22 févr. 2011

La Libye 2006/2011

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Sabratha, à l'ouest de Tripoli.

Mardi 22 février 2011. En ces heures sombres de la Libye à feu et à sang, me reviennent en mémoire les images inoubliées de notre voyage en octobre 2006. Nous n'étions que deux, Yves, mon beau-frère, et moi, parce que l'agence Pharaon assumait les départs à partir de deux voyageurs, et parce que le pays, disait-on, avait mauvaise réputation, n'attirait pas les touristes. Seuls souvent dans les hôtels et les restaurants. Dans ces derniers, le plus souvent servis par des garçons marocains dont c'est une spécialité.
Nous avons effectué tout le voyage en taxi, le chauffeur étant notre guide ; l'idéal, sans doute pour découvrir un pays.

Frère Yves à Benghazi.



Une mer bleue comme le ciel à qui elle vole sa couleur ; une côte hérissée de ruines grecques et romaines ; une bande de terre étroite riche de cultures ; et le désert à l'infini : quatre bandes parallèles d'inégales largeurs couvrent tout le pays d'ouest en est.

Historiquement, la même succession des périodes historiques : l'antiquité ; la civilisation berbère et islamique ; l'empreinte italienne ; le monde moderne anonyme...
Tripoli, la capitale, les offre toutes au visiteur.

L'Arc de Marc Aurèle (163 apr. J.-C.).


Rue de la médina qui conduit au consultat de France.


La ville "italienne".


La Tripoli moderne.


Pas de femmes, mais un homme
Ce qui surprend, quand on découvre la Libye après avoir voyagé dans la plupart des pays musulmans, du Maroc à l'Ouzbékistan, c'est la quasi absence des femmes dans les rues. Il est vrai que nous y étions pendant le Ramadan, l'explication que nous a donnée notre guide.
Mais par contre, affichée partout en grand, la photo de Mu'amar Kadhafi, le "guide" inamovible de la Jamahiriyya ("l'Etat des Masses").
Aussi bien sur la façade de l'ancienne citadelle, aujourd'hui moderne et riche Musée National, entre l'immense Place Verte et la médina...


... qu'en pleine nature, comme ici, à l'est de Benghazi, près du monument qui rappelle d'où est parti le bouillant jeune colonel faire sa Révolution.


Pourquoi être allé en Libye ?
A 26 ans, je suis parti travailler au Maroc où je suis resté pendant sept années, et c'est là que j'ai découvert que l'on pouvait vivre autrement. J'ai étudié l'histoire du pays, l'islam, sa religion officielle, et je finis par parler suffisamment l'arabe, dit dialectal, pour communiquer avec les Berbères et les Arabes qui ne maîtrisaient pas assez ou pas du tout le français. Je me suis passionné pour cette civilisation si différente de la mienne, je me suis enrichi à son contact.
Revenu au bercail, j'ai voulu garder le contact avec cette terre nourricière de mes années de formation, et connaître les autres pays qui me rappelleraient le Maroc.
Ainsi, je les ai tous recherchés, de l'Algérie à l'Ouzbékistan, ne manquant que l'Irak... et l'Arabie, mais non pas le mystérieux et fascinant Yémen : Sanaa, le Hadramaout et ses gratte-ciel en terre, Ma'rib où aurait vécu la Reine de Saba...
Et bien naturellement, la Libye...

Rencontre à Ghadamès.


Notre voyage en Libye
D'ouest en est, sur de belles routes avec peu de circulation.



















Sabratha
. Le théâtre

Le théâtre de Sabratha (fin IIème apr. J.-C.) le plus grand d'Afrique qui pouvait accueillir 5.000 spectateurs, est inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982. Son pulpitum, juste sous le sol de la scène, est particulièrement bien conservé.

Lepcis Magna, la ville de l'empereur Septime Sévère (146-211), l'une des plus grandes métropoles de l'Empire romain.
L'arc de Septime Sévère, à l'entrée du site.

Septime Sévère, né à Lepcis Magna, régna de 193 à 211.

Lepcis Magna. Le théâtre

Le théâtre, premier du genre en Afrique, fut construit au Ier siècle de notre ère.

Benghazi. La cathédrale italienne.

Benghazi, capitale de la Cyrénaïque. Presque entièrement détruite pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville fut hâtivement reconstruite.

