29 juin 2013

Joseph Toloche, un interné du camp de Montreuil-Bellay




Dossier revu le 28 juin 2013.


Joseph Toloche fut interné le 2 août 1942 dans le camp de Montreuil-Bellay.

Page 204 de mon ouvrage, Ces Barbelés oubliés par l'Histoire, publié en 1994 aux éditions Wallâda http://www.wallada.fr/, je transcrivais le témoignage d'un Montreuillais qui m'avait rapporté le destin tragique d'un Tsigane, on disait alors nomade, qui avait réussi à se faire libérer :
Un nomade, chef d'une famille, s'appelait Taloche. C'était un Hongrois, mais il se disait Belge, parce que né en Belgique. Il se procura, lui aussi, un domicile à Cersay, dans les deux Sèvres. Mais il ne s'y installa pas, préférant retourner aussitôt dans son pays natal. Là, les Allemands l'attrapèrent et l'enfermèrent dans un camp de concentration où il fut éliminé.

La véritable histoire de Joseph Toloche
C'était un témoignage et, comme tout témoignage recueilli longtemps après les faits, il comportait des erreurs que je peux corriger aujourd'hui, parce de nouvelles recherches m'ont permis de m'approcher d'une vérité toujours fuyante quand elle se rapporte à des événements de temps de guerre.

- Il ne s'appelait pas Taloche, comme me l'avait dit mon témoin montreuillais, mais Toloche, Toloche Joseph, parfois écrit Josef.

Joseph Toloche photographié en 1943 après son arrestation. (in Disparu de la Terre. La déportation des Juifs et des Tsiganes du Nord-Pas-de-Calais et de Belgique, copyright 2009 La Coupole, Centre d'Histoire et de Mémoire du Nord-Pas-de-Calais et Conseil général du Pas-de-Calais.)

- Etait-il Hongrois ? Les Montreuillais m'ont souvent rapporté qu'ils distinguaient deux populations différentes dans le camp, les Z'Hongrois, comme ils disaient, que nous appelons aujourd'hui Roms, originaires de l'Europe de l'Est, arrivés en Europe occidentale après la fin de l'esclavage en 1855, et les Mânouches, comme l'on nomme les Gens du Voyage dans la vallée de la Loire, arrivés pour la première fois en France en 1419.
Un texte des Archives Départementales du Maine-et-Loire vient de me confirmer qu'il était dit "Hongrois". Lettre du préfet d'Angers au sous-préfet de Saumur en date du 5 février 1943, Joseph Toloche faisant partie du groupe dont parle le préfet (arch. départementales 49 : 24 W 68) :
[...] les sanctions prises le 5 janvier dernier contre les internés appartenant aux tribus dites Hongroises.

Voici comment serait écrite aujourd'hui cette histoire de Joseph Toloche, dit Taloche.

Joseph Toloche est né le 15 avril 1912 à Florenville (Belgique), petite ville située dans le sud de la province du Luxembourg, aux confins de la Gaume et de l'Ardenne.
Pendant la guerre, nous le retrouvons dans le camp de nomades de Linas-Montléry (Essonne).
Ci-dessous, lettre manuscrite de Joseph Toloche écrite du camp de Linas-Montléry (Archives Départementales des Yvelynes, 300 W 81). Cliquer sur les documents pour les agrandir.



Selon des archives, Flor, la compagne de Joseph Toloche et mère de ses enfants, décède le 23 avril 1941 à la suite d'une fausse-couche dans le camp, fausse-couche suivie d'une infection non soignée. (in Linas-Montlhéry : un camp d’internement familial en région parisienne pour les Tsiganes et Gens du Voyage, du 27 novembre 1940 au 21 avril 1942, Isabelle Ligner).

