22 mars 2011

Biographies du blogger

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Montage Guy Ducornet

Sur la Terre, nous ne sommes que des étrangers, 
que des voyageurs.
(Apollos de Césarée, Epître aux Hébreux, 11 : 13
Bible, Nouveau Testament)


La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie. 
(André Malraux) 

Cliquer sur les documents pour les agrandir.

Voir aussi une variante de cette biographie dans un second blog.


Dans le Loiret...
- Naissance à Boiscommun, le 20 janvier à 20 heures, ce qui me permet de bénéficier en toute extrémité du signe « Verseau »... qui me plaît bien.

La maison de Boiscommun et son épicerie dans les années 1940.
Je suis perché sur le camion.

                          La maison natale à Boiscommun aujourd'hui.
                                                    
Branche paternelle, Villereau (Loiret),
1 et 2 : grand-père Albert Sigot, et grande-mère Germaine, née Aujard.
3 - père : Pierre,
Oncles et tantes (fratrie incomplète).

Branche maternelle, Aschères-le-Marché (Loiret)
Grand-mère Louisa et grand-père Octave Vappereau.

- Quatre sœurs et sœurs m’ont précédé, deux demi-sœurs sont venues ultérieurement.

Première photo où nous sommes tous les sept, dans les années 1950. Dans l'ordre des naissances : Paulette, Micheline, André, Pierre, Jacques, [...] Françoise, Jacqueline.

 Première photo où nous nous retrouvons tous les sept, adultes, en 1990, après les vicissitudes de la vie. De gauche à droite : André, Micheline, Jacques, Jacqueline, Paulette, Françoise et Pierre.



- 1942, la mort de notre mère à 29 ans. Je ne garde dans mes souvenirs aucune image d'elle vivante... seules quelques rares photographies me permettent de l'imaginer... Famille éclatée.


                                          Ma mère, née Louise Vappereau.

- Très jeunes années pendant la guerre surtout à Neuville-aux-Bois (Loiret) - entre la Forêt d’Orléans et la Beauce - chez ma grand-mère paternelle, le plus souvent avec mon frère Pierre et mon cousin Jean-Marie.
Images fortes des prisonniers allemands qui curent les fossés du bourg avec des boîtes de conserves, qui creusent le ballast de la ligne de chemin de fer, tout près de chez notre grand-mère où ils entreposent leurs outils le soir...

 La maison de grand-mère, et la ligne de chemin de fer Orléans/Malesherbes.

- Autre image de la guerre : l'arrivée des Américains dans le gros bourg de Boiscommun libéré ; ils me montent sur un tank en me levant du sol à bout de bras... j'ai un peu plus de 4 ans et demi.
- Ecole primaire, essentiellement à Neuville-aux-Bois.
- Cours complémentaire à Châteauneuf-sur-Loire, de 1952 à 1956.

L’été, je travaille comme chef de presse à la batteuse en Beauce, à Crottes-en-Pithiverais. Rencontre avec le monde des chemineaux, bougres plutôt âgés qui "cheminent" d’un petit travail à un autre pour gagner quelque argent qui leur permet d'aller un peu plus loin. La nuit quand, trop fatigué, je ne me sens pas la force de rentrer à bicyclette à Neuville, je couche sur la paille des granges avec les chemineaux ; certains me racontent leur errance incertaine.
Je travaille à la presse, au cul de la batt'rie, comme on disait alors, et je dois enfourner les fourchettes, chacune séparant deux ballots de paille. Dès qu'une fourchette est enfoncée, j'enfile le fil qui m'a été envoyé dans la rainure inférieure de la fourchette ; de l'autre côté de la presse, mon collègue - c'est mon frère Pierre la première année - me renvoie "mon" fil par la rainure supérieure, et je peux alors effectuer un nœud afin que le ballot soit attaché. De son côté, mon collègue assume la même tâche répétitive avec le fil du bas.
Les deux porteux d'ballots officient au bout de la presse.
Le plus pénible, c'est le bruit, et surtout la poussière quand nous battons à l'intérieur d'une grange ; seul le tracteur "tourne" à l'extérieur.
Les journées sont très longues, du lever du soleil à son coucher, surtout en été, puisque la batteuse, c'est du 15 juillet au 30 septembre. Il est une seconde saison de battage en hiver, mais je suis alors "à l'école".

Une fourchette, récupérée en 2009 chez Roger Taffoureau, 
fils de l'entrepreneur chez qui j'ai travaillé.
Restaurée par mon ami Jean Guilbaud, 
grand molinologue devant l'Eternel.

Voir par ce lien une scène de batteuse... pour touristes. A 1 mn 25 s, la presse en action.
 http://www.dailymotion.com/video/xuuyp3_batteuse-presse_people#.URUDoGfL384


 Notre père a lui aussi travaillé à la batteuse en Beauce, 
dans les années 1920.

Il faut faire très attention pour que la mâchoire de la presse n'écrase pas la fourchette si par malheur celle-ci est partie en travers, sinon toute la batteuse s'arrête pour qu'elle soit ressortie et redressée...
La règle est en général de trois gerbes en même temps sur le tapis roulant qui les porte de la meule à la batteuse. Des fermiers, pour gagner du temps... et donc de l'argent, demandent parfois à l'homme sur la meule d'en envoyer une quatrième , ce qui donne un excès de paille, et nous alors devons "courir" pour effectuer notre travail. Mais alors, la presse s'engorge souvent et "bourre". Nouvel arrêt général au désespoir du fermier qui paie à l'heure...
Les chemineaux... et je pense avec tendresse au poème Les mangeux d'terre, écrit en patois de mon enfance par mon compatriote beauceron Gaston Couté, mort à 31 ans en 1911, il y a juste 100 ans... Les mangeux d'terre, ce sont les paysans qui rognent chaque année les chemins pour agrandir d'autant leurs champs.
Déjà le sédentaire et le nomade...