Cyrène, première cité grecque en Afrique, fut classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO en 1982.

Ville basse et sanctuaire d'Apollon
.


Cyrène. Le forum dans la ville haute.

Cyrène fut la première cité grecque d'Afrique. Les ruines datent pour la plupart de la reconstruction de la ville par l'empereur Hadrien après la révolte juive de 115-117.

Al-Athrun. Basilique paléochrétienne.

La basilique/cathédrale de Al-Athrun, sauvée de la complète disparition par un Poitevin, rappelle la présence des chrétiens dans cette région à la fin de l'Antiquité.

Kasr al-Haj. Grenier fortifié.

Nous avons quitté la route côtière et nous nous enfonçons dans le pays. Avant d'attendre le désert, nous rencontrons plusieurs greniers fortifiés à l'allure extérieure de forteresses à proximité de villages berbères. A l'intérieur, s'ouvrent de nombreuses cellules superposées dans lesquelles les villageois entreposaient leur récolte afin de la protéger des vols ou des rapines.



Puits dans le désert.



Ghadamès. Mosquée soufie dans la médina.



Ghadamès. Rue couverte et puits de lumière dans la médina.

La vieille ville a été édifiée au XIIIème siècle dans la pure tradition de l'architecture berbère. Elle a été bâtie pour parer à la fois aux grandes chaleurs estivales - jusqu'à 55° - et à une certaine rigueur hivernale. C'est un entrelacs de ruelles et de galeries percées à intervalles réguliers de puits de lumière. Aujourd'hui abandonnée - une ville moderne a été construite tout à côté - la cité a bénéficié d'un programme de réhabilitation financé par les Nations Unies.

Il aurait fallu continuer notre voyage jusqu'à la fascinante Tadrart Akakus avec ses gravures issues de l'art préhistorique et tribal, mais Yves s'y était déjà rendu quelques mois plus tôt, alors... les gravures pourront m'attendre encore un peu... ou pour toujours...

6 févr. 2011

Montreuil-Bellay, une nouvelle entrée dans la ville

Qui longe la place Toussenel, au haut de l’avenue du Pont-Napoléon, imaginerait difficilement que cette entrée dans la vieille ville n’est pas très ancienne. Il suffit pourtant de regarder le pied des maisons qui la bordent et de découvrir plusieurs marches plus ou moins nombreuses avant de pénétrer dans les rez-de-chaussée pour constater que quelque chose à changé.
Flèches jaunes en pointillés : Marches conduisant aux rez-de-chaussée.
Flèche jaune pleine : Rocher primitif sous l'ancien café Moreau.

Cette place n’existe que depuis 1772. Auparavant, on arrivait de Saumur par la rive droite du Thouet, et non pas par l’autre rive comme aujourd’hui. Une rue conduisait de la Porte Nouvelle à la Porte Saint-Jean d’où l’on continuait vers Thouars.

Pour Passer le Thouet.
D'hier à aujourd'hui
Au Moyen Age, le voyageur venant d’Angers descendait la rue Chèvre, retrouvait au bas du coteau un piéton ou un charroi arrivé de Saumur via Le Coudray-Macouard. Tous deux traversaient le Thouet par un gué en amont de la Tour du Boëlle. Alors, soit ils montaient dans la ville haute par la rue du Tertre, entre le château et la place du Marché, soit ils contournaient l’escarpement au bas de l’Ardenne pour continuer vers Thouars ou Loudun.
Au XVème siècle, les seigneurs construisirent une ligne de ponts parallèles au gué.

Deux ponts alignés joignaient les deux rives en s'appuyant sur une île centrale. Rive droite, le pont accostait entre la tour du Boëlle et un poste de péage, aujourd'hui l'Auberge des Isles, non représentée ci-dessus. (Peinture sur une poutre de la Maison Dovalle)

Il reste plusieurs plusieurs arches ruinées contre la rive gauche et des piliers dans le lit de la rivière.

Lorsque ces ponts successifs s’effondrèrent en 1577, un bac – on disait alors charrière – transborda piétons et charrois d’une rive à l’autre au niveau de la Porte du Moulin.


















Sur la gauche de ce dessin de 1699 de Gaignières, le bac qui allait de la rive gauche du Thouet au pied du moulin du château, rive droite.





