Une lettre, postée le 6 décembre 1941 de ce camp, et rédigée par neuf chefs de familles tsiganes, est adressée au consul général belge à Paris.
Nous vous envoyons cette lettre pour vous faire savoir que pendant l'exode nous avons évacué et nous sommes partis quelques mois et nous retournions en Belgique quand nous avons été pris par les Français et mis dans un camp. Nous sommes des sujets belges et nous n'avons jamais quitté la Belgique où nos enfants et nous-mêmes nous sommes nés... Ayez la bonté, monsieur, de bien vouloir vous occuper de nous faire rapatrier le plus vite possible car depuis un an nous sommes enfermés et nous souffrons la pire des misères.
(Lettre pétition reproduite par Denis Peschanski dans son rapport édité en mai 1994 par l'IHTP, page 127)

De Linas-Montléry, Toloche et ses compagnons sont transférés dans le camp de Mulsanne (Sarthe). Le 2 août 1942, ils sont du convoi de 714 Tsiganes et clochards nantais envoyé dans le grand camp de concentration de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire).


Le camp de Montreuil-Bellay en 1944 (Archives Jacques Sigot et Jean-Claude Leblé)

Quelques jours plus tard, il retourne au Mans en compagnie de 84 autres internés, cette fois pour être mis à la disposition des usines Renault. L'une de mes correspondantes a retrouvé une fiche à son nom dans les Archives départementales de la Sarthe. Il y est dit qu'il a été arrêté le 21 avril 1942 alors qu'il vivait en roulotte, qu'il est en bonne santé, vacciné et illettré.
Le 5 septembre suivant, il revient avec ses compagnons dans le camp de Montreuil-Bellay, l'expérience n'ayant pas donné satisfaction aux usines Renault !!!

Un document des Archives Départementales du Maine-et-Loire (303 W 191) évoque des dégradations commises dans le camp de Montreuil-Bellay par Joseph Toloche et plusieurs de ses compagnons :
Le 5 janvier 1943
Des familles appartenant aux tribus dites Hongroises se sont livrées à des déprédations sur des baraquements. Ils ont fait brûler diverses menuiseries (couvre-joints, plinthes, échappes, traverses de volets, etc.).
Demande de suspension des dossiers en instance de libération des différents membres des tribus : V. Joseph, Toloche Joseph, C. Bolotcha, C. Joseph et C. Octave.

Le 5 février 1943, le préfet donne son accord pour que la famille Toloche soit libérée les chefs de famille ayant payé le montant des réparations.
Les libérations, nombreuses au cours de cette période, se tariront à partir de la mi-septembre 1943, sans doute la conséquence de l'arrestation par les Allemands du directeur, du sous-directeur et du chauffeur du camp accusés de faire partie d'un réseau de Résistance.

L'hypocrisie de l'Administration

Joseph Toloche est donc libéré en février du camp de Montreuil-Bellay. Une archive signale que par l'intermédiaire de M. Jean Jarry, expert-foncier demeurant à Montreuil-Bellay, il a précédemment loué un appartement composé de deux pièces à Rochefou, commune de Cersay (département des Deux-Sèvres) à une quinzaine de kilomètres du camp.
Noter que Joseph Toloche est dit forain à Montreuil-Bellay sans que soit précisé qu'il est alors interné dans un camp de concentration. Cachons ces choses que l'on ne saurait voir...

                                Archive privée

Le bail de deux mois, signé le 13 novembre 1942, devait commencer à courir deux jours plus tard. Un reçu, daté du 12 décembre 1942, indique que Joseph Toloche a versé 643 francs pour la location de l'appartement. Les archives ajoutent qu'il est accompagné de ses deux enfants : Bernard (12 ans) et Marguerite (9 ans), et de sa belle-mère, Madame Boudin, née Dupont (67 ans) qui s'occupe des enfants. leur mère étant décédée en avril 1941.
Monsieur Jarry, administrateur, expert-foncier à Montreuil-Bellay, était aussi l'administrateur des biens de Monsieur de Montjou, châtelain à Cersay. Selon un témoin des faits, que j'ai rencontré dans la petite ville des Deux-Sèvres, le châtelain aurait ainsi fait libérer plusieurs internés du camp e Montreuil pour les faire travailler dans la propriété.
Joseph Toloche et sa famille s'installent dans des pièces inoccupées du château, aujourd'hui disparu, ou plutôt dans des dépendances. Soit il ne supporte pas de vivre ainsi dans des murs, soit le travail lui semble trop dur, soit l'appel de la route est le plus fort, toujours est-il qu'il décide vite de retourner en Belgique.