Y avait dans l'temps, un biau grand ch'min,
Chemineau, chemineau, chemine ! 
A c't'heur' n'est pas pus grand qu'ma main...
Par où donc que j'cheminerai d'main ?

- Ecole normale d’instituteurs d’Orléans, de 1956 à 1959. Expulsion le 12 mars 1959, pour cause amoureuse,  le blé en herbe...

Le sport : A 17 ans, je remporte par surprise la première course à laquelle je participe. L'OCO (L'Olympic Club Orléanais) me demande aussitôt d'adhérer, et je cours avec Mimoun et Jazy aux championnats de France à Gien... Grandes joies, mais aussi grandes souffrances tant le cross-country demande de courage pour aller au bout. La piste est moins "difficile".

Dans l’Oise...
- Ecole normale d’instituteurs - dite disciplinaire - de Beauvais, la bonne hôtesse, de 1959 à 1961. Emile Foëx, son directeur, qui m'a aide à franchir le "no man's land".
- Echecs volontaires successifs au baccalauréat - je ne participe qu'à la première épreuve, celle de philo - pour cause de guerre en Algérie, sauf un certain février qui donne des points supplémentaires pour la session de juin. Le normalien qui est reçu devient vite titulaire et doit aussitôt partir pour l'Algérie...

Sport : 1960, ma dernière grande course, en sénior (je suis à l'extrême droite de la photo). "Seulement" quatrième, mais il faut dire que mes nombreux voyages à bicyclette, Beauvais/Orléans et retour, sont un handicap pour l'athlétisme, ce ne sont pas les mêmes muscles qui travaillent.

- Pion pendant une année au cours complémentaire de Méru (Oise), la plus sombre à ce jour de mon existence... entre le travail à l'internat quand les autres sont en congé dominical, et l'attente angoissée, chaque année, de la feuille qui doit m'envoyer en Algérie.
- Rentrée 1960 : je remplace l'instituteur à l'école annexe de l'école normale de Beauvais. Emile Foëx, le directeur de l'EN, vient parfois s'asseoir au fond de ma classe pour me voir travailler. Ce dernier m'envoie tout l'hiver encadrer des classes de neige à Samoëns et à Morzine. Un grand soleil. Je termine l'année scolaire à remplacer des instituteurs en congé dans les écoles de Beauvais. A Notre-Dame-du-Thil, je n'ai pas souvent de classe, et je fais du secrétariat. Je "m'amuse" à remonter 9 mois avant la date de naissance de tous les élèves pour découvrir quand ils ont été conçus. Le début du printemps, le mois d'août et Noël présentent de grands pics de rapports procréateurs... bizarre... bizarre ? Non...
- Instituteur « suppléant éventuel » à Briot, de 1961 à 1962 ; je remplace l'instituteur titulaire en congé/maladie ; Gismonde et Dominique, mes gentils voisins et collègues. Puis c'est Ménantissart, hameau perdu du fond de l’Oise picarde, de 1962 à 1966. Une classe unique, de 20 à 30 élèves de 2 à 15 ans. Nanti, vie agreste.
L'été, je suis moniteur de colonie de vacances à Mimizan-Plage, colonie du Ministère de l'Agriculture.

Jocelyne rime avec médecine...

Je passe le brevet supérieur, en deux parties, qui me permet d'être titularisé. C'est Emile Foëx, mon cher directeur de l'école normale, qui corrige mes épreuves de français...

"Ma" première école dans un hameau d'une centaine d'habitants. Murs en torchis, pignon ouest couvert de bois. La classe était derrière les deux fenêtres à volets pleins du rez-de-chaussée. L'école a fermé après mon départ, achetée et restaurée par un couple d'Anglais.

 Mes premiers élèves (1963 ou 64 ?) 
Christine (premier rang, la troisième à partir de gauche, 
petite Parisienne confiée par sa grand-mère, 
parce que trop jeune pour être prise dans la grande ville.

Au Maroc...
- Meknès, de 1966 à 1973 : coopération culturelle, pour cause de non affinité avec l’uniforme.
Invention du Bonheur.

Je deviens "Marocain" le 26 octobre 1966.















 


Dans la médina de Meknès, automne 1967.


- Septembre 1967, après un voyage déterminant à Saint-Jacques-de-Compostelle, via La Plancade en Aveyron, Mariage au Consulat de France, à Meknès, et pour ma dame, en la cathédrale de Rabat.

    Geneviève et Jacques, rue de Toulon, à Meknès, le 18 sept. 1967

- Rencontre avec l'Histoire, l’Islam, le cinéma, le théâtre et le tarot.

 Dans l'une de mes classes du collège Riad à Meknès, en 1968.

Dans le Maine-et-Loire...
- Montreuil-Bellay, de 1971, l’achat d’une ruine au-dessus du Thouet ; sa restauration.
- 1973, l’installation en Anjou - jusqu’à ce jour. Jusqu’à toujours ?
- Instituteur au Coudray-Macouard de 1973 à 1995, beau village non perdu à l’est de l’Anjou.