Ancien terre-plein d'accostage de la charrière rive gauche du Thouet.


En 1710 fut enfin décidée la construction d’un nouveau pont, à l’emplacement de l’actuel, mais adossé à la rive gauche. Après l’avoir traversé, on gagnait la ville haute en longeant la propriété de la Minotière et en empruntant les douves pour atteindre la place des Ormeaux après avoir franchi la Porte des Fontaines aujourd’hui complètement disparue.

Plan daté de 1772 avec indication de la traversée du Thouet avant le percement de la rampe.
- A : Entrée du pont (1710) rive gauche pour les voyageurs venant d'Angers ou de Saumur.
- B : Contournement de la Minotière.
- C : Ancienne porte des Fontaine. La rue des Douves se trouvait alors plus basse que l'actuelle.
- D : Place des Ormeaux.
- E : Nouvelle place Toussenel. Laflèche vers la droite conduit à la Porte Saint-Jean pour gagner Thouars ou Loudun.


C’est en 1772 que fut percée la rampe de l’avenue du Pont-Napoléon qui permit l’accès direct à la ville close. Pour adoucir la pente, on abaissa le sommet jusqu’à l’Hôtel de Londres devant lequel on retrouve le sol primitif. D’où toutes ces marches pour conduire aux rez-de-chaussée qui rappellent le niveau primitif visible encore dans le soubassement rocheux de l’ancien café Moreau.
Le pont de 1710 s’effondra à son tour en 1798, provoquant la construction, en 1810, de l’actuel pont dit Napoléon, cette fois au milieu du lit du Thouet.

Le 29 août 1944, ce nouveau pont fut détruit à son tour par les Allemands qui fuyaient la région devant l'avancée des Alliés. Une traversée du Thouet fut aménagée légèrement en amont de la chaussée du moulin de la Salle mais la passerelle, mal agencée, fut emportée par la première crue de la rivière.
Une passerelle plus solide et mieux arrimée fut accolée au pont Napoléon. Elle servit jusqu'au 10 février 1948, date de l'inauguration de l'ouvrage rebâti. On avait profité de sa reconstruction pour l'élargir.

"Marcher au pas", est-il indiqué à l'entrée de la passerelle provisoire accolée au pont Napoléon ruiné depuis août 1944.

Passants, automobilistes qui avez à faire dans le vieux bourg, ou qui avez choisi de le traverser plutôt que d’emprunter la moderne déviation, voyez ces marches. Elles ont une histoire que vous connaissez maintenant.

L'hôpital Saint-Jean de Montreuil-Bellay

Pour l'historique de cet ancien hôpital, voir l'ouvrage de Geneviève Sigot :


- L'hôpital Saint-Jean ou Les Pauvres à l'hôtel-Dieu, Montreuil-Bellay 1300-1800
Geneviève Sigot. 230 pages.  ISBN : 978-2-905941-04-6

Pour la première fois, l’Hôpital Saint-Jean de Montreuil-Bellay, petite ville aux confins de l'Anjou et du Poitou, surgit de son lointain passé dans ce livre précis et passionnant. Grâce à son décryptage de manuscrits anciens, Geneviève Sigot donne vie à l’aumônerie et à l’hôtel-Dieu d’autrefois. Avec elle, l’hôpital livre ses secrets, dont certains bien cachés dans l’ombre de ses murs ou sous les dalles de sa chapelle.

Pour l’auteure, l’Hôpital Saint-Jean est plus qu’un monument ou une institution charitable dont l’histoire, sur cinq ou six siècles, serait «contée», et ce dans le cadre d’une petite ville de France à l’image de milliers d’autres qui lui ressemblent. Il devient personnage, s’anime à travers ses hôtes sans lesquels il n’existerait pas. Voici ses gouverneurs ou ses prieures avec qui il se confond, voici les Pauvres à qui il est destiné et qui lui donnent son âme.

Avec ces Pauvres sans nom et sans biens qui sont au cœur de cette étude, le livre de Geneviève Sigot devient quasi intemporel. Car les questions qu’il pose et qui nous interpellent – qui sont-ils et quelle est leur place dans la société ? et que faire d’eux ? – sont toujours actuelles.

Voir dans Editions de la Houdinière.

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L'ancien hôpital de Montreuil-Bellay vient d'être restauré. Il devrait devenir un musée.

