Sur la Terre, nous ne sommes que des étrangers,
que des voyageurs.
(Apollos de Césarée, Epître aux Hébreux, 11 : 13
Bible, Nouveau Testament)
La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie.
(André Malraux)
Voir aussi une variante de cette biographie dans un second blog.
Dans le Loiret...
- Naissance à Boiscommun, le 20 janvier à 20 heures, ce qui me permet de bénéficier en toute extrémité du signe « Verseau »... qui me plaît bien.
La maison de Boiscommun et son épicerie dans les années 1940.
Je suis perché sur le camion.
La maison natale à Boiscommun aujourd'hui.
Branche paternelle, Villereau (Loiret),
1 et 2 : grand-père Albert Sigot, et grande-mère Germaine, née Aujard.
3 - père : Pierre,
Oncles et tantes (fratrie incomplète).
Branche maternelle, Aschères-le-Marché (Loiret)
Grand-mère Louisa et grand-père Octave Vappereau.
- Quatre sœurs et sœurs m’ont précédé, deux demi-sœurs sont venues ultérieurement.
Première photo où nous sommes tous les sept, dans les années 1950. Dans l'ordre des naissances : Paulette, Micheline, André, Pierre, Jacques, [...] Françoise, Jacqueline.
Première photo où nous nous retrouvons tous les sept, adultes, en 1990, après les vicissitudes de la vie. De gauche à droite : André, Micheline, Jacques, Jacqueline, Paulette, Françoise et Pierre.
- 1942, la mort de notre mère à 29 ans. Je ne garde dans mes souvenirs aucune image d'elle vivante... seules quelques rares photographies me permettent de l'imaginer... Famille éclatée.
Ma mère, née Louise Vappereau.
- Très jeunes années pendant la guerre surtout à Neuville-aux-Bois (Loiret) - entre la Forêt d’Orléans et la Beauce - chez ma grand-mère paternelle, le plus souvent avec mon frère Pierre et mon cousin Jean-Marie.
Images fortes des prisonniers allemands qui curent les fossés du bourg avec des boîtes de conserves, qui creusent le ballast de la ligne de chemin de fer, tout près de chez notre grand-mère où ils entreposent leurs outils le soir...
La maison de grand-mère, et la ligne de chemin de fer Orléans/Malesherbes.
- Ecole primaire, essentiellement à Neuville-aux-Bois.
- Cours complémentaire à Châteauneuf-sur-Loire, de 1952 à 1956.
L’été, je travaille comme chef de presse à la batteuse en Beauce, à Crottes-en-Pithiverais. Rencontre avec le monde des chemineaux, bougres plutôt âgés qui "cheminent" d’un petit travail à un autre pour gagner quelque argent qui leur permet d'aller un peu plus loin. La nuit quand, trop fatigué, je ne me sens pas la force de rentrer à bicyclette à Neuville, je couche sur la paille des granges avec les chemineaux ; certains me racontent leur errance incertaine.
Je travaille à la presse, au cul de la batt'rie, comme on disait alors, et je dois enfourner les fourchettes, chacune séparant deux ballots de paille. Dès qu'une fourchette est enfoncée, j'enfile le fil qui m'a été envoyé dans la rainure inférieure de la fourchette ; de l'autre côté de la presse, mon collègue - c'est mon frère Pierre la première année - me renvoie "mon" fil par la rainure supérieure, et je peux alors effectuer un nœud afin que le ballot soit attaché. De son côté, mon collègue assume la même tâche répétitive avec le fil du bas.
Les deux porteux d'ballots officient au bout de la presse.
Le plus pénible, c'est le bruit, et surtout la poussière quand nous battons à l'intérieur d'une grange ; seul le tracteur "tourne" à l'extérieur.
Les journées sont très longues, du lever du soleil à son coucher, surtout en été, puisque la batteuse, c'est du 15 juillet au 30 septembre. Il est une seconde saison de battage en hiver, mais je suis alors "à l'école".
Une fourchette, récupérée en 2009 chez Roger Taffoureau,
fils de l'entrepreneur chez qui j'ai travaillé.
Restaurée par mon ami Jean Guilbaud,
grand molinologue devant l'Eternel.
grand molinologue devant l'Eternel.
http://www.dailymotion.com/video/xuuyp3_batteuse-presse_people#.URUDoGfL384
Notre père a lui aussi travaillé à la batteuse en Beauce,
dans les années 1920.
dans les années 1920.
Il faut faire très attention pour que la mâchoire de la presse n'écrase pas la fourchette si par malheur celle-ci est partie en travers, sinon toute la batteuse s'arrête pour qu'elle soit ressortie et redressée...