Il est arrêté avec les siens par la Gestapo en octobre 1943 à Vimy, dans le Pas-de-Calais, près de Lens. Les Toloche sont alors parqués dans la caserne Dossin à Malines (Belgique) où ils restent plusieurs semaines en compagnie de quelque 350 nomades, dont 145 se disent Français et 121 Belges.
Le 9 décembre 1943, ils sont déportés à Auschwitz-Birkenau alors que la plupart de leurs compagnons d'infortune le seront le 15 janvier 1944. Joseph est immatriculé n° 9207, Bernard n° 9208, et Marguerite (parfois appelée Margareth) n° 9913.
Joseph, sélectionné pour travailler dans des commandos, connaît ensuite successivement les camps de Buchenwald, de Dora et de Bergen-Belsen.
Le Canard Enchaîné (n° 4762 du 1er février 2012, page 5) évoque cette période du camp et explique peut-être pourquoi Joseph Toloche a survécu ??? L'article commente une visite du camp par "un petit groupe de Tsiganes français [qui] s'est joint au pèlerinage des Juifs".
... tous écoutent Benjamin Orenstein, arrivé à Auschwitz le 4 août 1944 au lendemain de l'extermination des Tsiganes. "Avant, les SS venaient les voir jouer de la musique et danser, comme au spectacle." Les Manouches devaient être gazés en mai, "mais ils se sont armés de barres de fer, se sont soulevés, battu...". Les hommes valides ont été emmenés. Les femmes, les vieux, les enfants, les malades sont restés. Tous ont fini leur vie, le 3 août, dans les chambres à gaz.
Libéré le 15 avril 1945, Joseph Toloche fait partie des 12 survivants des 351 Tsiganes qui ont été déportés de Malines. Les enfants et leur grand-mère sont vraisemblablement disparus lorsque tous les Tsiganes du camp des Familles furent exterminés dans la nuit du 2 au 3 août 1944 dont nous venons de parler.

A Noël 2010, j'ai retrouvé Henri Carlos, petit-fils d'un interné, à Strasbourg. Il m'a confié qu'il rencontrait parfois l'été des enfants de Joseph Toloche, nés d'un second mariage.

Le 30 novembre 2012, Albert Toloche m'apprend par téléphone que son père est décédé le 27 décembre 1979.

19 juin 2013

Dans les pas d'Aliénor au château de Montreuil-Bellay

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Cliquer sur le clicher pour une meilleure lecture.


Au château de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), 
en juin et en juillet.




18 juin 2013

Balade américaine

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Du 31 mai au 11 juin 2013, voyage dans l'Ouest des Etats-Unis, avec Yves, mon beau-frère.
Agence Salaün Holidays, Saumur.

La fascinante découverte des paysages, quand j'étais habituellement surtout attiré par l'archéologie, les vieilles civilisations.
Le Grand Canyon du Colorado, bien sûr, mais plus encore Bryce Canyon et Monument Valley ; le lac Powel survolé en avion ; la merveilleuse ville de San Francisco, beaucoup plus agréable à vivre que Los Angeles, même si celle-ci offre le très connu Hollywood Boulevard et la belle surprise d'une Venise moderne (Venice)...
Tant à dire, comme la traversée de la Vallée de la Mort par 46° à l'ombre et la rencontre du Zabriskie Point qui, pour moi, n'était jusqu'alors que le titre d'un vieux film d'Antonioni (1970) projeté dans mon ciné club à Meknès.