L'ancien hôpital Saint-Jean, construit au XVème siècle par les seigneurs d'Harcourt, est adossé à la muraille de la ville close ; il jouxte la porte Saint-Jean qui donne accès à la ville close au sud.

Ci-dessous, l'ancien église/hôpital au début du XXème siècle...



... et en février 2011.


Quelques détails architecturaux :












Quand furent ajoutées au XVIIIème siècle des colonnes pour porter un plancher afin d'aménager des combles au-dessus de la salle des malades (voir ci-dessous), on mura d'anciennes fenêtres du XVème et on en ouvrit de nouvelles plus grandes.


Peinture murale dans la chapelle : saint Martin donnant une moitié de sa cape à un pauvre ; en réalité lui donnant la seule qui lui appartînt, l'autre étant propriété de la Légion.

13 janv. 2011

Polémique : Le Camp de Concentration de Montreuil-Bellay


Heurs et malheurs de l’étude 
des camps de concentration français
pour Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale


Au tout début des années 1980, alors que j’avais acheté une maison dans la commune en juillet 1971 et que je l’habitais depuis 1973, j’ai découvert fortuitement qu’un camp de concentration – selon la terminologie de l’époque – avait sévi sur le territoire de ma commune de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) de 1940 à 1945, et que ce camp avait, en particulier, interné des Tsiganes que l’administration appelait « nomades » depuis la loi du 12 juillet 1912.
Passionné par l’Histoire, à la suite d’un séjour de sept années au Maroc comme enseignant, années pendant lesquelles j’avais étudié celle du pays ainsi que la religion musulmane, je me suis intéressé à ce camp alors que je venais de publier un ouvrage sur les Guerres de Vendée, sur une bataille qui avait, dans la soirée du 8 juin 1793, opposé les Bleus (les Républicains) et les Blancs (l’Armée Catholique et Royale) dans les faubourgs de ma ville.
Après la rencontre de nombreux témoins – très nombreux à cette époque – je décidai de faire éditer mes travaux. Mais les maisons d’édition que je contactai n’étaient pas intéressées par un livre dont les victimes – que les éditeurs disaient illettrées - n’achèteraient pas, et que les médias refuseraient parce que j’accusais la France de cette forfaiture.
J’eus alors la chance d'être aidé par les éditions Wallâda pour sortir en 1983 une première version de mon travail. Françoise Mingot, directrice des éditions Wallâda assuma ensuite trois autres éditions, la dernière en avril 2011, avec comme titre : Des Barbelés que découvre l’Histoire. Un camp pour les Tsiganes… et les autres. Montreuil-Bellay 1940-1946, préfacée comme la seconde par Alfred Grosser.

Les heurs.
* La rencontre, donc, de nombreux acteurs et témoins encore vivants, et surtout de Jean-Louis Bauer, dit Poulouche, qui avait connu plusieurs camps avant celui de Montreuil-Bellay et après celui de Jargeau (Loiret) dont il fut libéré avec sa mère et un bébé la veille de la Noël 1945 ; et de Jean Richard, dit Jean-Jean, qui, depuis trente années, m'accompagne dans mes recherches et mes conférences. Tous deux me permirent d’entrer dans leur famille, un grand privilège quand on sait qu’il est très difficile de recueillir, pour un gadjo – un non Tsigane – des témoignages sur des événements douloureux qu'ils ont le plus souvent tus. 

 Poulouche à Montreuil-Bellay en avril 2000.

Tchopa et Jean-Jean sur les ruines d'un réfectoire du camp.

* La rencontre à Douarnenez (Finistère), en septembre 1983, lors du Festival des minorités, cette année-là sur les Tsiganes, de Mattéo Maximoff et de Gérard Gartner, et surtout de Pierre Dassau, qui travaillait au ministère de la Culture et qui m’a ouvert de nombreuses portes. Grand collectionneur d’archives, il m’a prêté, parfois même donné, de précieux documents. Lors d’un procès pour plagiat, une romancière ayant « emprunté » mot à mot de nombreux passages de mon ouvrage pour écrire un roman sans jamais me citer, il a demandé à un parent avocat de me défendre gratuitement. J’ai gagné le procès et bénéficié, un samedi midi de juin 1984, d’un passage au journal télévisé d’une grande chaîne nationale, et de plusieurs autres à FR3 régionale, stations du Mans et de Nantes.

