13 janv. 2011

Polémique : Le Camp de Concentration de Montreuil-Bellay

Ce dossier est illustré par trois articles d'un quotidien régional et par plusieurs de mes photographies. Cliquer dessus pour les agrandir.


A Montreuil-Bellay, c'était bien un camp de concentration. (En-tête d'une commande à un particulier pour une livraison de pommes-de-terre au camp. Archives privées.)

Suite à ce qu'il faut bien appeler mon "invention" en 1980 de l'ancien camp de concentration qui a sévi dans ma ville pendant la Seconde Guerre mondiale, et à diverses publications pendant ces trente dernières années, un échange d'amabilités a fait ces jours-ci le bonheur de la presse régionale. Je reprends ici les articles publiés cette première quinzaine de janvier. A vous de vous faire une opinion, qu'elle conforte l'humeur des édiles montreuillais ou qu'elle m'encourage à poursuivre mon travail.


Le Courrier de l'Ouest, le lundi 3 janvier 2011, fait du camp un événement marquant de la défunte 2010. Le soir même, pas un seul mot sur le même sujet au cours des voeux de la maire de la commune à ses administrés.

Trois jours plus tard, le quotidien publie intégralement le billet d'humeur que je lui avais envoyé :


La maire répond le jeudi suivant:



Rappelons deux amabilités de l'ancien maire parlant de moi, publiées dans la même presse régionale (de mémoire avant de retrouver les articles) :
- ... individu qui instrumentalise les Tsiganes pour vendre quelques centimètres de papier.
- ce soi-disant historien. Pour être historien, il faut avoir fait des études et avoir des diplômes.
Où l'on voit que le ton est le même avec la nouvelle maire...
En sourire si je reprends la seconde. "Soi-disant" signifierait que je me dis historien alors que je suis toujours très heureux de me présenter comme ancien instituteur. Penser à cette même insolite expression qui dirait : ce soi-disant mort...

Avec une certaine opportunité, ce même jeudi 13 janvie r, Le Courrier de l'Ouest publie six pages plus loin ces quelques lignes dans la rubrique Les hommes/les femmes :

Très heureux de cette polémique, puisque il est surtout important pour moi que l'on parle de ce site en danger, et lire dans la réponse de la maire "que le camp doit rester un lieu de mémoire, de recueillement" est une douce chose.
Amusant de constater l’identification de ce camp au quelconque individu qu’elle me dit être, mais peut-être eût-elle préféré écrire individu quelconque ; étonnant de lire que la seule reconnaissance de ce quelconque individu remplace la connaissance du camp.

Au-delà de la féconde polémique entre personnes non anonymes, quelques rappels :

Anecdote

On dit des "gentillesses" sur moi, du même ton - tiens, bizarre, bizarre... - que celles déjà lues dans la presse [Cet individu qui instrumentalise les Tsiganes pour vendre quelques centimètres de papier] ou [...ce soi-disant historien, pour être historien, il faut avoir fait des études et avoir des diplômes] alors que je me suis toujours dit instituteur.
On m'en voudrait de critiquer les Montreuillais, les disant responsables de ce camp, ce que je n'ai jamais fait. Dans cet article du Courrier, je me suis même volontairement censuré, omettant d'écrire que s'ils ont, en 2011, le droit oublier ce camp - la maire écrit même que la page est aujourd'hui tournée - ce camp était parfois pour certains, pendant la guerre, le but de leur promenade dominicale. Une famille m'a même rapporté qu'on attelait la charrette après le repas, qu'on y installait les enfants et qu'on allait faire un tour route de Loudun pour voir s'il y avait des nouveaux. Et comme le camp se trouvait à douze kilomètres, cela passait l'après-midi. Il est vrai que les distractions étaient rares à l'époque, et il n'y avait pas la télévision.

Le positif

- La complicité et le précieux compagnonnage des éditions Wallâda, http://www.wallada.fr/nouveautes-2009-2010.html qui, les premières alors que le sujet gênait, ont accepté de publier mes travaux sur ce camp, et qui m'ont toujours suivi depuis par de nouvelles rééditions.

- La reconnaissance officielle de ce camp de Montreuil-Bellay dans laquelle la France a interné - entre autres - des Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale. L’érection d’une stèle sur le site le 16 janvier 1988. L’organisation sur ce même site, à partir d’avril 1990, d’une cérémonie nationale et annuelle en hommage aux Tsiganes victimes de la Seconde Guerre mondiale.

- Ce télégramme que m'a adressé Simone Veil le 15 janvier 1988, la veille de l'inauguration de la stèle :



- La découverte et l’étude d’autres camps semblables sur le territoire français, et le relais pris, ces dernières années, par de jeunes historiens.

- L’érection d’autres stèles sur d’autres sites (Mérignac, Arc-et-Senans, Poitiers, Avrillé-les-Ponceaux, Saliers, Barenton…).

- La reconnaissance, pour des Tsiganes, de leur internement et, suite à la constitution de dossiers, plusieurs ont reçu une carte d’interné politique (sic) qui leur permet de toucher une pension d’indemnisation.

- Plusieurs enfants m'ont contacté pour connaître l'histoire de leur famille, le plus souvent de petits-enfants d'internés, et nous pouvons alors ensemble reconstituer des itinéraires.

- En 1983, Jean-Louis Bauer, dit Poulouche, m'a écrit après avoir découvert mon ouvrage sur le camp de Montreuil-Bellay dans lequel il avait été interné avec sa famille après ceux de Mérignac et Poitiers, et avant celui de Jargeau. De 1983 à 2007, année de son décès, nous avons travaillé ensemble. En 2010, la ville de Poitiers a donné son nom à une allée proche de l'ancien camp.

