8 janv. 2015

Charlie Hebdo

Lu dans le Net : Je l'ai dit et le répète : ça fait "chialer" (anagramme de Charlie) qu'ils soient partis ainsi...  (Aline Mohair)   

AVANT  

* Cliquer sur les documents pour les agrandir.

   Extrait du Net. (Reçu de l'ami Jean-Pierre)

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 Dessin de Charb publié dans Libération le vendredi 9 janvier 2015...

                        

 ... et son dernier texte :

Peins un Mahomet glorieux, tu meurs.
Dessine un Mahomet rigolo, tu meurs.
Gribouille un Mahomet ignoble, tu meurs.
Réalise un film de merde sur Mahomet, tu meurs.
Tu résistes à la terreur religieuse, tu meurs.
Tu lèches le cul aux intégristes, tu meurs.
Prends un obscurantiste pour un abruti, tu meurs.
Essaie de débattre avec un obscurantiste, tu meurs. Il n’y a rien à négocier avec les fascistes.
La liberté de nous marrer sans aucune retenue, la loi nous la donnait déjà, la violence systématique des extrémistes nous la donne aussi
Merci, bande de cons.
                              Charb

(Portrait - en fin de page - et texte communiqués le samedi 10 janvier 2015 au soir par un ami, un Jacques,)

Le génie de Charlie Hebdo ; qui pourrait aller plus loin dans l'humour (noir) ?

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PENDANT

Bon jour Charlie

J'ai quelque part toute une collection de Charlie Hebdo, et je me souviens d'avoir acheté en son temps des albums reliés d'années complètes pour n'en rien manquer. J'avais ainsi les premiers numéros... Mais j'ai voulu partager ma jubilation, et je les ai prêtés. Vous savez bien que nos livres "reposent" souvent dans les bibliothèques des amis qui "ont oublié" de nous les rendre, aussi suis-je aujourd'hui malheureux parce que j'aurais aimé les feuilleter afin de retrouver les émotions d'alors :

Les dessins de Reiser, parti le premier, si vite... son pittoresque Gros Dégueulasse si différent de lui... (Les revoir tous deux ci-dessous, dans Les portraits.)

Wolinski, Cabu et Cavanna.

Tous deux sont des documents du Net.

- La prose de Cavanna, au français savoureux et chatoyant comme seuls, souvent, savent l'écrire des "étrangers" ; et, en disant cela, je pense aux ouvrages de Tahar Ben Jelloun qui me restituaient intacts tous les parfums de mes sept années de vie marocaine ;

- la gentillesse souriante de Cabu ;

- l'aristocratie délicieusement faussement naïve de Wolinski ; 

- toute l'équipe, parce que Charlie Hebdo était avant tout une équipe... et ma vieille tristesse quand certains l'ont quittée pour une autre navigation ; la nostalgie, quand tout le corps souffre d'un manque, si différente de la mélancolie, cette maladie de ce que l'on appelle maladroitement "l'âme".

                                    Jacques (à l'état-civil) / Tchopa (en nomadie) / Yacoub (en Islam), qui a vécu et travaillé pendant sept années en terre musulmane, à Meknès (au Maroc), et qui a voyagé, entre autres errances, en Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Jordanie, Israël, Palestine, Syrie, Turquie, Iran, Ouzbékistan, au Liban, au Yémen...

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En hommage, quelques dessins découverts sur le Net au soir et au lendemain de la boucherie non hallal du mercredi 7 janvier 2015. Ce funeste mercredi 7 janvier 2015 après Aïssa [Jésus pour les musulmans], nouvelle Héjire* pour la presse française. 

* Héjire : Fuite de Mohammed – le prophète de l’Islam – qui quitta la Mecque pour se réfugier à Médine, le 16 juillet 622 après J.-C.. Ce jour est devenu la première date de la chronologie musulmane.

Sur le Net...


Un peu d'histoire à propos de cette formule tant vulgarisée [devenue commune] ces tout derniers jours : "Je suis Charlie". Elle me rappelait des constructions semblables, dont celle de Kennedy à Berlin. Et aussitôt, d'interroger Google.
En effet, en 1963, J.-F. Kennedy, le président des Etats-Unis d'Amérique, en visite à Berlin-Ouest alors que la ville est coupée en deux par un mur érigé deux ans plus tôt, prononce dans son discours le célèbre : Ich bin ein Berliner => Je suis (un) Berlinois. Il précise d'ailleurs qu'il reprend la formule antique : civis Romanus sum => Je suis (un) citoyen romain, formule qui, il y a quelque deux mille ans, exprimait alors la fierté suprême.