 

* Deux prix littéraires

En 1984, la première édition de mon ouvrage, Un camp pour les Tsiganes... et les autres, Montreuil-Bellay 1940-1945, publiée en juin 1983 chez Wallâda, fut récompensée deux fois en 1984.
- à Paris par le prix Romanès.
- à Saumur (Maine-et-Loire), par le prix du Salon français du Livre régional.

* L'inauguration d'une stèle sur le site du camp

Le 16 janvier 1988, était inaugurée par les autorités locales et départementales une stèle commémorative sur le site abandonné du camp, tout à côté de l'ancienne prison, là où subsistent les vestiges les plus importants. C'était la première fois qu'était reconnu officiellement en France l'internement des Tsiganes/nomades pendant la Seconde Guerre mondiale. Simone Veil m'a alors envoyé un télégramme pour me remercier d'avoir révélé cette histoire. Voir ci-après dans les malheurs l'histoire de cette stèle.


L'inauguration de la stèle, le 16 janvier 1988.
Au second plan, de gauche à droite : le préfet du Maine-et-Loire ;
 Jean-Louis Bauer, ancien interné ; Albert Roux, maire de Montreuil-Bellay.

* Montreuil-Bellay, lieu mémoriel des souffrances des Tsiganes

Depuis la demande de François Mitterrand, a lieu chaque année le dernier samedi du mois d'avril devant la stèle de Montreuil-Bellay, une cérémonie officielle et nationale pour rappeler les souffrances subies par les Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale.


Jean-Louis Bauer allume la flamme du souvenir lors de la cérémonie d'avril 2005.
 
* La création, en 1995, de L'AMCT : "Les Amis de la Mémoire du Camp Tsigane de Montreuil-Bellay".

A l'initiative d'Angèle Postolle - professeure à Angers et qui avait entendu parler du camp de Montreuil-Bellay en Roumanie où elle avait enseigné, très surprise par l'état d'abandon du site qu'elle voulait découvrir à son arrivée en France - s'est créée en 1995 L'AMCT qui s'est donné comme but le sauvetage et la mise en valeur du terrain du camp qui appartenait alors à un particulier. Sandrine Renaire-Bernier, la présidente, et Jean Richard, vice-président, son oncle, tous deux Mânouches, ont eu des membres de leur famille internés à Montreuil-Bellay.
Site de l'association : http://memoire.du.camp.free.fr


Les malheurs

* Les rapports calamiteux avec "mes" maires.

Suite à ce qu'il faut bien appeler mon "invention" en 1980 de l'ancien camp de concentration qui a sévi dans ma ville pendant la Seconde Guerre mondiale, et à diverses publications pendant ces trente dernières années, un échange d'amabilités a fait le bonheur de la presse régionale. Je reprends ici les articles publiés la première quinzaine de janvier 2012.


Le Courrier de l'Ouest, le lundi 3 janvier 2011, fait du camp un événement marquant de la défunte 2010. Le soir même, pas un seul mot sur le même sujet au cours des voeux de la maire de la commune à ses administrés.

Trois jours plus tard, le quotidien publie intégralement le billet d'humeur que je lui avais envoyé :


La maire répond le jeudi suivant:



Rappelons deux amabilités de l'ancien maire parlant de moi, publiées dans la même presse régionale (de mémoire avant de retrouver les articles) :
- ... un quelconque individu qui instrumentalise les Tsiganes pour vendre quelques centimètres de papier.
- ce soi-disant historien, pour être historien, il faut avoir fait des études et avoir des diplômes.

Où l'on voit que le ton est le même avec la nouvelle maire...
En sourire si je reprends la seconde. "Soi-disant" signifierait que je me dis historien alors que je suis toujours très heureux de me présenter comme ancien instituteur. Penser à cette même insolite expression qui dirait : ce soi-disant mort... un mort qui dirait qu'il l'est !!!!