La règle est en général de trois gerbes en même temps sur le tapis roulant qui les porte de la meule à la batteuse. Des fermiers, pour gagner du temps... et donc de l'argent, demandent parfois à l'homme sur la meule d'en envoyer une quatrième , ce qui donne un excès de paille, et nous alors devons "courir" pour effectuer notre travail. Mais alors, la presse s'engorge souvent et "bourre". Nouvel arrêt général au désespoir du fermier qui paie à l'heure...
Les chemineaux... et je pense avec tendresse au poème Les mangeux d'terre, écrit en patois de mon enfance par mon compatriote beauceron Gaston Couté, mort à 31 ans en 1911, il y a juste 100 ans... Les mangeux d'terre, ce sont les paysans qui rognent chaque année les chemins pour agrandir d'autant leurs champs.
Déjà le sédentaire et le nomade...
Y avait dans l'temps, un biau grand ch'min,
Chemineau, chemineau, chemine !
A c't'heur' n'est pas pus grand qu'ma main...
Par où donc que j'cheminerai d'main ?
- Ecole normale d’instituteurs d’Orléans, de 1956 à 1959. Expulsion le 12 mars 1959, pour cause amoureuse, le blé en herbe...
Le sport : A 17 ans, je remporte par surprise la première course à laquelle je participe. L'OCO (L'Olympic Club Orléanais) me demande aussitôt d'adhérer, et je cours avec Mimoun et Jazy aux championnats de France à Gien... Grandes joies, mais aussi grandes souffrances tant le cross-country demande de courage pour aller au bout. La piste est moins "difficile".
Dans l’Oise...
- Ecole normale d’instituteurs - dite disciplinaire - de Beauvais, la bonne hôtesse, de 1959 à 1961. Emile Foëx, son directeur, qui m'a aide à franchir le "no man's land".
- Echecs volontaires successifs au baccalauréat - je ne participe qu'à la première épreuve, celle de philo - pour cause de guerre en Algérie, sauf un certain février qui donne des points supplémentaires pour la session de juin. Le normalien qui est reçu devient vite titulaire et doit aussitôt partir pour l'Algérie...
Sport : 1960, ma dernière grande course, en sénior (je suis à l'extrême droite de la photo). "Seulement" quatrième, mais il faut dire que mes nombreux voyages à bicyclette, Beauvais/Orléans et retour, sont un handicap pour l'athlétisme, ce ne sont pas les mêmes muscles qui travaillent.
- Pion pendant une année au cours complémentaire de Méru (Oise), la plus sombre à ce jour de mon existence... entre le travail à l'internat quand les autres sont en congé dominical, et l'attente angoissée, chaque année, de la feuille qui doit m'envoyer en Algérie.
- Rentrée 1960 : je remplace l'instituteur à l'école annexe de l'école normale de Beauvais. Emile Foëx, le directeur de l'EN, vient parfois s'asseoir au fond de ma classe pour me voir travailler. Ce dernier m'envoie tout l'hiver encadrer des classes de neige à Samoëns et à Morzine. Un grand soleil. Je termine l'année scolaire à remplacer des instituteurs en congé dans les écoles de Beauvais. A Notre-Dame-du-Thil, je n'ai pas souvent de classe, et je fais du secrétariat. Je "m'amuse" à remonter 9 mois avant la date de naissance de tous les élèves pour découvrir quand ils ont été conçus. Le début du printemps, le mois d'août et Noël présentent de grands pics de rapports procréateurs... bizarre... bizarre ? Non...
- Instituteur « suppléant éventuel » à Briot, de 1961 à 1962 ; je remplace l'instituteur titulaire en congé/maladie ; Gismonde et Dominique, mes gentils voisins et collègues. Puis c'est Ménantissart, hameau perdu du fond de l’Oise picarde, de 1962 à 1966. Une classe unique, de 20 à 30 élèves de 2 à 15 ans. Nanti, vie agreste.
L'été, je suis moniteur de colonie de vacances à Mimizan-Plage, colonie du Ministère de l'Agriculture.
Jocelyne rime avec médecine...
Je passe le brevet supérieur, en deux parties, qui me permet d'être titularisé. C'est Emile Foëx, mon cher directeur de l'école normale, qui corrige mes épreuves de français...
"Ma" première école dans un hameau d'une centaine d'habitants. Murs en torchis, pignon ouest couvert de bois. La classe était derrière les deux fenêtres à volets pleins du rez-de-chaussée. L'école a fermé après mon départ, achetée et restaurée par un couple d'Anglais.
Mes premiers élèves (1963 ou 64 ?)
Christine (premier rang, la troisième à partir de gauche,
petite Parisienne confiée par sa grand-mère,
parce que trop jeune pour être prise dans la grande ville.
petite Parisienne confiée par sa grand-mère,
parce que trop jeune pour être prise dans la grande ville.