Aujourd'hui, combien de "Je suis Charlie" ! mais combien savent qui était, qui est Charlie Hebdo ?
La France de Vichy compta énormément de maréchalistes ; celle de la Libération, autant (souvent les mêmes) de Gaullistes. Pendant les guerres de Vendée de 1793, comment reconnaître un rebelle d'un bon républicain était la question délicate. Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens, répondait-on... Une certaine sagesse... pour croyants, du moins !


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   - Reçus ce dimanche 11 janvier d'une Montreuillaise qui vit à San Francisco :

  - d'un ami de Saumur :

 Cette machine tue les fascistes.

Cliquer sur le lien ci-dessous : "Nous sommes Charlie"

- Charlie projeté Place de la République...

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L'Homme, pauvre animal aussi bête que méchant, mis au monde à l'aveugle, par hasard et provisoirement n'importe où sur la terre - là où il fait (encore ?) bon vivre, ou là où l'on crève de faim (et) (ou) sous la matraque d'un tyran auto-proclamé... par hasard - par des géniteurs qui, par conformisme, reproduisent leur vanité... petit être qui grandit difficilement, qui vit comme il peut plus que comme il le voudrait, dans la sueur et les douleurs, et qui, au lieu de chercher le compagnonnage qui l'aiderait à se construire, à se vivre, ne pense plutôt qu'à tuer, détruire, supprimer son semblable, son frère de misère.

Je pense alors au sombre tableau ci-dessous du peintre espagnol Goya, 

Duel au bâton (1820-1823), de Francisco Goya, 1746-1828 : Deux hommes vont mourir, pris dans des sables mouvants qui les aspirent. Mais tous deux, au lieu d'essayer de survivre en s'entraidant, ne pensent qu'à une seule chose, tuer l'Autre à coups de bâton.

Je découvris un jour dans Le Monde ce dessin de Plantu [cliquer dessus pour l'agrandir] ; j'ai écrit à son auteur pour lui dire mon admiration, tout en évoquant le tableau de Goya qui m'avait tant impressionné quand je l'avais vu à Madrid, au Musée du Prado. 

Quelle heureuse surprise de recevoir quelques jours plus tard dans ma boîte aux lettres la planche originale dédicacée du dessin !

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- Reçus de Jean-Claude, ami du Maroc, en commentaire de cette page, ce dessin de Lucille Clerc, relayé sur son compte Twitter par Banksy @thereaIbanksy© Lucille Clerc... et, au dessous, Les Morts de rire :

 

- cet inédit d'un "vieux" copain très talentueux, reçu ce soir, le 10 janvier ;

- en fin, cette chanson, Je suis Charlie, entendue sur le Net.

http://tempsreel.nouvelobs.com/charlie-hebdo/20150109.OBS9597/la-chanson-jesuischarlie-vue-6-5-millions-de-fois-sur-le-web.html

Le drame est que chaque croyant exige que sa religion soit la meilleure, voire la seule ; ce qui peut sembler être humainement légitime puisqu'il y va de son [mon] propre salut quand cette religion, après un court et laborieux passage sur notre Terre, lui [me] promet l'éternité dans un autre Monde obligatoirement [bessif, en arabe marocain] idéal, voyons... C'est que je le vaux bien... J'allais écrire "veau", comme disait notre bon Général Charles [Charlie ???] de tout bon Français... qui voterait pour lui...

Alors, il est malheureusement et tristement facile de comprendre que ce croyant programmé veuille supprimer toute religion rivale qui promettrait autre chose - voire plus ou mieux - à d'autres que lui.

Il faudrait que chaque religion restât un dialogue strictement personnel entre l'individu et son "Dieu", que chaque religion fût du domaine de la pensée, et non pas de celui des actes, des gestes. Le drame, donc, est qu'on a fait le plus souvent de chaque religion une réalité sociale, publique, d'où tous ces affrontements compréhensibles, répété-je, mais aussi très dommageables.

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  APRES

Ce dimanche 11 janvier 2015 : comme toute la France, ma petite ville angevine de Montreuil-Bellay est "Charlie".

Midi. La foule dans la cour de la Mairie.