 Le Coudray-Macouard, année scolaire 1976-1977

- 23 décembre 1977, naissance de Jenny, mon dernier poème. Le plus beau. Charlie Chaplin décède le lendemain.

                                                                  Jenny à 4 mois

- 1979, rencontre avec l’histoire de Montreuil-Bellay.
- 1982, édition de mon premier ouvrage, sur les Guerres de Vendée à Montreuil-Bellay. Des livres, toujours des livres, drogue dure.
- Des voyages, encore des voyages, drogue douce.
- Juin 1983, publication de la première édition de mon ouvrage sur le camp de concentration de Montreuil-Bellay (Un camp pour les Tsiganes… et les autres. Montreuil-Bellay 1940-1945. Editions Wallâda. Trois autres éditions suivront en 1995, 2010 et 2011.

Jenny et Jacques, en 1987 (photo Pierre Sigot)

- 16 janvier 1988 : Inauguration d'une stèle sur le site du camp de concentration de Montreuil-Bellay en hommage aux Tsiganes/nomades qui y ont souffert pendant la Seconde Guerre mondiale. Télégramme de remerciements de Simone Veil.

- Années 1990 : Important travail sur le drame d'Oradour à la suite de la rencontre de Robert Hébras, l'un des rares survivants du massacre. Vivre presque de "l'intérieur" avec Robert et son épouse Christiane cette autre page de la Seconde Guerre mondiale qui tient une telle place dans mes recherches.

* 2001-2010 : Décennie heureuse...

- Novembre et décembre 2008 : Jenny, un Olivier en Suisse. Zürich, gare centrale du Monde.

 Jenny et Jacques, le 6 décembre 2008, 
à la Fraumünster de Zürich. Avant...

 Jenny et Olivier. Après...

* Année 2009
- Le 17 mai : Croqué  "attelé à une verdine" par Willem, lors d'une rencontre à un salon de la bande dessinée à Cholet. Les Tsiganes m'ont donné un nom : Tchopa.



* Année 2010
- en février : sortie du film Liberté, de Tony Gatlif qui a pris son personnage principal dans mon ouvrage sur le camp de Montreuil.
- en juillet : classement du camp dans l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques.
- en août : le président de la République fait la chasse aux Roms.
- en août : les médias nationaux s’intéressent (enfin) à mon travail. Entre autres, toute la page 3 du Monde :http://camp-montreuil-bellay.eklablog.com/un-article-dans-le-monde-pleine-page-3-a2936164

* Année 2011
- Le 1er mars 2011 me voit chevalier des Palmes académiques, ce qui me dédommage des attaques très basses des deux derniers maires de Montreuil.

- Mai 2011 : 4ème édition de mon ouvrage sur l'ancien camp de concentration de Montreuil-Bellay pendant la Seconde Guerre mondiale.



- 26 novembre : Naissance d'Adrien Sigot Müller à Zürich.


                                                Adrien et Jacques à Zürich en mars 2012
                                                      

* Année 2012
- Avril 2012, sortie du documentaire Montreuil-Bellay, un camp tsigane oublié, réalisé par Alexandre Fronty (Zoulou Compagnie), programmé plusieurs fois par la chaîne LCP Assemblée Nationale.
Un grand impact : nombreux courriers, mails ou appels téléphoniques.

- 10 juillet 2012 : Conférence à la Médiathèque de Nantes sur les ponts à transbordeur, invité par la ville.
Parallèlement à cette conférence, rédaction d'une brochure sur l'historique des ponts à transbordeur en France et dans le monde, et évocation du projet de l'Association des Transbordés qui ambitionne la construction d'un nouveau pont à transbordeur moderne pour permettre de sauvegarder la vocation maritime de Nantes.


- Octobre 2012, sort à Zürich le premier livre de notre fille Jenny, roman sur le métier d'interprète de conférence qu'elle exerce en Suisse où elle vit : Entre deux voix.  http://www.entre-deux-voix.com/


 - 26 novembre 2012, passage à France Culture où je dois parler de mon "métier" d'historien local. Emission : Fabrique de l'histoire. Mon itinéraire : une émission à France Culture.

 Photo ajoutée le dimanche 20 janvier 2013, jour de mon 73ème anniversaire.



Dernière photo : dimanche 31 mars 2013.

Aujourd'hui...
Des voyages, le plus de voyages que je pourrai...
Des livres, toujours des livres... boulimie qui m'aide à vivre... laisser une trace ?

Acte de foi... laïque
Au retour de la Collégiale du Château pour un dernier adieu à l'ami André Jolivet qui nous a brusquement quittés en ce mars 2013. Le rituel catholique qui prêche la résurrection des corps... Le grand mystère de la mort dont je parle par ailleurs [Naître, vivre et mourir]. Il est pour moi aussi vain, aussi stupide d'affirmer l'existence comme la non existence d'un quelconque dieu [Dieu]. Je ne suis ni croyant ni athée, me pensant agnostique. Heureux ceux qui croient, sages ceux qui ne croient pas et qui néanmoins assument leur passage sur cette terre.
Mon étrange agnosticisme si, au hasard de mes innombrables et riches voyages, je suis allé sur les lieux dits du Christ, ceux de sa naissance - dans l'église de la Nativité à Bethléem...

Ci-contre, ce que l'on dit être la grotte où serait né le Christ, à Bethléem.















               


Ci-contre : Dans le Saint-Sépulcre, à Jérusalem.

