10 juin 2014

L'instituteur, 50 ans après


Cliquer sur les photos pour les agrandir.

Non plus Vingt ans après... mais cinquante !!! La prouesse des mousquetaires d'Alexandre Dumas a été dépassée... un samedi de juin 2014 en Oise.
Parce que Claudette, l'une de mes élèves de ma première petite école de jeune instituteur, a décidé un jour de rechercher ses camarades de classe et de m'inviter pour une rencontre festive sur les lieux mêmes de nos vies d'autrefois, je prends la route, ou plutôt le rail, pour revoir le petit hameau d'une petite commune de l'extrême nord-ouest d'un département que j'ai quitté en juin 1966. Yves, mon beau-frère de l'Oise - une autre Oise, la "Parisienne" - vient m'y retrouver le midi.
Voir également :  http://jacques-sigot.blogspot.fr/2013/08/ma-premiere-ecole.html

Avec Claudette, 50 ans après,
dans la classe de l'école de la commune ;
celle d'autrefois, au hameau, a été fermée et vendue fin des années 1960.

La classe en 1964/65 :

Photo prise dans le "jardin" de l'école. 
La brique et le torchis - très abîmé - des constructions 
de cette terre coincée entre la Picardie et la Normandie.
1 – Chantal Sanson ; 2 – Françoise Hoypierre ; 3 – Patrick Sanson ; 4 – Catherine Descroix
5 – Pascal Morillon ; 6 – Claude Fontaine ; 7 – Jacky Fontaine ; 8 – Claudette Fontaine ;               
9 – Jeannine Varlet ; 10 – Marie-Ange Peudevin   ; 11 – Bernadette Hoypierre ; 12 – Reine Hoypierre ;  13 – Marylène Fontaine ; 14 – Elisabeth Brasseur ; 15 – Danielle Brasseur.
16 – Jean-Luc Morillon ; 17 – Véronique Morillon ; 18 – Marie Line Sanson ; 19 – Alain Sanson ; 20 – Daniel Morillon ; 21 – Christine Delaire ; 22 – Evelyne Hoypierre ; 23 – Jean-Claude Hoypierre.
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50 ans après, le torchis a disparu...
(Photo Jean-Paul Branger)



Marie-France Ricaux "cachée" derrière Denise André, est ci-dessous à l'extrême gauche du cliché.
Madame Janine Morillon est la maman de Daniel.


Sur la route qui longe le mail devant l'ancienne école.
(Photo Jean-Paul Branger)











                                                                   
 A gauche, photo prise en octobre 1964.
A droite au même endroit, mais le 7 juin 2014...

Retrouvailles
Claudette est quasiment chaque fois obligée de me dire le nom de mon ancien élève...
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Avec Claudette Branger (Fontaine) et Daniel Hoypierre.
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Avec Evelyne Hoypierre.
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Jacky, le petit frère de Claudette.
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A la fenêtre de "ma" chambre...
Un jour, un couple passant dans la rue, j'entendis : 
"C'magister, i l'est encore jouqué." => Le maître est encore au lit.

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La presse locale a généreusement annoncée cette rencontre le mercredi précédent : 4 pages de photos et de textes, dont la plus grande partie de la Une !
Le texte est repris après les pages entières.

La Une du Bonhomme Picard du mercredi 4 juin 2014 :

Ci-dessous la une de couv et les pages 5, 24 et 25 :





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Texte des pages du Bonhomme Picard du mercredi 4 juin 2014.

Page 5 :

Les derniers élèves de l’école de Ménantissart

Les élèves de l’école de Ménantissart se retrouvent samedi 7 juin. Des retrouvailles émouvantes pour eux et pour Jacques Sigot, un instituteur qu’ils n’ont pas oublié.

C’est l’histoire de l’école de Ménantissart, une petite école qui a fermé voilà 48 ans. Ses élèves ont aujourd’hui la soixantaine. Le jeune instituteur, barbu, qui venait de sa Beauce natale, en a 74 aujourd’hui. Sa barbe a blanchi.

Si les gamins de la classe unique se retrouvent presque tous ce samedi 7 juin, c’est parce qu’ils y ont passé des années inoubliables. Jacques Sigot y est pour beaucoup.