Ce set de table, ci-dessus, qui reprend quelques images privilégiées...
Ne pas oublier d'évoquer les camions, beaux comme des camions, les hordes de motards, la route 66, un ancien et pittoresque village minier, le Cable Car, etc., etc. 
L'Amérique dans sa démesure... mais j'aurais du mal à y vivre... après toutes ces décennies dans la douceur ligérienne.
Les voyages, encore, toujours, le sel de la Terre.
Il faut voyager pour frotter sa cervelle contre celle d'autrui. (Michel de Montaigne)

 François, notre guide

Elena, notre chauffeuse

 Las Vegas, notre hôtel

 Grand Canyon du Colorado

 Lac Powel


Monument Valley


Vallée de la Mort, Zabriskie Point

Parc National de Yosemite 


Bryce Canyon

 Los Angeles, Walt Disney Concert Hall


Los Angeles, James Dean au Griffith Park

Los Angeles, la plage de Venice

 San Francisco et Bay Bridge

San Francisco vue de Twin Peaks 

Le Cable Car à San Francisco


Beau comme un camion


Théorie de motards sur une autoroute

 Famille dans un vieux quartier de Los Angeles

Yves et Jacques au pied d'un séquoia 

 Yves, à l'échelle du séquoia

30 avr. 2013

Dimanche matin à Montreuil-Bellay

Cliquer sur la photo pour l'agrandir.



28 avr. 2013

Vérités du camp de Montreuil-Bellay



Pour répondre à certaines questions posées par des correspondants qu'interpellent quelques contradictions relevées dans différents discours entendus, ou dans certains articles lus.
Si une quelconque de mes réponses était inexacte, je serais heureux de la corriger, preuves à l'appui, l'idéal étant d'approcher le plus possible la Vérité en Histoire.

Non, contrairement à ce qui est généralement dit et écrit, le camp de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) n'était pas un camp d'internement.

 Intitulé de la première plaque qui a été profanée puis remplacée.
"Détention arbitraire" : tout est reconnu, 
mais on ne dit pas qui en fut responsable !

Oui, ce camp fut bien de concentration, dans le sens premier du mot, puisque des nomades/Tsiganes y furent concentrés.

 (Archives particulières de Gisèle Guilbaud)

Quant à eux, les camps d’internement "internèrent" des soldats ou des ressortissants ennemis après la fin d’un conflit.
Ce n’est qu’une question de vocabulaire, direz-vous ; c’est justement cela qu’il faut reconnaître, paroles d'un ancien instituteur.
Ainsi, Montreuil-Bellay fut bien aussi un camp d’internement, mais seulement à partir de janvier 1945 quand, à partir du 20 janvier, furent parqués derrière ses barbelés 794 civils allemands - dont 103 hommes, 620 femmes et 71 enfants - que l’armée de Leclerc avait interceptés en Alsace et en Moselle reconquises, avant que ne les rejoignent 243 autres civils venus du camp de Langueux (alors dans les Côtes-du-Nord), ainsi que des soldats vaincus après la reddition de la Poche de Saint-Nazaire le 11 mai 1945. Il y eut même, au cours de l'été, l'arrivée de femmes hollandaises qui avaient eu la mauvaise idée d'épouser des nazis !

Non, ce n’était pas un camp allemand. Il le fut, sous le nom de stalag, mais de juin 1940 à mars 1941, quand l’ennemi vainqueur y interna des soldats français qui fuyaient devant l'avancée ennemie, et des civils du Commonwealth pendant la Bataille d’Angleterre.
Puis ce fut un camp français à la suite du décret républicain du 6 avril 1940. Si les Allemands, en octobre 1940, sous Vichy, demandèrent que l’on internât des nomades/Tsiganes, la mesure visait ceux qui circulaient sur les routes et dans des zones interdites, comme la zone côtière. Mais était alors rappelé le décret d’avril 1940. Et, quand fut publié le décret allemand en octobre, de nombreux nomades/Tsiganes piétinaient déjà derrière des barbelés français.

Une famille arrêtée et internée dès le 14 mai 1940, avant Vichy.
(Extrait d'une archive privée)

De plus, quand les Allemands firent à leur tour leur retraite, fin août 1944, les Français, de nouveau libres, n’ouvrirent pas les portes du camp, les derniers nomades ne quittant des barbelés – en l’occurrence ceux du camp d’Angoulême – que début juin… 1946 !