Pendant le discours du maire, Marc Bonnin très ému,  
et avant la minute de silence et les applaudissements.

Quelques PORTRAITS extraits de Libération, sauf pour Ela.

  * Elsa Cayat  (54 ans) (Extrait du Net)

 Psychiatre et psychanalyste, elle tenait la rubrique "divan" dans "Charlie Hebdo".

Du Elsa Cayat, in Charlie Hebdo n° 1178, page 11 : [...] Ici, la société et le sujet se rejoignent ; dans la recherche d'autorité dont on dépend, mais dont on connaît l'abus de pouvoir. Cette autorité, c'est autant celle du système social, politique, économique, que de l'autre, dont l'abus est au grand jour, mais dont on ne peut se passer. C'est le même mécanisme qui assaille l'individu, lui qui hésite, qui a peur d'être libre, de suivre son désir, de construire sa vie ; lui qui aime avoir la bénédiction d'une autorité et, ce faisant, ressent l'humiliation que produit le besoin de demander la permission.          

  * Cabu (Jean Cabut) (76 ans)
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* Charb (Stéphane Charbonnier) (47 ans)

  * Honoré (73 ans)

Le mail d'un ami, reu le mercredi 14 janvier : 

Nous rentrons de 8 jours à Munich... On était à CDG Airport quand on a entendu la nouvelle du massacre. Après, pas d'ordi, les TV allemandes que je ne comprends pas, les angoisses... Je croyais égoïstement notre très proche ami Philippe Honoré épargné parce que son nom n'était pas sur les Unes de la presse internationale avec Cabu-Charb-Wolin-Tignous, et je pensais : "Au moins, ces s.  n'auront pas eu sa peau."... Et puis me revoilà à Paname devant mes e-mails... le tien… et un message de sa fille… Prépare-toi au flot des conneries qui vont être dites dorénavant !!!


Merci pour ton bel hommage. Oui... Philippe était le "littéraire", le rêveur, et un fabuleux dessinateur !!!

 * Jean-Marc Reiser (1941-1983) et son Gros Dégueulasse

 

* Tignous (Bernard Verlhac) (57 ans)

* Wolinski (80 ans)

 

Dessin de Michel Foucault publié dans Le Courrier de l'Ouest du 9 janvier 2015.  

Selon la religion musulmane, Allah promet 70 - ou 72 - houris - pluriel de houria, vierge, femme pure -  au martyr pour le dédommager de sa vie qu'il a sacrifiée.

*

Vous voulez de la prose de Wolinski ? Censure pour les moins de 10 ans - question de sensibilité - et pour les plus de 80 - question de cœur... qui pourrait lâcher. C'est du gaulois, pas du djihadiste, ni discours d'homme politique, c'est du Wolinski, et l'on comprend mieux pourquoi des millions de Français orphelins ont défilé en "pleurant" les disparuis, parce qu'on leur avait retiré leur biberon nourricier...

Ce petit texte est extrait d'un article page 14 de Libération de ce jeudi 8 janvier 2015 : "Au genre de régime auquel il imaginait devoir être soumis post mortem, son choix se portait à l'incinération, s'adressant [...] à sa femme [Maryse, sa seconde épouse] : Mes cendres, tu les balanceras aux chiottes, comme ça, chaque fois que tu t'assoiras sur ma tombe, je verrai ton cul."

J'avais prévenu. On ne guérit pas de la mort de Charlie Hebdo

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ET LA VIE CONTINUE.... SANS EUX... POUR EUX

Charlie Hebdo n'est pas mort, est-il annoncé partout dans la presse, il sort de l'hôpital ce mercredi. Les gars d'Charlie avaient tort, il y a quand même un dieu... pour les mécréants !
                            Charlie Hebdo du mercredi 13 janvier 2015. 

Ci-dessous, diverses images du Net :


Non, l'esprit Charlie n'est pas mort. Voir le P'tit Nicholas croqué ci-dessous après la sortie peu discrète de quelques-unes de ses vedettes...

  Rammdoullah [Merci Allah, en arabe ; écrit ici comme le mot se prononce au Maroc].

Dessin de Chantal Montellier (Libération 10 janvier 2015)

Deux dessins reçus d'un ami au soir du 14 janvier :

 

 

On en aurait presque oublié Aïssa - rappelons que c'est Jésus dans le Coran. L'Inquisition est loin, et notre homme n'a jamais interdit qu'on lui tirât le portrait, et même plus que le portrait.




