Chanoines, du milieu du XVème ; à sa droite, le Château Neuf, élevé à partir de 1485 sur l'ancien château du XIIIème dont on voit encore les puissantes tours cylindriques côté rivière. Le pignon face à nous fut habillé dans les années 1860 lors d'importantes restaurations.
Sur la droite du cliché : la porte du Moulin (cliché 7) et l'ancien moulin à eau reconstruit après avoir brûlé en 1896 ; le rempart et la tour du Boëlle, avec la porte ouverte en 1669 (cliché 4).

Cliché 9 : Le château côté sud-ouest.
Tours et courtines du château construit au XIIIème siècle pour remplacer le donjon barlong en terre et bois du XIème que le comte d'Anjou Geoffroy le Bel, dit Plantagenêt, avait détruit en 1851 après un siège de deux années, pour punir Giraud Berlay, seigneur du fief qui s'était soulevé contre son suzerain.

Cliché 10 : Porte Nouvelle
Cette porte s'est certainement appelée ainsi parce qu'elle dut remplacer une ancienne porte, sur le même cheminement vers le centre de la vieille ville, ouverte dans la muraille primitive du XIe siècle (cliché 0). La route qui venait de Saumur suivait autrefois la rive droite du Thouet et franchissait la Dive à Saint-Just-sur-Dive. Au XVe siècle, quand fut terminée la nouvelle enceinte urbaine, la grande traversée de la ville haute allait de la Porte Nouvelle à la Porte Saint-Jean.
Lorsque fut élevée la nouvelle muraille rectiligne de la porte au rempart du château, il fallut raser une partie du vieux bâti du faubourg construit à flanc de coteau. J'explique ainsi le nom qu'il porte aujourd'hui : Razibus.

Cliché 11 : Rempart et tour de la Maison Toussenel
C'est là que la muraille urbaine change de direction pour atteindre la Porte Nouvelle puis le château contre lequel elle allait autrefois buter. Elle enferme une belle et vaste propriété où est né Alphonse Toussenel (1803-1885), écrivain célèbre auteur d'une précieuse étude sur L'Esprit des bêtes, fils de Jean-Paptiste Tousnel (orthographe primitive), nommé maire de Montreuil par Bonaparte en décembre 1800.

Cliché 12 : Tour des Augustins
Même si elle appelée parfois Tour des Glycines, je donne à cette tour le nom du monastère qui la jouxte, monastère construit de 1626 à 1641 par des religieux de l'ordre mendiant des Petits Augustins. On découvre l'église abbatiale sur le cliché à droite de la tour. Désaffectée à la Révolution pour devenir Temple de la Raison, elle vient d'être entièrement restaurée.
Le fossé - ou douve - qui bordait la muraille fut comblé dans les années 1880, lorsque fut construite tout près la nouvelle école des garçons.

Cliché 13 : Tour de l'Hôpital
Là encore la muraille urbaine change de direction, d'où la nécessité d'une puissante tour d'angle. Le rempart protège le vieil hôpital-Saint-Jean construit au XVe siècle pour remplacer un ancien Hôtel-Dieu. L'église, qui fait partie de l'hôpital, fut consacrée en 1484.

Cliché 14 : Porte Saint-Jean
Saint-Jean parce qu'elle ouvre directement sur l'entrée de l'ancien hôpital du même nom. La plus belle porte de la ville, la plus curieuse avec ses rangées de bossages. On a prétendu qu'elle avait été copiée sur l'une de Jaffa, en Palestine ; j'en ai vu desemblables à Domme, à Provins. Une bizarrerie : 15 rangées à gauche, 16 à droite... Nos hôtes à qui je fais visiter la ville me demandent toujours le pourquoi de ces bossages. Ajouter du défensif à la défense ? Dans son site, http://www.archeo-alpi-maritimi.com/bossagesfortifications.php, Raoul Barbès écrit : La théorie de l’amortissement de l’effet des projectiles est valable si les bossages sont régulièrement répartis sur l’ouvrage. Ce pourrait être le cas de la porte Saint Jean de Montreuil Bellay où les lits de pierres sont horizontaux et réguliers et où les bossages bruts sont espacés régulièrement. Ils sont plus ou moins carrés. Il n’y en a pas à la base de la tour pour éviter probablement l’escalade.
Je réponds parfois à nos visiteurs que c'était pour impressionner les assaillants, ou tout simplement décoratif... Et vous, qu'en pensez-vous ?

Cliché 15 : Rempart de la Perruche
La partie rectiligne la plus longue de l'enceinte urbaine. On y voit très bien la différence de dimensions des pierres utilisées, petites par les Melun-Tancarville au XIIIe siècle, plus grosses par les d'Harcourt, au XVe. C'est aussi dans cette section qu'elle est la plus haute, sans préjuger de ce qui a été enterré lors du comblement de la douve.

Cliché 16 : Rempart de la Perruche
Cette photo, prise par le docteur Jacques Wilmet dans les années 1960, montre la muraille quasiment dégagée. Depuis a été construit un lotissement qui la cache. A Angers, fut démolie toute une ligne d'immeubles pour mettre en valeur la forteresse médiévale qui se dresse au-dessus de la Maine ; à Montreuil, on décida de supprimer ce merveilleux panorama alors intact...
On voit donc encore sur ce vieux cliché l'ouche de la Perruche - on dit "ouche" en Poitou dont fit un temps partie Montreuil, et "clos" en Anjou -, ce terrain découvert entre le faubourg de l'Ardenne et la vieille ville elle-même.
Gageons que nos arrière-petits-enfants pourront admirer de nouveau la ligne impeccable de la muraille quand les maisons neuves auront disparu, ruinées par les décennies. Le temps, lui, sait faire la part des choses...
Nous sommes arrivés à notre point de départ, à la Tour du Guichet. Merci de m'avoir accompagné dans cette visite. Montreuil-Bellay ville close de l'Anjou, Montreuil-Bellay ville ouverte.
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3 commentaires:
Dernière ville close ? Erreur grossière. Vous oubliez bien vite sa consœur haute-angevine, moins importante certes, mais dont les vestiges sont dignes d'intérêt.
Traversez donc tout le département un été, et rendez vous dans la région le plus septentrionale du Maine-et-Loire.
Vous pourrez alors y admirer les forteresse de Pouancé, avec son château authentiquement médiéval, et les restes de son mur d'enceinte et de ses portes.
Un grand merci pour cette remarque, et je viens de corriger mon texte. Ainsi, Montreuil-Bellay est maintenant l'une des dernières des 32 villes closes de l'ancien Anjou plutôt que la dernière.
Que Pouancé, grâce à vous, m'ouvre ses portes pour une prochaine visite...
Si je puis me permettre, le château est ouvert cet été, tous les jours sauf le lundi.
Pour plus de renseignements, je vous redirige vers le site internet de la commune, que vous pouvez contacter:
http://www.ville-pouance.fr/
Pour l'aspect ville close, n'hésitez pas à questionner le guide du château, il vous donnera tout les renseignements nécessaires. Ce n'est certe pas aussi impressionnant que Montreuil, mais en ayant un oeil avisé ;)
Bien à vous
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