Non, aucun nomade/Tsigane interné à Montreuil-Bellay ne fut déporté dans les camps nazis pour y être exterminé. Si certains nomades/Tsiganes internés partirent pour l’Allemagne, ce fut, comme de Poitiers en janvier 1943, dans le cadre de la Relève forcée, et en juin suivant, dans celui du STO (Service du Travail Obligatoire), afin de travailler outre-Rhin, la municipalité poitevine ayant d'abord préféré « piocher » dans le camp de la route de Limoges pour répondre aux demandes du Reich ; c'étaient autant de sédentaires épargnés.

Non, Montreuil-Bellay ne fut pas un camp de la mort pour les nomades/Tsiganes. Sur une population d’environ 2.000 internés, vingt-neuf y décédèrent pendant les trois années et deux mois de leur internement en terre angevine : essentiellement des vieillards, des nouveaux-nés de mères sous-alimentées, et une victime du bombardement allié du 6 juillet 1944, une enfant de 9 ans.

Oui, il y eut de nombreux décès dans le camp, parfois deux ou trois par jour comme c'est parfois précisé, mais ce furent des clochards raflés dans les rues de Nantes au printemps 1942, venus mourir dans le camp de Montreuil après avoir transité par ceux de Coudrecieux et de Mulsanne dans la Sarthe.
Mais les victimes furent aussi, pendant l’hiver 1945, de nombreux civils allemands, précédemment internés dans le camp vosgien du Struthof qui, après avoir vécu la guerre « du bon côté », ne supportèrent pas l’hiver dans des baraquements à moitié ruinés et non chauffés. Quelques naissances - à la suite du viol de jeunes femmes dans le camp du Struthof - ne réussirent pourtant pas à compenser les pertes...

Jeune Allemande morte à 27 ans le 14 février 1945
dans le camp de Montreuil.

Le drame, pour cette population pour qui la vie avait été depuis des siècles celle de la libre circulation sur les routes de France, fut d’être clouée sur place, par familles entières, par leurs compatriotes sans n’avoir jamais su pourquoi, et dans des conditions de vie et d’hygiène lamentables, mal nourris, habillés des seuls vêtements avec lesquels ils étaient arrivés.

 Enfants en loques attendant devant la chapelle du camp.
(Dessinés par une religieuse franciscaine missionnaire de Marie,
internée volontaire avec trois autres compagnes pour venir en aide aux plus petits.)

Internés seulement parce qu’ils étaient nomades/Tsiganes.
Le drame fut aussi de ne pas avoir été libérés en même temps que leurs compatriotes, été 1944. Les maquisards de ce dernier été de guerre qui "libérèrent" la ville trois jours après le départ des Allemands, essentiellement pour y tondre les femmes coupables - ou dites coupables - de collaboration horizontale, sont bien entrés dans le camp pour y chercher des armes - qui ne s'y trouvaient pas - mais ils ont "oublié" d'en ouvrir le portail pour libérer les internés...
Un drame qui n’a jamais été vraiment officiellement reconnu, et dont on a entendu parler seulement au début des années 1980… parce que le plus grand camp qui fût en France pour cette population mal aimée avait sévi dans la petite ville où vivait un instituteur qui avait eu lui-même, quelques décennies plus tard, des problèmes avec son pays en guerre…

27 avr. 2013

Cérémonie du 27 avril 2013 Le camp de la route de Loudun

Comme chaque année depuis 1990, l'Etat, via la Préfecture du Maine-et-Loire et la Mairie de Montreuil-Bellay, organise devant la stèle inaugurée le 16 janvier 1988, une cérémonie nationale et officielle en hommage aux Tsiganes - on disait alors "nomades", depuis le 16 juillet 1912 - victimes de la Seconde Guerre mondiale.
Discours de Tony, fils de Jean-Louis Bauer, dit Poulouche, qui fut enfant interné dans le camp avec sa famille, de la maire de Montreuil-Bellay et du sous-préfet de Saumur, représentant de l'Etat ; puis allumage d'une flamme qui rejoindra symboliquement le lendemain dimanche à Paris, devant le Mémorial du Martyr Juif Inconnu, cinq autres flammes allumées...
- à Compiègne, pour les Résistants déportés,
- à l'église Saint-Roch à Paris, pour les déportés,
- au Mont Valérien, pour les patriotes fusillés,
- à Drancy, pour les Juifs déportés,
- et à Fréjus, pour les Indochinois et tous les Français morts dans les camps japonais.