Avec une certaine opportunité, ce même jeudi 13 janvier, Le Courrier de l'Ouest publie six pages plus loin ces quelques lignes dans la rubrique Les hommes/les femmes :

Très heureux de cette polémique, puisque il est surtout important pour moi que l'on parle de ce site en danger, et lire dans la réponse de la maire "que le camp doit rester un lieu de mémoire, de recueillement" est une douce chose.
Amusant de constater l’identification de ce camp au quelconque individu qu’elle me dit être, mais peut-être eût-elle préféré écrire individu quelconque ; étonnant de lire que la seule reconnaissance de ce quelconque individu remplace la connaissance du camp.

Au-delà de la féconde polémique entre personnes non anonymes, quelques rappels :

Anecdote

On dit des "gentillesses" sur moi, du même ton - tiens, bizarre, bizarre... - que celles déjà citées ci-dessus : [Ce quelconque individu qui instrumentalise les Tsiganes pour vendre quelques centimètres de papier] ou [...ce soi-disant historien, pour être historien, il faut avoir fait des études et avoir des diplômes] alors que je me suis toujours dit instituteur.

On m'en voudrait de critiquer les Montreuillais, les disant responsables de ce camp, ce que je n'ai jamais fait. Dans cet article du Courrier, je me suis même volontairement censuré, omettant d'écrire que s'ils ont, en 2011, le droit d'oublier ce camp - la maire écrit même que la page est aujourd'hui tournée - ce camp était parfois pour certains, pendant la guerre, le but de leur promenade dominicale. Une famille m'a même rapporté qu'on attelait la charrette après le repas, qu'on y installait les enfants et qu'on allait faire un tour route de Loudun pour voir s'il y avait des nouveaux. Et comme le camp se trouvait à douze kilomètres, cela prenait tout l'après-midi. Il est vrai que les distractions étaient rares à l'époque... pas de télévision.

* Le refus de la prise en charge de l'érection d'une stèle commémorative sur le site... 

- En janvier 1988. Le support en ardoise a été offert par un couvreur de Montreuil-Bellay ; je suis allé chercher dans la carrière de Chauvigny (Vienne) la pierre en calcaire plus dure que le tuffeau local et j'ai fait graver le texte qui nous avait été imposé par les autorités, le nôtre étant alors inacceptable puisqu'il énumérait toutes les populations internées, dont des clochards nantais, des collaborateurs et, après la fin de l'occupation, des civils allemands, essentiellement des femmes, et parce qu'était précisée la responsabilité des gouvernements successifs français, de la 3ème République au Gouvernement Provisoire de la république. Fut préféré l'internement des Tsiganes "victimes d'une mesure arbitraire", et l'on avait refusé les mots "camps de concentration", pourtant ceux officiellement utilisés à l'époque... 





Commande à un particulier pour une livraison de pommes-de-terre au camp.
 (Archives privées)

... remplacés par "camp d'internement" désignant normalement l'endroit où l'on parquait des soldats vaincus à la fin d'un conflit.

Nous sommes sommes cotisés à cinq, dont Monsieur Jean Bégault, député de la circonscription, mais à titre privé, et mon éditrice, pour couvrir l'achat de la pierre et la gravure du texte.

La pierre ayant été détruite à coups de masse dans les années 1990, sans que la gendarmerie identifiât les auteurs de cette profanation, c'est la commune qui, cette fois, couvrit les frais de son remplacement.

Morceaux récupérés de la première plaque,
avec l'emplacement des lettres dans le texte présenté ci-dessous. 

« EN CE LIEU SE  TROUVAIT  LE CAMP
D’INTERNEMENT DE MONTREUIL-BELLAY
 DE   NOVEMBRE  1941  A  JANVIER  1945
PLUSIEURS MILLIERS D’HOMMES DE FEMMES
ET D’ENFANTS TSIGANES Y SOUFFRIRENT
VICTIMES D’UNE DETETION ARBRITRAIRE »

* La disparition, sans nécessité, d’importants vestiges

A la fin des années 1990, disparut le seul bâtiment resté debout sur place ; peu après, des colonnes de l’ancien poste de garde disparurent à leur tour lorsque fut effectué un léger élargissement de la route qu'elles ne gênaient absolument pas.

Le seul bâtiment resté sur le site après la vente aux enchères par les Domaines en octobre 1946.

Les deux colonnes de l'ancien poste de garde, face à l'entrée du camp, côté Panreux.