- et de sa mort - Eglise du Saint-Sépulcre...
ainsi que sur ceux où sa mère vécut - sa maison à Nazareth - et mourut - dans la maison de Jean, à Ephèse, en Turquie.
 La maison de Marie, à Nazareth.

Mais je suis pareillement allé sur des lieux symboliques - mythiques - des musulmans, des bouddhistes, des zoroastriens...
Etrange destinée si ma fille est née, en avance et quasiment au solstice de l'hiver, au-dessus d'un temple dédié à Mithra - temple découvert récemment lors de la démolition de la clinique Saint-Louis à Angers.

Demain...

J’ai sans doute trop aimé la Vie qui n’a jamais su me donner ce que je lui demandais : sa raison d’être. Nous savons seulement qu’il y aura tout naturellement la mort au bout du chemin, enveloppante, rassurante, libératrice. 
L’erreur est de chercher un sens à cette vie. L'épopée de Gilgamesh, le plus vieil écrit de la main de l’homme, m’a pourtant prévenu il y a longtemps : La vie que tu cherches, tu ne la trouveras pas... 
(http://jacques-sigot.blogspot.fr/2010/06/naitre-vivre-mourir.html), mais je n’aurai pas su être sage ; pourquoi toujours chercher un sens à cette vie ? L’éternel questionnement de l’agnostique qu’ignore le croyant. 
Alors, orphelin de ma vie et ne trouvant pas la réponse en moi, tel un vampire je me suis nourri et je me nourris de la vie des autres. Par exemple de celle de Gaston Couté et d’Alphonse Toussenel, mes compatriotes beauceron et angevin ; ou collective... de celle des membres du réseau Buckmaster saumurois et de celles des internés du camp de Montreuil-Bellay, de tous ces êtres oubliés, ignorés que j’ai voulu faire revivre, vivre.
Et de celles des autres, tous les autres qu'offrent tous mes travaux d'écriture...
Et tous mes voyages... les voyages d'où l'on revient...
S'il faut bien remplir les jours, les remplir bien.

Codicille...

Comment l'homme, un homme au "cogito brisé", un homme fragile, obéré par le poids de l'échec ou de sa finitude, peut-il poursuivre sa quête du sens, de soi, des autres et du monde, ne pas renoncer à être juste, et maintenir son effort ou son désir d'exister ? 
Robert Maggiori, L'art d'Eco, in Libération du jeudi 14 mars 2013, page VII.

12 mars 2011

Montreuil-Bellay : J. S., un quelconque citoyen


Souvent titillé par mes maires, quand la nouvelle me traite publiquement de "quelconque individu", quand le démissionnaire m'a dit dans la presse "soi-disant historien", soi-disant n'étant pas le terme propre -- ou alors pensez à l'expression "le soi-disant mort" -- puisque je me présente toujours comme "instituteur", rarement comme "historien local", je dois bien quand même me défendre. Et pour ce, j'utiliserai les armes de mes pourfendeurs, l'apostrophe.

Donc, afin que mes compatriotes montreuillais... et les autres, n'entendent pas qu'un seul son de cloches, sans humour bien sûr, et à prendre évidemment au sens propre, je donnerai mon point de vue sur toutes sortes d'anecdotes qui touchent et ma ville et moi-même.

Petites histoires subjectives à comparer avec celles dites ou publiées dans la presse.

- Ce quelconque individu
- Un morceau du monument du Mail
- Un nom pour la salle des fêtes
- La nouvelle gendarmerie aux Vacheries
- On récupère sans vergogne
- On me copie en écrivant n'importe quoi
- A côté de la plaque
- Un faux historique : le lotissement du Petit-Anjou

Cliquer sur les illustrations pour les agrandir.


* Ce quelconque individu
Puisqu'il faut bien commencer, commençons par la dernière en date, dont j'ai déjà en partie parlé. (Voir dans les dossiers de ce blog : Pour solde de compte...).

Le maire de Montreuil ayant (officiellement) démissionné en avril 2010, fut élue à sa place une dame. Il s'est avéré que la nouvelle maire de la ville était ma voisine, à trois maisons de la nôtre, rue de la Salle.
En bon voisin poli, voire galant, je lui portai le soir même de son élection un exemplaire d'un ouvrage que j'avais publié une première fois en 1982 sur L'Historique des mairies de Montreuil-Bellay. Je l'avais rédigé à l'occasion de la restauration de l'immeuble, et enrichi en 1989 pour le bi-centenaire de la Révolution et l'élection du précédent maire démissionnaire. J'avais alors demandé aux Montreuillais qui désiraient l'obtenir de s'inscrire, l'ouvrage ayant été reproduit seulement en photocopies. Dans l'exemplaire relié que j'ai porté à la nouvelle élue, j'avais ajouté à la main son nom et la date de sa promotion.
Quelle ne fut pas ma surprise de lire récemment dans la presse, sous la plume de la maire, que je n'étais pour elle qu'un quelconque individu qui ne pensait qu'à se mettre en avant ! Surprenante assertion, en effet, d'une personne qui avait elle-même justement désiré se placer on ne peut plus au-devant de la scène locale...

Le Courrier de l'Ouest, Saumur, jeudi 13 janvier 2011

Constatant le peu de cas qu'elle faisait et du citoyen et de l'auteur, je lui demandai de me rendre un ouvrage qu'elle ne lirait sans doute pas, venant d'un tel individu, et que je pourrais offrir à quelqu'un qui, lui, intéressé par le sujet, me le demanderait.
Je l'ai récupéré hier matin à l'accueil de la Mairie.