La Mairie offre ensuite un vin d'honneur dans une salle municipale de Méron.
L'AMCT, L'association des Amis de la Mémoire du Camp Tsigane de Montreuil-Bellay, organise enfin une rencontre de ses adhérents et sympathisants dans la Closerie.

Cliquer sur les photos pour les agrandir.

Sur le site de l'ancien camp : les autorités devant la stèle.

Aux premiers plans, le gnouf (la prison du camp) et les gants blancs.

Les officiels Saumurois pendant les discours.

Leurs familles ont été internés.

Dépôt des gerbes,
Milo Delage, Jean Richard et la famille Renard-Duville.



A la Closerie, Véronique et Willy, les faiseux d'fouées
et la famille de L'AMCT (Photo Karim Fikri).

Voir aussi le site de Dominique Monnier à la date du 27 avril 2013
et l'édition du dimanche 28 avril du Courrier de l'Ouest.


7 avr. 2013

Classement du site du camp



Des Tsiganes et de leur internement
pendant la Seconde Guerre mondiale
Classement du site du camp

- Classement "Monument historique" de plusieurs parcelles du site du camp de Montreuil-Bellay.
 après que l'ensemble du site a été inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 2010.

Cliquer sur les documents pour les agrandir.    

 
Courrier expédié par la DRAC de Nantes le 23octobre 2012.
Ci-dessous, le courrier accompagnant la lettre annonçant le classement.


Il s'avère que seules trois parcelles - présentant quelques ruines d'escaliers et de socles de bâtiments - ont été classées, et non pas la partie conservant d'importants vestiges - la prison, le grand ensemble cuisines, réfectoire, réserves, justement ceux menacés par les vaches que le récent acheteur y parque.
Pourquoi ? A ce jour, nous [L'AMCT  L'Association des Amis de la Mémoire du Camp Tsigane de Montreuil-Bellay] n'avons pas d'explications...

La préfecture a annoncé officiellement - lors de la cérémonie d'avril 2012, répété dans le récent documentaire d'Alexandre Fronty - qu'un monument - une oeuvre d'art, a-t-il été précisé - serait érigé sur le site de l'ancien camp avant la fin de 2012.
Dans quelle partie du camp sera-t-il implanté ?... s'il l'est un jour...

1 avr. 2013

Des villes et des citoyens

En ce 1er avril 2013, et cela n'a rien d'une farce de pêcheur bredouille, je découvre une riche réflexion d'Yves Lainé, président de notre belle association des Transbordés qui, contre vent et maire, pardon... contre vent et marée, veut reconstruire un pont à transbordeur moderne à Nantes pour lui garder son caractère de port fluvial en relation avec l'océan.

                         Image virtuelle du projet des Transbordés.


Quel pouvoir détient le citoyen dans la vie de sa ville ? Ce qu'écrit Yves, en pensant à Nantes, sa ville...


Si l'on regarde l'histoire des villes, on constate qu'elles ont été successivement vouées à :

- La protection des remparts où étaient rassemblés : les vivres et objets (entrepôts, marchés et fonction portuaire), la nourriture spirituelle (cathédrales), la sécurité (le château), les jeux (les arènes). Le lien social est évident.

- La production (les usines) qui s'est insérée dans les interstices de l'habitat (main-d’œuvre) qui apporte les fumées et la pollution, mais aussi la culture (écoles) et le sport (théâtres, cinémas, stades)… mais le lien social éclate en classes.

 Que reste-t-il ?