- D’autres vestiges, aujourd’hui protégés, auraient connu le même sort si l’alerte n’avait pas été donnée quand avait été décidée l’aménagement d’un rond-point au carrefour des deux routes Montreuil/Loudun et Méron/Panreux. Suite à des courriers ciblés, le rond-point a été dévié, puis apparemment déprogrammé.

* La présence d'animaux lourds sur le site

- Un site "vachement" menacé. Bien qu'il soit maintenant classé à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques, les lourdes locataires continuent de hanter les ruines... Une partie du site est maintenant classée "Monument historique".

Une pensionnaire vue de l'ancien gnouf, la cave/prison.

* Des publicités incongrues

Revoir ces panneaux publicitaires « tendancieux » implantés sur le site même du camp. Seuls des rappels dans les médias et dans mes blogs semblent avoir provoqué leur disparition.







* Nul n'est prophète dans son pays...

- Quand quasiment tous les collèges et lycées des villes proches de Montreuil-Bellay, pour ne parler que de ces dernières, m’ont invité une ou plusieurs fois pour évoquer l’histoire de ce camp, je ne le fus jamais dans les murs du collège de ma ville. Par contre, je le fus régulièrement par le Lycée Agricole, mais les élèves viennent pour la plupart de l’extérieur. Ainsi, lors de ma dernière intervention, il n’y en avait pas un seul du canton.

* Ignoré de bibliographies

- L'ingratitude de certains que j'ai aidés parfois pendant des années, leur partageant tout ce que je savais sur cette histoire, témoignages et iconographie, et qui, leur travail terminé, coupent les ponts et disparaissent avec les bénéfices...
- L'absence, dans de nombreuses bibliographies en fin d'ouvrage sur les camps pour Tsiganes, des titres de mes travaux, alors qu'est cité "mon" - excusez l'appropriation - camp de Montreuil-Bellay, le plus important et l'un des plus durs à avoir sévi en France.

Le 30 janvier 2015, Françoise Mingot, éditrice de mon ouvrage sur le camp - actuellement la 4ème édition - m'explique par mail que je suis le premier responsable de cette absence, encore relevée dans un article de Médiapart ce même jour, à moins que je ne fusse classé dans "et d'autres"... :

Extrait de l'article de Médiapart :  
Année après année, les chercheurs et historiens français, Claire Auzias, Marie Christine Hubert, Emmanuel Filhol,  Henriette Asséo, et d’autres encore contribuent par leurs travaux à nous permettre de mieux connaître cette époque.

Le mail de Françoise :




C’est vrai, mais moi j’ai constaté que vous avez toujours tendu le bâton pour vous faire battre. Dès le procès de plagiat vous avez demandé seulement le franc symbolique (un peu de sous nous aurait aidés par la suite), vous avez distribué à tout va le résultat de vos recherches à ceux qui construisent leur carrière sur leurs publications. N’étant pas universitaire, vous étiez en position faible, il fallait vous protéger mieux... Vous avez laissé Tony faire son film sans m’en informer alors que j’aurais exigé la référence au générique, etc... Les gens sont des prédateurs, et nous avons de faibles moyens, c’est ainsi. Cyrano aussi a été pillé par... Molière. mais comme Cyrano, il nous reste... LE PANACHE ! Et la parole. Ce n’est pas si mal !




- Le pillage anonyme. Retrouver parfois mon travail, mes phrases très reconnaissables - puisque souvent sont même cités des noms de personnes que j'ai sortis de l'oubli - dans des émissions, des études, alors que n'est pas le moins du monde indiqué qu'ils ont été indélicatement "empruntés".

En guise de conclusion

Cette conversation, au cours d'une réunion de travail à la sous-préfecture de Saumur en juin 2008, m'a été rapportée par une personne qui m'a demandé, vu son devoir de réserve, de ne pas citer son nom. Elle reste suffisamment proche de ce que j'ai souvent entendu pour la penser véridique.
Réponse du sous-préfet, suite à une allusion de l'ancien maire de Montreuil-Bellay très embarrassé par mes travaux sur le camp, et qui aurait dit que je n’étais qu’un pseudo historien : Il a fait un vrai travail d’historien, digne d’un travail d’universitaire, et qui a le mérite d’exister. Sans lui, nous ne serions pas là aujourd’hui.

Rideau...

Depuis l'écriture de cette page, les Montreuillais se sont donné - m'ont donné - un nouveau maire plus amène. Merci à eux...