Je comprends mieux maintenant l'expression populaire qui dit qu'un cadeau fait souvent plus plaisir à celui qui l'offre qu'à celui qui le reçoit.

Pourtant, un cadeau qui fait plaisir : en réponse à cet article du jeudi 13 janvier de la maire de Montreuil-Bellay qui me traite, pardon, qui me qualifie de quelconque individu, je reçois à peine quelques semaines plus tard, le 12 mars, une lettre de la préfecture d'Angers qui m'annonce, en me félicitant vivement, que je suis nommé chevalier dans l'ordre des Palmes académiques par décret du 1er mars pris sur le rapport du Ministre de l'Education Nationale.
Lettre suivie peu après des félicitations personnalisées du préfet, du conseiller général, du député, de l'inspectrice d'Académie, et même de Madame Roselyne Bachelot-Narquin, notre compatriote ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale.

Etonnant ! n'est-ce pas, comme se plaisait à dire à chaque instant feu le talentueux et pessimiste Pierre Desproges qui connaissait bien l'insondable profondeur de ses semblables.


* Un morceau du monument du mail

Une plaque de bronze traînait depuis un certain temps dans un coin des ateliers municipaux, à Belle-Vue.


Je l'examinai attentivement et constatai qu'elle présentait les armoiries de la ville. Elle me disait bien quelque chose que j'avais déjà vu, mais quoi ? Ayant pris une photographie, je consultai mes archives et remarquai sur de vieilles cartes postales que la même pièce apparaissait sur le monument du mail à la gloire de quatre illustres Montreuillais d'autrefois. A la place, il n'y avait plus qu'un trou qui correspondait à une pointe au dos de la dite pièce. J'appris en même temps que c'était Narcisse Lemoine, récupérateur de ferrailles diverses, qui l'avait donnée.
Je publiai aussitôt un article dans la presse, le 10 septembre 2004, avec une photo datée de 1905 du monument avec sa plaque.
J'ai su que cela n'avait pas exactement plu au maire de l'époque, mais la plaque de bronze reprit vite et normalement sa place, ce qui était le plus important...
Puis le monument fut à son tour déplacé... et enterré - puisqu'on avait décidé d'en supprimer le socle - derrière le kiosque à musique, loin des regards.
Pourquoi l'avoir déplacé quand il ne gênait personne, bien en vue pour tous ceux qui empruntaient l'avenue Duret, du nom de l'une des quatre célébrités à l'honneur, Pierre Duret, 1745-1825, surnommé l'Ambroise Paré de la Marine française ?
J'ai une explication, toute personnelle assurément, en l'occurrence celle d'un instituteur pensionné. Ce monument avait été érigé sur le mail en 1898 exactement face à l'école publique construite hors les murs 13 ans plus tôt, érigé là sans doute pour que ces quatre hommes illustres nés à Montreuil-Bellay servissent d'exemples aux jeunes élèves. Les enfants avaient vieilli depuis, et la plupart des survivants avaient été recueillis par la Maison de retraite. Alors, par délicate attention, peut-être, la municipalité avait décidé de transférer le monument exactement face à l'une de ses entrées pour rappeler aux anciens leurs jeunes années d'écoliers...

Etonnant ! n'est-ce pas ?

Le monument sans sa plaque échouée dans les ateliers municipaux...
Avec sa plaque, enterré devant une entrée de la Maison de retraite.



* Un nom pour la salle des fêtes

Quand fut construite la salle des fêtes, route de Méron, la municipalité fit appel au peuple pour lui trouver un nom, celui-ci devant rappeler et la ville et l'une de ses spécificités.
Je proposai alors celui de "La Closerie", justifiant mon choix par ces deux données :
- Montreuil-Bellay a conservé presque intégralement son ancienne enceinte fortifiée qui en fit l'une des 32 villes closes de l'ancienne province de l'Anjou. J'avais d'ailleurs donné ce titre Montreuil-Bellay Ville close de l'Anjou à une brochure que j'ai publiée en 1993.
- La vigne est l'une des grandes richesses de la ville qui s'est donné un beau lycée vinicole, et l'on parle couramment d'un clos de vigne.
D'où ce nom de Closerie en déduction logique.
J'ai appris qu'il y a bien eu quelques réticences à retenir ce nom, qu'il faisait un peu trop Closerie des Lilas, célèbre café d'artistes et d'intellectuels parisien, mais il semble aujourd'hui accepté, bien dans ses murs, bref et facile à retenir.

Etonnant ! n'est-ce pas ?

La Closerie, entre la vigne, le collège et le cimetière
(Photo Michel Mercier)


* La nouvelle gendarmerie aux Vacheries

A Montreuil-Bellay, la gendarmerie a beaucoup voyagé au cours des décennies. Sa plus ancienne localisation connue fut à l'angle de la rue de la Seigneurie et de la rue Nationale, dans un immeuble aujourd'hui disparu qui abritait la Justice de Paix.
Une première demande avait été faite par les autorités le 1er mai 1791 : Il serait d'une grande nécessité d'avoir, pour la sûreté de cette ville, une brigade de gendarmerie. Demande renouvelée le 29 novembre 1795, mais il fallut attendre 1820 pour accueillir enfin nos premiers gendarmes.
En 1853, la caserne se trouve rue du Docteur-Gaudrez ; en 1857 dans la partie ancienne de l'actuel Hôtel du Bellay ; en 1862, à l'entrée de la place du Concorde où se trouve l'Office de Tourisme.
En 1922, elle passe de l'autre côté de la rue Nationale pour s'installer dans ce que l'on appelle "Hôtel Sestier de Champrobert", ou encore "Hôtel des Petits Augustins", qu'elle quitte en 1972 pour aller s'implanter au-delà de la voie ferrée, dans le quartier de la Herse.
La nouvelle gendarmerie vient cette fois de franchir la rivière pour gagner le lieu-dit Les Vacheries que traverse la route de Saumur. Quand Brassens eût chanté la délicieuse et malicieuse initiative de la municipalité montreuillaise, celle-ci, sans doute pensant que le nom rappelait un peu trop l'irrévérencieuse expression populaire Mort aux vaches... a préféré dès lors appeler l'endroit Les Coteaux du Thouet.