 
Mais revenons vite à l'actualité,  à la sortie ce jour du nouveau Charlie Hebdo.
Et c'est pour retrouver Aïssa qui voudrait bien qu'on s'occupât un peu plus de lui, comme dans le dessin ci-dessous que j'ai particulièrement remarqué. J'ai écrit "remarqué" et non pas "apprécié", ne me faites pas dire ce que j'ai dit.


et ici, la vie continue, entre arthrose, sinistrose et toutes sortes d'autres choses, dont le bonheur d'être encore.
Jusqu'au jour où, elle aussi, elle s'arrêtera... dans l'ordre des choses.
La langue arabe a un mot merveilleux pour dire tout ce qui se passe : Mektoub => c'était écrit.
Si c'était écrit, alors, retirons l'échelle...

Reçu de mon ami Charles, plus d'une semaine après...

 ... avec cette légende : Le doute est à la pensée ce que le jeu est à la mécanique : son âme. Sans le doute qui l'alimente, la pensée meurt et devient dogme... avec tous les dangers que cela comporte.

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Le lundi 9 février 2015

Date : 09/02/2015 16:20:52
Sujet : RE : MERCI

Bonjour,

Merci pour votre message et votre soutien.

Cordialement,

        Charlie Hebdo

en réponse à mon mail...
 
De : jacquesjenny.sigot@free.fr
Envoyé : mercredi 14 janvier 2015 22:41
À : redaction
Objet : MERCI
En remerciement, et en hommage...
Un très "vieux" lecteur.
       Jacques (Yacoub, Tchopa)

16 déc. 2014

Les instituteurs et les deux Guerres mondiales

Après la lecture, dans Le Courrier de l'Ouest du dimanche 14 décembre dernier, d'un article de Geoffrey Ratouis sur la Première Guerre mondiale : "Chers enfants, vous êtes l'espérance de la Patrie", voici quelques réflexions personnelles... C'est que l'école de ma petite ville, ses maîtres et son maire y sont à "l'honneur" :

     "Montreuil-Bellay, le 26 juillet 1871. Dans la cour de l'école communale de garçons, le maire    Charles de Caqueray procède à la distribution des prix. [...] - Chers enfants, à votre âge, vous êtes l'espérance de la Patrie. Coûte que coûte, il faut refaire la France grande et heureuse...

Et nous savons aujourd'hui ce que 14/18 coûta en vies humaines !

Pour moi, ancien instituteur public, et je le fus pendant toute ma carrière, dont sept années à enseigner notre langue à de jeunes collégiennes à Meknès (Maroc), la Première Guerre mondiale fut assurément gagnée "grâce aux instituteurs", comme fut presque aussi assurément perdue par "leur faute", la Drôle de Guerre des premiers mois de la Seconde, en 1939/40.

De 1871 à 1914, par leur enseignement - leur avait-il été imposé par leurs autorités ? - les instituteurs, appellation vieillotte qui n'existe plus, remplacée pompeusement par "professeur des écoles" - alors que les maîtres "instituaient" quand les professeurs "professent - ont formé de braves soldats en même temps que des citoyens responsables. C'est qu'il fallait bien que la France retrouvât l'Alsace et la Moselle - et non pas l'Alsace et la Lorraine, comme il est traditionnellement et abusivement écrit et dit, une partie de cette dernière, dont Nancy, étant restée française. Alors on administra à doses intensives la haine du Boche - abréviation pratique d'Alboche, son vrai nom. Et ce furent des cours d'histoire ciblés ; des exercices physiques à apprendre aux garçons à manier le fusil, fût-il en bois.
En même temps, les cartes postales de l'époque conditionnaient la prochaine génération à la bravoure.


Chez nous, grands et petits ont la même vaillance.
Voilà pourquoi la France sera toujours la France.
(Image du Net)
 