- Exit les entrepôts, les défenseurs, la pollution industrielle… la fonction portuaire, et même celle des églises.

- Bonjour le tertiaire, les visiteurs (tourisme), l'institutionnel (fonctionnaires), le divertissement (éléphant), la culture (écoles, multiplication des associations)

- L'urbanisme peut être un ciment qui - à l'époque de la télé ou de l'ordinateur - peut maintenir un semblant de lien social. Les spécialistes ont une grande responsabilité, car cette cohésion dépend de moins en moins du monde politique (pourtant de "polis" : la ville) qui ne voit pas clair dans cette histoire de lien social

- De moins en moins, ils ont de l'avance sur le peuple, et pourtant ils construisent de plus en plus.

Où est le contrepoids citoyen, et quel pourrait-être son influence ?

28 mars 2013

Humeur montreuillaise


Montreuil-Bellay se fait belle pour ses touristes... et ses habitants.
Après le miraculeux sauvetage de la grande église des Augustins, après le "savant et précieux" aménagement du Mail Aubelle et des abords de la médiathèque François Mitterrand, après la belle restauration de la tour des Glycines de l'ancienne enceinte urbaine, il reste dans le quartier une disgracieuse ruine qui attend depuis moult années - si ce n'est davantage - une secourable attention : celle, avenue Duret, de l'un des piliers du portail qui donne accès aux bâtiments conventuels et aux jardins de ce qui fut à l'origine un monastère, avant de devenir un orphelinat, puis des logements locatifs.
Il m'a été rapporté que les pierres manquantes de ce pilier se trouveraient dans les ateliers municipaux, mais quid du ou des propriétaires de ce portail aujourd'hui bien tristounet ?
Coup de blues d'un quelconque (sic) Montreuillais. 
 
 La chose dans toute sa tristesse.

5 mars 2013

La lente et difficile reconnaissance d'un camp de concentration français


Cliquer sur les photos pour les agrandir  

Historique du camp de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), de janvier 1940 à novembre 1945 

Sur une bande de terre d'un kilomètre de long, coincée entre la route de Montreuil-Bellay à Loudun et une voie ferrée. Ce fut à l'origine un lotissement destiné à loger le personnel d’une poudrerie que construisirent, entre autres, des Républicains espagnols, qui avaient fui leur pays après la victoire de Franco, embrigadés pour travailler pour l’armée française (de janvier à juin 1940). 

Ce lotissement, entouré de deux rangées de barbelés électrifiés devint successivement :
– un stalag dans lequel les Allemands internèrent, jusqu'en mars 1941, des soldats français en déroute (juin 1940), et des civils du Commonwealth pendant la Bataille d'Angleterre (été 1940) ; il y eut aussi quelques civils étrangers  – comme l'équipage d'un cargo norvégien arraisonné par les Allemands au large de Saint-Nazaire  – vite libérés par leur ambassade.
– un camp de concentration dans lequel furent transférés des nomades – Mânouches, Gitans et Roms – qu’un décret républicain d’avril 1940 avait condamnés – sans jugement – à être astreints à résidence sous surveillance de la police (du 8 novembre 1941 au 16 janvier 1945).

On m'a souvent interdit de parler de camp de concentration pour celui de Montreuil-Bellay, et sur la stèle a été écrit "Camp d'internement" , ce qu'il n'était pas. C'était bien un camp de concentration...
– comme le rappelle ce texte des archives ; rapport en date du 18 janvier 1942 (Archives Départementales 49 : 97W48). (Cliquer sur le document s'il ne paraît pas en entier).

 ... il a pris le nom de "camp de concentration de nomades de Montreuil-Bellay"

– et ce document (archives privées) :



- et comme l'explique cette définition d'un historien :


Les camps de concentration sont des camps de prisonniers pour les personnes issues de groupes minoritaires, pour les dissidents politiques ou autres individus décrits comme « asociaux », détenus pour une durée indéterminée, le plus souvent sans avoir eu droit à un procès équitable. Ils se différencient des prisons, qui se veulent des lieux de détention légitimes pour ceux qui sont coupables de violer les lois ; des camps de prisonniers, où sont détenus les ennemis capturés ; et des camps de détention, d’internement ou de réfugiés, où sont rassemblées des populations civiles après une guerre. Il existe aussi des camps de concentration où les détenus sont retenus contre leur gré et sans contrôle judiciaire, mais sans y être maltraités.
Steven L. Jacobs, Le livre noir de l’humanité, Editions Privat, 2001.