« Il était sympa »
Nadine Van Ooteghem, maire de Saint-Thibault, habite Ménantissart, un des nombreux hameaux du village. Elle se souvient du jeune instituteur. « Il était sympa. Un peu bohème. Il n’était pas fier. Il aimait rendre service. »
André, le mari de Nadine, fait vite connaissance. Les prés entourent la petite école. La ferme est en face. Jacques aide les jeunes agriculteurs après la classe, les jeudis et parfois les dimanches. « Quand j’ai accouché de ma fille, il trayait les vaches. Il venait de temps en temps écouter à la fenêtre. Quand il a entendu les pleurs du bébé, il a su qu’elle était née. »
Le jour du mariage d’un frère de Jacques, « André lui a prêté un costume. Ma mère – elle mesurait 1,80 m et chaussait du 44 – lui a donné des chaussures. »
L’instit dort dans la chambre, logement de fonction rustique. Il déjeune chez la grand-mère de Christine, une petite Parisienne de 2 ans qui n’avait pas pu être scolarisée dans la capitale.
« J’ai été adopté là-bas. Je suis très heureux de revenir » se réjouit l’enseignant à la retraite.

« Ils seront changés les gamins »
Nadine aussi est contente de revoir les enfants qui ont grandi dans son hameau. « Les gamins, je vais les trouver changés. »
Nadine travaillait déjà à la ferme lorsque Jacques est arrivé. « L’école de Ménantissart a fermé en 1955. On n’était plus que trois enfants. Après, je suis allée à l’école de Saint-Thibault. Celle de Ménantissart a rouvert en 1962 [à la suite de ma nomination (J. S.)].  Des familles venaient d’arriver. » Ce n’est peut-être pas la seule raison. Jacques Sigot a atterri dans l’Oise parce qu’il ne voulait pas aller combattre en Algérie. « Mes deux frères y sont allés. Un d’entre eux m’a raconté la torture. Je ratais mon bac pour gagner du temps. » [Mon frère aîné était parachutiste. Pour la torture, c’est en 1958 à l’Ecole normale d’Orléans que je l’ai apprise ; La Question, l’ouvrage d’Henri Alleg qui la dénonçait, circulait dans les classes. Nous savions donc ce que faisaient certains soldats français en Algérie. (J. S.)]

Nommé comme suppléant éventuel 

Inscrit à l’école normale d’Orléans, il est muté à l’école normale disciplinaire [Du moins la fut-elle pour moi… avant que je n’y arrive ! (J. S.)] de Beauvais (le lycée Truffaut aujourd’hui).
«  J’ai été protégé par le directeur Emile Foëx, un homme à l’allure sévère mais au cœur d’or. Les directeurs d’écoles normales avaient un rôle très important. Ils étaient à la fois directeurs et inspecteurs pour le primaire. Après un remplacement de six mois à Briot, il m’a nommé à Ménantissart, « suppléant éventuel », comme je n’étais pas titulaire. Mais il m’avait rassuré : "Personne ne viendra prendre ton poste. Il n’a jamais été demandé depuis la fin de la guerre." » Même s’il l’a toujours revu, Jacques ne sait vraiment pas pourquoi son directeur l’a protégé ainsi. [Etant « instituteur », je bénéficiais dès lors d’un report d’incorporation qui m’a permis de bénéficier de la Coopération culturelle instaurée par de Gaulle en 1965. Cela m’a permis de partir, l’année suivante, enseigner au Maroc… en remplacement du service militaire.]
Le jeune homme garde un bon souvenir de cette époque. Il applique ses méthodes, peu académiques mais qui fonctionnent.
« Je passais beaucoup par l’oral. Je faisais participer les élèves le plus possible. » Claudette, une ancienne élève à l’origine des retrouvailles, s’en rappelle [souvient]. «  On n’avait eu que des remplaçants. Ils ne s’occupaient que des grands. Jacques faisait travailler tout le monde. Les grands encadraient les petits pendant qu’il faisait cours aux moyens. »

L’importance des mots

Jamais de punition. « On ne peut rien contre un enfant. Les enfants, ce sont des adultes. Quand il y avait des insultes, une bagarre, j’arrêtais et on parlait. Je décortiquais les [mots] pour leur expliquer ce qu’ils veulent dire. Bien comprendre les mots, c’est important. Après, je n’entendais plus les insultes dans la cour. » Autre incongruité, le jeune instituteur fait entrer les parents dans l’école. Jacques Sigot restera quatre ans à Ménantissart. En 1967, [en septembre 1966] il part en coopération culturelle au Maroc. Il se marie là-bas avec une jeune femme d’Attichy [Oise].
Il termine sa carrière en Anjou dans la même école. Historien passionné, il a sorti de l’oubli le camp de concentration des Tsiganes de Montreuil-Bellay.*
Quant à l’école de Ménantissart [qui a fermé aussitôt après mon départ], la commune l’a revendue. Elle est aujourd’hui une maison d’habitation. [Ce qu’elle devait être avant de devenir une école.] « Je me suis arrangée, indique Mme Van Ooteghem. Les élèves vont pouvoir aller dans leur ancienne cour. » Ils se retrouveront ensuite dans l’école de Saint-Thibault pour se raconter leurs souvenirs de cette belle époque.