Au Maroc...
- Meknès, de 1966 à 1973 : coopération culturelle, pour cause de non affinité avec l’uniforme.
Invention du Bonheur.
Je deviens "Marocain" le 26 octobre 1966.
Dans la médina de Meknès, automne 1967.
- Septembre 1967, après un voyage déterminant à Saint-Jacques-de-Compostelle, via La Plancade en Aveyron, Mariage au Consulat de France, à Meknès, et pour ma dame, en la cathédrale de Rabat.
Geneviève et Jacques, rue de Toulon, à Meknès, le 18 sept. 1967
- Rencontre avec l'Histoire, l’Islam, le cinéma, le théâtre et le tarot.
Dans l'une de mes classes du collège Riad à Meknès, en 1968.
Dans le Maine-et-Loire...
- Montreuil-Bellay, de 1971, l’achat d’une ruine au-dessus du Thouet ; sa restauration.
- 1973, l’installation en Anjou - jusqu’à ce jour. Jusqu’à toujours ?
- Instituteur au Coudray-Macouard de 1973 à 1995, beau village non perdu à l’est de l’Anjou.
Le Coudray-Macouard, année scolaire 1976-1977
Jenny à 4 mois
- 1979, rencontre avec l’histoire de Montreuil-Bellay.
- 1982, édition de mon premier ouvrage, sur les Guerres de Vendée à Montreuil-Bellay. Des livres, toujours des livres, drogue dure.
- Des voyages, encore des voyages, drogue douce.
- Juin 1983, publication de la première édition de mon ouvrage sur le camp de concentration de Montreuil-Bellay (Un camp pour les Tsiganes… et les autres. Montreuil-Bellay 1940-1945. Editions Wallâda. Trois autres éditions suivront en 1995, 2010 et 2011.
Jenny et Jacques, en 1987 (photo Pierre Sigot)
- 16 janvier 1988 : Inauguration d'une stèle sur le site du camp de concentration de Montreuil-Bellay en hommage aux Tsiganes/nomades qui y ont souffert pendant la Seconde Guerre mondiale. Télégramme de remerciements de Simone Veil.
- Années 1990 : Important travail sur le drame d'Oradour à la suite de la rencontre de Robert Hébras, l'un des rares survivants du massacre. Vivre presque de "l'intérieur" avec Robert et son épouse Christiane cette autre page de la Seconde Guerre mondiale qui tient une telle place dans mes recherches.
* 2001-2010 : Décennie heureuse...
- Novembre et décembre 2008 : Jenny, un Olivier en Suisse. Zürich, gare centrale du Monde.
Jenny et Jacques, le 6 décembre 2008,
à la Fraumünster de Zürich. Avant...
Jenny et Olivier. Après...
* Année 2009
- Le 17 mai : Croqué "attelé à une verdine" par Willem, lors d'une rencontre à un salon de la bande dessinée à Cholet. Les Tsiganes m'ont donné un nom : Tchopa.
* Année 2010
- en février : sortie du film Liberté, de Tony Gatlif qui a pris son personnage principal dans mon ouvrage sur le camp de Montreuil.
- en juillet : classement du camp dans l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques.
- en août : le président de la République fait la chasse aux Roms.
- en août : les médias nationaux s’intéressent (enfin) à mon travail. Entre autres, toute la page 3 du Monde :http://camp-montreuil-bellay.eklablog.com/un-article-dans-le-monde-pleine-page-3-a2936164
* Année 2011
- Le 1er mars 2011 me voit chevalier des Palmes académiques, ce qui me dédommage des attaques très basses des deux derniers maires de Montreuil.
- Mai 2011 : 4ème édition de mon ouvrage sur l'ancien camp de concentration de Montreuil-Bellay pendant la Seconde Guerre mondiale.

- 26 novembre : Naissance d'Adrien Sigot Müller à Zürich.
Adrien et Jacques à Zürich en mars 2012
* Année 2012
- Avril 2012, sortie du documentaire Montreuil-Bellay, un camp tsigane oublié, réalisé par Alexandre Fronty (Zoulou Compagnie), programmé plusieurs fois par la chaîne LCP Assemblée Nationale.
Un grand impact : nombreux courriers, mails ou appels téléphoniques.
- 10 juillet 2012 : Conférence à la Médiathèque de Nantes sur les ponts à transbordeur, invité par la ville.
Parallèlement à cette conférence, rédaction d'une brochure sur l'historique des ponts à transbordeur en France et dans le monde, et évocation du projet de l'Association des Transbordés qui ambitionne la construction d'un nouveau pont à transbordeur moderne pour permettre de sauvegarder la vocation maritime de Nantes.