Etonnant ! n'est-ce pas ?

Extrait du cadastre Napoléon (1829)


* On récupère sans vergogne

En 1988, je faisais réaliser un plan illustré de la vieille ville, les dessins de quelques monuments et maisons remarquables ayant été exécutés à partir de certaines de mes photographies. Ce plan était protégé par un copyright La Houdinière VI-88.
Quelle ne fut pas ma surprise de le découvrir reproduit dans un plan touristique distribué par l'Office de Tourisme sans que j'en fusse averti et sans aucune mention de son origine !!!

Le plan original protégé par un copyright.

Le plan distribué aux touristes.
On a bien déplacé quelques dessins et ajouté plusieurs numéros,
mais aucune mention de l'emprunt...


Je sais bien que ces "emprunts" sont monnaie courante à Montreuil-Bellay ; je découvris pareillement un autre jour l'un de mes clichés de la Porte Saint-Jean - que des camarades m'avaient aidé à photographier sans ses panneaux de circulation - utilisé comme carte de vœux par un particulier très particulier... M'en étant étonné, j'appris que l'emprunteur aurait répondu que tout ce qui avait été publié tombait dans le domaine public.

Etonnant ! n'est-ce pas ?

* On me copie en écrivant n'importe quoi
En septembre 2009, les éditions Gallimard publiaient dans sa collection Encyclopédies du Voyage, un très bel ouvrage : Les patrimoines de France. 126 villes d'art et d'histoire, villes à secteurs sauvegardés et protégés.
J'ai d'abord été surpris que certaines villes y soient décrites, quand d'autres, comme Saumur, qui l'eût assurément mérité, n'y était pas. On m'apprit alors que les villes mentionnées se seraient engagées à acheter un certain nombre (important) d'exemplaires de l'ouvrage. Quelle chance pour l'éditeur !
Montreuil-Bellay figure donc parmi les élues, ayant versé au bassinet...

Nouvelle surprise de lire un passage de l'historique. Page 582 :
C'est dans la basse cour de ce premier château fort que l'agglomération, fixée tout d'abord le long du Thouet près d'un guet, va se développer.

Page 3 de ma brochure Montreuil-Bellay Ville close de l'Anjou, publiée en 1993, j'avais écrit :
[...] il faut sans doute attendre le Haut Moyen Age pour certifier l'existence, à proximité d'un gué sur la rivière du Thouet et au pied de l'escarpement sur lequel se trouve la ville actuelle, d'une petite bourgade groupée autour d'une première église.

un "gué" est devenu un "guet". Etonnant, n'est-ce pas ? Il y a bien eu mauvaise copie puisque ma brochure figure dans la bibliographie de l'ouvrage de Gallimard page 680.
Précisons aussi que l'agglomération ne s'est jamais développée dans la basse cour du château, aujourd'hui toujours libre de toute construction, mais autour du nouveau château sur le tertre...

* A côté de la plaque

Suite à une décision du conseil municipal, fut apposée sur les principaux monuments ou maisons remarquables de la ville une plaque gravée avec leur nom. Je ne sais pas qui a choisi les lieux à signaler, mais l'un d'eux m'interpelle particulièrement, ne serait-ce que parce que je l'avais étudié en détail, et j'avais même publié un ouvrage qui reprenait son historique : l'ancienne Mairie de Montreuil-Bellay, ou Hôtel de Ville, ou Maison de ville, ou Hôtel commun, ou plus exactement Maison commune, comme on disait sous l'Ancien Régime, tous ces noms ayant été retrouvés dans les archives. Je ne pense pas que le décideur eût lu mon étude avant d'officier, sinon il ne se serait pas trompé comme il le fit. La vraie Maison commune était en effet de l'autre côté de la plaque... Peut-être aurait-il pu me contacter, mais chez ces gens-là, on est assez grand pour décider seul.
La plaque est à droite, l'ancienne Maison commune à gauche.
La rupture de la couverture et de la corniche indique bien les deux parties construites en des siècles différents. Celle de droite fut ajoutée par un particulier à la fin du XVIIIème siècle.


Cette Maison commune, au haut de l'escalier Saint-Pierre et qui donnait sur la place du Marché, est décrite dans un texte d'archives daté du 20 août 1753. L'ensemble y était dit exigu et très vétuste :
La partie basse, régulièrement appelée "corps de garde"... La partie haute, "chambre haute", qui a été prêtée pour faire classe.
Les édiles se réunissaient dans la chambre haute.
La Mairie actuelle, construite à l'emplacement des halles, fut achevée en 1859.
La partie droite de la maison, sur la façade de laquelle a été malencontreusement fixée la plaque, a été bâtie en 1792.