Les instituteurs, les premiers massacrés sur le front.
Mais tout a changé entre 14-18 et 1939... Pendant le premier conflit mondial, les instituteurs, pédagogues zélés, se sont pour la plupart retrouvés promus sous-officiers à la suite de la préparation militaire, pour eux obligatoire. Sergents, lieutenants, ils étaient alors à la tête des simples troufions, à les commander effectivement, et quand il fallait sortir des tranchées pour attaquer l'ennemi, tous en même temps pour faire nombre, et à l'heure exacte indiquée par les officiers supérieurs protégés à l'arrière, ils étaient les premiers à grimper sur le talus pour entraîner leurs hommes, pour donner l'exemple. Et ils furent les premiers fauchés par le feu ennemi qui les attendait.
Penser à Charles Péguy, le poète beauceron qui chanta la Pucelle de Domrémy : fils d'une pauvre rempailleuse de chaises, Péguy fut élève de l'école annexe de mon école normale des Instituteurs d'Orléans, ville qu'avait libéré son héroïne en mai 1429 ; il fut l'un des premiers tués en 1914, le 5 septembre !
Les instituteurs ne furent pas exactement les premiers à mourir sur le front : les avaient précédés, entre autres, les Bretons et les gars du Massif Central - l'école de Jules Ferry avec l'apprentissage du français n'étant obligatoire que depuis peu pour ces patoisants - à qui l'on avait demandé de creuser les tranchées. Leurs noms couvriraient les monuments aux morts de leur province que la France dresserait bientôt dans chaque commune. Celui de Montreuil-Bellay, érigé par Raoul Lecompte, maçon local, avec le palan du charpentier Seguin, fut inauguré le 11 novembre 1920.
 
Après la victoire de novembre 1918, la déroute du printemps 1940
Les instituteurs, ces hussards de la République comme on les appelait, ont payé un lourd tribu à la camarde ; aussi, entre les deux guerres, sont-ils souvent devenus anti-militaristes. Et nous savons ce que firent la plupart des soldats français qui n'avaient pas, comme avant 1914, été endoctrinés à l'école primaire. Au printemps 1940, devant l'avancée allemande, ils préférèrent battre en retraite plutôt que d'ajouter à leur tour leur nom en lettres de sang sur les monuments. On ne naît pas héros, il faut que l'on soit bien dressé pour le devenir !


 Le monument aux morts de Montreuil-Bellay.
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En classe, je faisais aussi chanter le dernier couplet quasiment occulté de la Marseillaise, parce qu'il s'adressait à nos seuls élèves, le seul couplet qui leur fût exclusivement destiné :

Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n'y seront plus.
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus. 

Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre !

Un instituteur ne doit-il pas plutôt apprendre à vivre aux enfants qu'on lui confie ?

J'ai aussi, en son temps, composé un poème sur nos trois guerres contre Prussiens et Allemands qui, après tant de haine et de massacres, sont maintenant nos grands amis. 
Ce poème, mis en musique par Gérard Pierron, est chanté par Françoise Mingot, dite Fan fan. En voici le refrain : 

Quels sont tous ces canons ? Les morveux, qui se mouchent.
Français, soyons amis du grand peuple allemand.
Mais s’il faut bien un jour s’embrasser sur la bouche,
Messieurs, pensez-y donc plutôt qu'après, avant !

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                         Joachim Gauk, l’Allemand, et François Hollande, le Français.
(Photo AFP ; Le Courrier de l’Ouest le 4 août 2014).

3 déc. 2014

Visite épiscopale sur l'ancien camp de Montreuil-Bellay





Monseigneur Emmanuel Delmas, évêque d'Angers



Mardi 2 décembre 2014 à Montreuil-Bellay




Les bons paroissiens de ma bonne ville m'avaient demandé de guider l'évêque d'Angers toute une partie de ce mardi de décembre 2014 sur différents sites de Montreuil-Bellay.
Un vrai laïc ne pouvait refuser, surtout s'il avait vécu pendant sept années en terre d'Islam à travailler sa religion et à essayer de parler sa lange ; s'il avait accepté que son épouse  se marie - mais quand même sans sa propre participation - dans la cathédrale catholique de Rabat, au Maroc ; s'il avait accompagné sa fille jusqu'à son futur gendre devant l'autel d'une église protestante de Zürich, en Suisse.

Monseigneur Emmanuel Delmas, évêque d'Angers, a donc visité le site de l'ancien camp de concentration de la route de Loudun, avant de se rendre à Méron, autrefois commune, aujourd'hui rattaché à Montreuil-Bellay.

Son prédécesseur était déjà venu, en 2007... pour célébrer une messe sous chapiteau à proximité de l’enceinte de barbelés du camp de concentration, lors de la cérémonie du dernier samedi d'avril, cérémonie nationale et annuelle instituée en 1990 par la Présidence de la République.