- Octobre 2012, sort à Zürich le premier livre de notre fille Jenny, roman sur le métier d'interprète de conférence qu'elle exerce en Suisse où elle vit : Entre deux voix. http://www.entre-deux-voix.com/
- 26 novembre 2012, passage à France Culture où je dois parler de mon "métier" d'historien local. Emission : Fabrique de l'histoire. Mon itinéraire : une émission à France Culture.
Photo ajoutée le dimanche 20 janvier 2013, jour de mon 73ème anniversaire.
Dernière photo : dimanche 31 mars 2013.
Aujourd'hui...
Des voyages, le plus de voyages que je pourrai...
Des livres, toujours des livres... boulimie qui m'aide à vivre... laisser une trace ?
Acte de foi... laïque
Au retour de la Collégiale du Château pour un dernier adieu à l'ami André Jolivet qui nous a brusquement quittés en ce mars 2013. Le rituel catholique qui prêche la résurrection des corps... Le grand mystère de la mort dont je parle par ailleurs [Naître, vivre et mourir]. Il est pour moi aussi vain, aussi stupide d'affirmer l'existence comme la non existence d'un quelconque dieu [Dieu]. Je ne suis ni croyant ni athée, me pensant agnostique. Heureux ceux qui croient, sages ceux qui ne croient pas et qui néanmoins assument leur passage sur cette terre.
Mon étrange agnosticisme si, au hasard de mes innombrables et riches voyages, je suis allé sur les lieux dits du Christ, ceux de sa naissance - dans l'église de la Nativité à Bethléem...
Ci-contre, ce que l'on dit être la grotte où serait né le Christ, à Bethléem.

Ci-contre : Dans le Saint-Sépulcre, à Jérusalem.
- et de sa mort - Eglise du Saint-Sépulcre...
ainsi que sur ceux où sa mère vécut - sa maison à Nazareth - et mourut - dans la maison de Jean, à Ephèse, en Turquie.
La maison de Marie, à Nazareth.
Mais je suis pareillement allé sur des lieux symboliques - mythiques - des musulmans, des bouddhistes, des zoroastriens...
Etrange destinée si ma fille est née, en avance et quasiment au solstice de l'hiver, au-dessus d'un temple dédié à Mithra - temple découvert récemment lors de la démolition de la clinique Saint-Louis à Angers.
Demain...
J’ai sans doute trop aimé la Vie qui n’a jamais su me donner
ce que je lui demandais : sa raison d’être. Nous savons seulement qu’il y aura
tout naturellement la mort au bout du chemin, enveloppante, rassurante,
libératrice.
L’erreur est de chercher un sens à cette vie. L'épopée de Gilgamesh, le plus
vieil écrit de la main de l’homme, m’a pourtant prévenu il y a longtemps :
La vie que tu cherches, tu ne la trouveras pas...
(http://jacques-sigot.blogspot.fr/2010/06/naitre-vivre-mourir.html),
mais je n’aurai pas su être sage ; pourquoi toujours chercher un sens à cette vie ? L’éternel questionnement de l’agnostique qu’ignore le
croyant.
Alors, orphelin de ma
vie et ne trouvant pas la réponse en moi, tel un vampire je me suis nourri et je me nourris de la vie des autres. Par exemple de celle de Gaston Couté et d’Alphonse Toussenel, mes compatriotes beauceron et angevin ; ou collective... de
celle des membres du réseau Buckmaster saumurois et de celles des internés du camp de
Montreuil-Bellay, de tous ces êtres oubliés, ignorés que j’ai voulu faire
revivre, vivre.
Et de celles des autres, tous les autres qu'offrent tous mes travaux d'écriture...
Et tous mes voyages... les voyages d'où l'on revient...
Et de celles des autres, tous les autres qu'offrent tous mes travaux d'écriture...
Et tous mes voyages... les voyages d'où l'on revient...
S'il faut bien remplir les jours, les remplir bien.
Codicille...
Comment l'homme, un homme au "cogito brisé", un homme fragile, obéré par le poids de l'échec ou de sa finitude, peut-il poursuivre sa quête du sens, de soi, des autres et du monde, ne pas renoncer à être juste, et maintenir son effort ou son désir d'exister ?
Codicille...
Comment l'homme, un homme au "cogito brisé", un homme fragile, obéré par le poids de l'échec ou de sa finitude, peut-il poursuivre sa quête du sens, de soi, des autres et du monde, ne pas renoncer à être juste, et maintenir son effort ou son désir d'exister ?
Robert Maggiori, L'art d'Eco, in Libération du jeudi 14 mars 2013, page VII.





















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