* Un faux historique : le lotissement du Petit-Anjou

Montreuil-Bellay s'agrandit.
Au XIXème siècle, suite à l'arrivée en 1874 du chemin de fer, le gros bourg avait franchi sa vieille enceinte médiévale pour bâtir les terrains qui le séparaient de la gare.
Dans les années 1960, Edgard Pisani avait investi la Petite Champagne, au-delà de la voie ferrée, pour y implanter la ville moderne, dite La Herse.
Nos édiles de la première décennie du XXIème siècle ont choisi quant à eux de pavillonner le lieu-dit des Plantes, au sud des Vacheries, autrefois dans la défunte commune de Saint-Hilaire-le-Doyen, et une terre qui jouxte les anciennes gares, le long de la route de Coulon.
C'est ce second lotissement qui se moque de l'Histoire comme de l'an 40, comme on disait chez nous, puisque la municipalité du démissionnaire lui a abusivement donné le nom de Lotissement du Petit-Anjou.
Abusivement, car le Petit Anjou est une appellation que l'on pourrait dire contrôlée. Elle rappelle une double angevine ligne de chemin de fer : l'une, au nord de la Loire qui reliait Angers à Noyant-Méon ; l'autre au sud, Saumur à Cholet. Cette dernière ne desservait pas Montreuil-Bellay puisque de Saumur elle gagnait directement Doué-la-Fontaine après avoir traversé ou longé Chacé, Munet, Le Coudray-Macouard, Courchamps, Montfort-Cizay et Douces.
Le lotissement est bien construit à côté d'une seconde gare, plus petite que la grande des lignes Angers/Poitiers et Saumur/Thouars, mais elle était deux-sévrienne et non pas angevine. Elle était le point de départ de la ligne du tramway Montreuil-Bellay/Bressuire... ou d'arrivée, plutôt, de la ligne Bressuire/Montreuil-Bellay. Ce que j'ai expliqué dans un article de presse publié le 1er octobre 2004. Cette ligne qui n'était pas en site propre cheminait sur le bas-côté des routes.

Sur la gauche, la gare montreuillaise du Tramway des Deux-Sèvres,
non pas celle du Petit-Anjou comme fut écrit dans "La Plume".
Le chef de gare que l'on voit au centre était le père de Désiré Bossard
qui fut longtemps instituteur à Méron.


Je sais bien, et la prétendue réponse du démissionnaire que la rumeur m'a rapportée me l'a confirmé, Petit-Anjou était plus vendeur que Tramway-des-Deux-Sèvres, et j'aurais volontiers passé l'éponge sur cette intéressée entorse à l'Histoire, mais quelle ne fut pas ma surprise de découvrir en décembre suivant dans La Plume, publication de la Mairie montreuillaise, que l'on avait écrit Gare du Petit Anjou sur le bâtiment de l'ancienne gare du Tramway. Le faux devenait pièce d'archive pour l'avenir. En un mot, on se moquait bien des longues recherches d'un soi-disant historien... mais aussi de la culture des jeunes Montreuillais.

La déferrement de la ligne du Tramway des Deux-Sèvres commença le 10 septembre 1939, en partant de Bressuire ; les derniers rails furent enlevés en septembre 1940.
Celui du Petit-Anjou intervint en 1950.
De l'histoire ancienne, donc. Pour paraphraser un adjoint du démissionnaire, on pourrait dire qu'il ne faut pas que le passé hypothèque le présent, et pour vendre notre lotissement, continuons de l'appeler du doux nom de Petit-Anjou, et foin des archives et de l'Histoire...

4 mars 2011

Pour solde de compte

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Un quelconque individu...

- Ce soi-disant historien. Pour être historien il faut avoir fait des études et avoir des diplômes.
Etrange expression si l'on réfléchit à cette même structure "ce soi-disant mort", comme si un mort pouvait dire qu'il l'est. Ne voulait-il pas plutôt dire "Ce prétendu historien" ? Préciser qu'en vérité, je me dis toujours "instituteur", ce vocable disparu, remplacé par professeur quand instituer n'a jamais été professer...

- Cet individu qui instrumentalise les Tsiganes pour vendre quelques centimètres de papier.

- [...] un quelconque individu en mal de reconnaissance…

Si c’est bien moi que les maires successifs de Montreuil-Bellay désignent par ces amabilités, en employant parfois les mêmes mots, comme si la fonction créait l’organe… il faut bien que je répondre, non pas, comme ils le font, par voie de presse qui leur est ouverte en tant qu’édiles, mais par ce blog personnel.

L’instituteur de campagne, que fut un temps à Epieds l’ancien maire, n’a sans doute pas oublié que la répétition est l’art de la pédagogie, d’où la reproduction à l’identique d’année en année des mêmes avertissements dans la presse et, lors des cérémonies officielles chaque dernier samedi d'avril devant l’assemblée réunie au pied de la stèle de la route de Loudun contre ces individus (cet individu) plus ou moins louches (louche) qui instrumentalisent (instrumentalise) les Tsiganes pour vendre quelques centimètres de papier, et que l’on ne voit jamais devant le monument aux morts de la commune pour honorer ceux qui ont sacrifié leur vie à la Nation. [Transcription de mémoire.]