- La création, en 2005, d’une association, L’AMCT (Les Amis de la Mémoire du Camp Tsigane de Montreuil-Bellay).

- Le 8 juillet 2010, en pleine chasse aux Roms et Tsiganes par les féaux de l’Elysée, l’inscription du site à l'inventaire supplémentaire des sites historiques.

Le négatif

- Le refus, par les instances sollicitées, de prendre en charge financièrement les frais de la stèle érigée en janvier 1988 : le support en ardoise a été offert par un couvreur de Montreuil-Bellay ; l’achat de la plaque et la gravure du texte ont été assumés par des personnes privées.

- La disparition, sans nécessité, d’importants vestiges (à la fin des années 1990 du seul bâtiment resté debout sur place ; peu après, des colonnes de l’ancien poste de garde).

Le seul bâtiment resté sur le site après la vente aux enchères par les Domaines en octobre 1946 ; aujourd'hui disparu.

Les colonnes de l'ancien poste de garde, face à l'entrée du camp, côté Panreux ; aujourd'hui disparues.

- D’autres vestiges, aujourd’hui protégés, auraient connu le même sort si l’alerte n’avait pas été donnée quand avait été décidée l’aménagement d’un rond-point au carrefour des deux routes Montreuil/Loudun et Méron/Panreux. Suite à des courriers ciblés, le rond-point a été dévié, puis apparemment déprogrammé.

- Un site "vachement" menacé. Bien qu'il soit maintenant classé à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques, les lourdes locataires continuent de hanter les ruines...

Une pensionnaire vue de l'ancien gnouf, la cave/prison.

- Le refus, après demandes, de supprimer certains panneaux publicitaires « tendancieux » implantés sur le site même du camp. Seuls des rappels dans les médias semblent avoir provoqué leur disparition.







- Quand quasiment tous les collèges et lycées des villes proches de Montreuil-Bellay, pour ne parler que de ces dernières, m’ont invité une ou plusieurs fois pour évoquer l’histoire de ce camp, je ne le fus jamais dans les murs du collège de Montreuil. Par contre, je le fus régulièrement par le Lycée Agricole, mais les élèves viennent pour la plupart de l’extérieur. Ainsi, lors de ma dernière intervention, il n’y en avait pas un seul du canton.

- L'ingratitude de certains que j'ai aidés parfois pendant des années, leur partageant tout ce que je savais sur cette histoire, témoignages et iconographie, et qui, leur travail terminé, coupent les ponts et disparaissent avec les bénéfices...

En guise de conclusion

Cette conversation, au cours d'une réunion de travail à la sous-préfecture de Saumur en juin 2008, m'a été rapportée par une personne qui m'a demandé, vu son devoir de réserve, de ne pas citer son nom. Elle reste suffisamment proche de ce que j'ai souvent entendu pour la penser véridique.
Réponse du sous-préfet suite à une allusion de l'ancien maire de Montreuil-Bellay, très embarrassé par mes travaux sur le camp, et qui aurait dit que je n’étais qu’un pseudo historien : Il a fait un vrai travail d’historien, digne d’un travail d’universitaire et qui a le mérite d’exister. Sans lui, nous ne serions pas là aujourd’hui.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Heureusement qu'il y a Jacques Sigot pour rafraîchir la mémoire à certains. Continue.
Willy
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Willy, webmaster avec Jacques.

Anonyme a dit…

Sans donner dans l’angélisme et l’utopie, le nomadisme et le sédentarisme sont réellement une question importante de choix de vie de communautés humaines sur terre. Chacun de nous est façonné par le milieu dans lequel il vit. Mais nous pouvons tenter de découvrir d’autres modes de vie, début d’un chemin de compréhension de l’autre. Il me semble qu’aucun système politique, religieux, social … ne peut s’autoriser, même avec un appui d’une majorité dans l’opinion, à contraindre ceux qui ne vivent pas « comme nous ». Bien entendu, tout cela est plus facile à dire qu’à faire. C’est difficile pour chacun d’essayer d’être un peu plus « humain » aujourd’hui qu’hier.

Comme vous consacrez votre énergie à une cause visant à ne pas enfouir le passé, un mot de solidarité m’a semblé opportun, d’autant plus que dans cet article du maire, il y avait des éléments intéressants, et d’autres qui n’élèvent vraiment pas le débat. Pourquoi échanger des arguments qui détruisent plutôt que de construire ?

Anonyme a dit…

La reconnaissance d'un travail, quand celui ci est de valeur, ne doit pas être tibutaire de la qualification de celui qui en est à l'origine (qu'il soit historien ou universitaire ) mais devrait se référer à la compétence de celui qui a fait ce travail . Et aujourd'hui, tous devraient considérer que Jacques Sigot a fait preuve ici, de compétences certaines et à ce titre il peut être fier d'avoir fait un travail de mémoire digne des meilleurs historiens . Bravo et merci .Saxo

Anonyme a dit…

Bonjour, je me souviens de vos interventions, notamment dans mon école primaire, aujourd'hui habitant Panreux, je pense à vous mais surtout à tous ceux qui ont vécu l'enfer ! que serais je quelques gestes de notre municipalité, si ce n'est un peu de respect pour cette horreur, continuez ... et bonjour aussi à votre femme, que j'ai eu il y qq années comme prof de français !

Jacques a dit…

Qui êtes-vous ? habitant de Panreux et ancien élève de mon épouse ? Très heureux de ce soutien, même anonyme, qui compense un peu les attaques répétées (et désespérées ?) de mes maires.
Merci.
jacquesjenny.sigot@free.fr

Anonyme a dit…

un grand merci à vous qui gardez la mémoire de ce lieu vivante