 Monseigneur Soubrier, présent sur le site 
de l'ancien camp le samedi 28 avril 2007.

Cette fois, Emmanuel Delmas avait programmé cette visite avec ses hôtes de la paroisse montreuillaise.
Quand je lui demandai le pourquoi de ce choix, il m’a répondu que le nom de Montreuil-Bellay était à Angers associé à ces tragiques événements de la Seconde Guerre mondiale ; aussi  désirait-il savoir ce qui s’était exactement passé. 
D’où cette demande que l’on m’a faite de le guider.

Mânouches, Gitans et Roms

Ce fut d’abord un lent cheminement pour découvrir les ruines de l’ancien camp dans lequel furent surtout internés des Tsiganes. On les appelait alors « nomades », depuis le 16 juillet 1912. Nous les connaissons maintenant sous le nom de « Gens du Voyage », bizarre expression qui n’a ni singulier ni féminin. Il serait plus normal de dire "Tsiganes", du grec Atsinganos, nom que les Européens leur donnèrent vers le XIVème, quand ils les virent arriver de l‘Inde d’où ils étaient originaires.
Autres noms plus précis :
Roms qui, après plusieurs siècles d'esclavage en Europe de l'Est [actuelles Russie, Roumanie, Hongrie, Bulgarie...], ont repris la route, les premiers entrant en France dans les années 1870. Pendant la guerre, dans le camp, on les appelait plutôt "les Z’hongrois".
Gitans, restés sédentarisés en Espagne et dans le sud-ouest de la France, après leur migration médiévale.
Mânouches, les seuls restés nomades, arrivés chez nous la première fois en 1419, la plupart ayant longtemps transité par ce qui allait devenir l’Allemagne en 1871. Les Mânouches portent d’ailleurs souvent des noms germaniques : les Bauer, les Scheid, les Winterstein, les Weiss, les Ziegler… et Reinhardt.  Un parent de Django Reinhardt, interné dans le camp de Montreuil-Bellay, est mort à l'hôpital de Saumur où, malade, il avait été transféré. 

La destruction, jamais oubliée, de l’église de Méron
La conférence donnée en fin d’après-midi au presbytère voulait préciser cette diversité dont la presse ne rend pas toujours compte : pour elle, ce sont généralement "des Gitans" et, maintenant, surtout "des Roms".

 L'évêque suit les explications sur la maquette du camp.
(Photo Jean Richard)

 Dans la prison, seul vestige intact.
Cave d'une ferme qui a brûlé en 1908.
(Photo Karim Fikri)

Photo traditionnelle sur les marches d'un ancien bâtiment du camp.
(Photo Willy Jousselin)

Après les explications données sur les principales ruines du camp, ce fut un passage rapide dans la zone industrielle, ancien camp américain que l’on appelait aussi "Camp de Méron", comme l'autre ; ce qui a favorisé l’oubli du premier par les Montreuillais. On choisit son passé…
Ce fut ensuite une halte au clocher de Méron, cette blessure difficilement cicatrisable depuis que fut prise la  décision de détruire entièrement l’église et la grotte de Lourdes, et ce, comme par hasard, le dernier jour de juillet 1983, "à la sauvette", quand les paroissiens concernés étaient partis en vacances.
L'église de Méron avant sa destruction.
La construction moderne qui devait remplacer le lieu du culte condamné ne fut jamais consacrée ; elle est devenue une maison d’habitation.

 Le clocher roman avec un ajout de deux étages au XIXème siècle,
tout ce qui reste à ce jour.

Au pied du clocher roman, le seul vestige conservé, fut évoquée la belle et pittoresque figure de l’abbé Jollec, ce curé breton des ardoisières de Trélazé que l’on exila au fond de l’Anjou pour avoir défilé en 1936 avec le Front Populaire. Le 3 janvier 1945, voulant sauver des enfants qui avaient sauté sur une mine allemande au pont de Baffou, il subit lui-même le même sort, et fut en décembre amputé d'une jambe gangrenée. François Jollec quitta définitivement Méron courant 1946, et mourut le 24 mai 1950 dans la Maison du Clergé de Beaupréau.

 L'abbé Jollec recevant son évêque dans sa paroisse de Méron dans les années 1930.

L’évêque angevin, lors de son séjour à Montreuil-Bellay, ne découvrit pas que les heures sombres de la Seconde Guerre mondiale, ses hôtes lui ayant programmé d’autres visites moins douloureuses.