Oui, comment ignorer que cette humeur s’adresse à moi ? Et si, jusqu’à ces lignes, je n’ai jamais répondu, c’est que je pense que chacun, en démocratie, a le doit de penser (ou de dire) ce que lui dicte sa conscience... ou ses intérêts. C’est aussi que je pense que la polémique est souvent négative et que mes concitoyens ont assez de problèmes à résoudre pour ne pas s’encombrer de ceux des autres. Mais puisque que le camelot insiste pour déballer sur la place publique, rejoignons l’agora, fût-elle privée.

- Il ignore, ou feint d’ignorer ce qu’est la vie d’un auteur de livres, et surtout de tels livres qui coûtent toujours plus que ce qu’ils peuvent rapporter. Rédiger sur tant d’années un ouvrage comme celui sur le camp de concentration de Montreuil-Bellay demande déjà d’incessants et coûteux déplacements pour retrouver des survivants, des témoins. Je ne citerai que deux exemples parmi tant et tant d'autres : à Fitero, en Espagne (Manuel Sesma, Républicain Espagnol, condamné à construire la Poudrerie de janvier à juin 1940) ; à Chicago (Margareth Hansen, internée civile allemande de janvier à novembre 1945)...

... qu'on ne voit jamais au monument aux morts

- Comment imaginer que je puisse me rende devant un monument aux morts pour les hommages officiels, avec drapeaux et Anciens Combattants, quand j’ai refusé de faire la guerre en Algérie ?
Il m'accuse donc de ne pas assister aux cérémonies en l'honneur des résistants montreuillais disparus en Allemagne. Pourtant, et cela vaut bien quelques minutes de planton le 1er septembre devant le monument aux morts, j’ai consacré quatre années à reconstituer ce qui s'était passé pour ces Résistants, et j'ai publié trois éditions d'un ouvrage au fur et à mesure que je trouvais des documents ; la première à compte d'auteur en 1993, pour le cinquantenaire de leur héroïque exploit : la récupération, à Montfort, d’armes parachutées par les Anglais, et qui, cachées, devaient ressortir après le débarquement que les alliés préparaient. J'ai rétabli la vérité en dévoilant le principal responsable de leur arrestation alors qu'à Montreuil on les a trop longtemps accusés d'être à l’origine de leur arrestation. Ce responsable a même accusé Jean Renard, chef de la section montreuillaise du réseau saumurois Buckmaster et, incroyable imagination de l’Histoire, sous-directeur du camp de nomades de Montreuil !!! Jean Renard, mort à Buchenwald, était le coupable idéal puisqu'il ne pourrait plus défendre son honneur sali. Il m'a fallu consulter les archives de la Gestapo que m’avait procurées un professeur allemand pour officialiser ce que j'avais découvert plusieurs années auparavant.

1ère édition (1993)
En couverture, Pierre Deschamps en 1945, le seul survivant du réseau montreuillais.


3ème édition (2002)

Restés internés plus de trois mois après leur "libération"

La cérémonie annuelle devant le monument aux morts en souvenir de la libération de Montreuil-Bellay, le 1er septembre 1944, fut longtemps célébrée en présence d’hommes qui avaient « sauvé » la ville et ses habitants les armes à la main, comme l'a écrit l'un d'eux dans le journal... trois jours après le départ à bicyclette des deux ou trois derniers Allemands qui venaient, en toute tranquillité, de faire sauter le pont sur le Thouet... Revenus ce 1er septembre d'un exil imposé pour éviter que la ville ne fût incendiée suite à la mort d'un jeune soldat allemand de garde sur le pont, tué par balle tirée de la route de Doué, pendant qu'un autre, seulement blessé, était transporté à l'hôpital de Thouars. Revenus surtout pour tondre les femmes prétendues coupables d’avoir collaboré avec l’ennemi… ce que le Maréchal avait pourtant expressément demandé (de collaborer...).
L’un des chefs de ce commando m'a de plus menti la première fois que je l'ai rencontré, au début des années 1980 quand j'ai commencé mes recherches sur le camp. Après que je lui ai demandé qu'il m'en parle, il m'a répondu :
- Vous avez bien fait de venir me voir. Quand j'ai libéré Montreuil-Bellay, le 1er septembre 1944, j'ai ouvert les portes du camp et j'ai dit aux nomades de retourner chez eux.
- Mais Monsieur, ce n'est pas possible, ils étaient encore là en octobre, et n'ont quitté Montreuil que le 16 janvier 1945, non pas pour être libérés, mais pour être transférés dans d'autres camps, à Jargeau et à Angoulême.
- Si vous ne me croyez pas, ce n'est pas la peine de revenir me voir.

Ce que j'ai donc fait.

Comme parfois, ou souvent, il y a tant de distance entre ce qui s'est passé et les discours, que j'ai préféré travailler sur ces événements plutôt que d'assister à ces cérémonies.

Une gendarmerie aux "Vacheries"

Puisqu’il faut bien quand même sourire un peu en cette vallée bien noire, rappelons qu’il fallait beaucoup d’humour pour laisser s’installer la nouvelle gendarmerie sur un terrain au nom incomparable : « Les Vacheries ».

Puisqu’il faudra bien un jour quitter la scène,
- lui, homme politique soucieux de l’avenir, laissera aux Montreuillais un lotissement dédié au Petit Anjou qui n’est jamais passé là, et à leur porte, si ses vœux se réalisent, un vaste entrepôt classé Seveso seuil haute, comme une belle pochette surprise de Noël ;
- et moi, citoyen solitaire des Faubourgs, inquiet du passé, quelques livres sur des histoires subjectives, et son joli nom de Closerie à la salle des fêtes de la route de Méron.

Cheminements contraires qui ne se seront jamais croisés.