Matthias Schweisguth

 http://jacques-sigot.blogspot.fr/2008/08/montreuil-bellay-un-camp-de.html

 Page 24 : 

L'instit revient 50 ans plus tard
Jacques Sigot, instituteur à Ménantissart, hameau de Saint-Thibault, livre un témoignage unique de sa première école dans les années soixante.
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Octobre 1964. "Photo prise en octobre 1964 alors que je suis assis, dans la cour de l'école, sur le rebord d'une fenêtre de ma classe. J'ai bien changé, aujourd'hui devenu presque le vieillard chenu que l'on retrouvait dans les dictées."



 Sortie à Dieppe. "De gauche à droite, moi, Rémi Brasseur, Jean-Charles Descroix, et Gilles Coge. Je prenais ma voiture. J'emmenais les plus grands. Ils avaient 14 ans. Je n'étais pas beaucoup plus âgé. Quelques sandwiches et on partait à la mer pour la journée."
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La salle de classe. "Document précieux, une classe autrefois, sombre. Au mur, l'affiche du château de Saumur. Je me suis toujours "ennuyé" de ma Loire, et j'habite maintenant tout près de cette ville de Saumur."
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La moisson. "Travail aux champs le jeudi, 
avec Nadine et le père de Claudette [Marceau Fontaine] sur la remorque."
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Au début du XXe siècle. L'école de Ménantissart en 1910.
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En hiver. "On appelait la région "La petite Sibérie". Je m'en souviens, il faisait froid !"

  Page 25 : 
La classe sur la place de Ménantissart [Année scolaire 1962-1963]
1 – Marie-Ange Peudevin ; 2 – Marie-Line Sanson ; 3 – Evelyne Hoypierre ; 4 – Claudette Fontaine ; 
5 – Elisabeth Brasseur ; 6 – Christine Delaire ; 7 – Marylène Fontaine ; 8 – Danielle Brasseur ; 
9 – Bernadette Hoypierre ; 10 – Pascal Morillon ; 11 Jean-Luc Morillon ; 12 – Daniel Hoypierre ; 
13 – Claude Fontaine – Alain Sanson ; 15 – Patrick Sanson.
16 – Chantal Sanson ; 17 – Françoise Hoypierre ; 18 – Marie-France Ricaux ; 19 – Jeannine Varlet ; 
20 – Denise André ; 21 – Reine Hoypierre ; 22 – Jean-Charles Descroix.
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Sortie samedi après-midi. "Une sortie dans les "faubourgs" du village le samedi après-midi,
quand il y avait encore classe cet après-midi-là.
Studieuse (?), Marie-Ange n'avait pas oublié de prendre un livre."
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Accueilli par la famille Van Ooteghem.
"Les gentils fermiers, devant l'école, où j'avais toujours une place à table. J'allais souvent travailler à la ferme pour les aider après la classe, ou quand ils partaient le dimanche, et alors je trayais les vaches. Pas à la main, il y avait une trayeuse électrique... 
J'assistais aussi parfois à la naissance d'un veau. 
Je suis Beauceron, et n'ai jamais oublié mes origines paysannes."
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Une chambre rustique.  
Le logement de Jacques Sigot pendant quatre ans.
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Sortie au cap du Hourdel. De gauche à droite, Rémi Brasseur, Jean-Charles Descroix, Gilles Coge (décédé) et André Minet. "J'avais emmené les grands - qui quittaient l'école - en voiture en fin d'année. Nous ne pourrions plus aujourd'hui !"

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Article paru après la fête dans Le Bonhomme Picard du mercredi 18 juin 2014.
Avec tous les remerciements des (anciens) élèves et de leur maître à Mathias Schwelsguth.

Cliquer sur le document pour l'agrandir et le lire. 




 

1 commentaire:

jpd83 a dit…

Bravo pour la rapidité !!!

Est il possible de mettre les documents en plus grand de manière à ce qu'ils soient lisibles ?
jpd83