Le camp de concentration de nomades de Montreuil-Bellay :

 En bas à droite, 1992, Daniel Mermet enregistre une émission 
pour France Inter : "Là-bas si j'y suis"

Mais ce fut aussi un camp dans lequel furent à leur tour internés :
des clochards nantais (arrivés le 2 août 1942) ;
des Russes blancs qui avaient pensé qu'Hitler écraserait les communistes (les Rouges), des Italiens alliés du Reich (début septembre 1944)... et deux Alsaciens enrôlés de force dans les armées du Reich, leur terre ayant été annexée par l'Allemagne ;
des collaborateurs locaux (fin septembre 1944). 

Puis en 1945, après la fin des combats :
– du 20 janvier au 20 novembre, quelque 800 civils allemands – essentiellement des femmes – raflés dans l’Alsace et la Moselle reconquises et qui avaient transité par le camp du Struthof ou certaines femmes avaient été violées, les enfants devant naître dans le camp en octobre ;
des soldats allemands après la reddition, le 11 mai 1945, de la Poche de Saint-Nazaire ;
243 autres civils allemands venus d’un camp des Côtes-du-Nord (arrivés le 29 août) ;
– et des femmes hollandaises mariées à des nazis (arrivées en août).

Reconnaissance tardive

– Avril 1980 : Apprendre fortuitement que les vestiges que je croyais être ceux d’une usine étaient en réalité ceux d’un ancien camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale.
– Juin 1983 : publication aux éditions Wallâda d'Un camp pour les Tsiganes… et les autres. Trois nouvelles éditions ont suivi, toujours chez Wallâda : 1994, 2010 et 2011. Voir dans la bibliographie.
– 16 Janvier 1988 : Érection d’une stèle sur le site de l’ancien camp. La veille, je reçois de Simone Veil un télégramme de remerciements. La plaque d'ardoise fut offerte par Guy Potier, couvreur à Montreuil-Bellay. Nous dûmes assumer l'achat de la plaque de calcaire de Chauvigny et les frais de la gravure du texte. Cette plaque fut vandalisée sans que furent jamais retrouvés les coupables ; cette fois, c'est la municipalité montreuillaise qui prit en charge son remplacement.

 La plaque primitive.
(Cliquer sur le document pour rendre le texte lisible)

Ce qu'il en reste.

La stèle aujourd'hui.

– Avril 1990 : A la demande du Président de la République, première cérémonie officielle nationale et annuelle (renouvelée chaque dernier samedi du mois d'avril) sur le site du camp, devant la stèle, en hommage aux Tsiganes victimes de la Seconde Guerre mondiale.

 En avril 2006

Il faut attendre les années 1990, et la seconde édition de mon ouvrage aux éditions Wallâda pour que les médias nationaux s'intéressent à l'internement des Tsiganes en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Jusqu'alors, seule la presse régionale en avait parlé.  

– 1994 : Denis Peschanski, directeur de l'Institut d'Histoire du Temps Présent, cite abondamment le camp dans son ouvrage Les Tsiganes en France 1939-1946. Contrôle et exclusion.

1994 : Une bande dessinée de Kkrist Mirror est entièrement consacrée au camp : Le Jollec, Chronique du camp de Montreuil-Bellay (1940-1944). Préface de Serge Klarsfeld. Je rappelle l'historique des internements.
1995 : Les Etudes Tsiganes sort un numéro spécial dont elle m'avait confié la responsabilité : 1939-1946. France : l'Internement des Tsiganes.

– 1995 : Lors de l'ouverture d’une déviation routière, destruction « gratuite » du seul bâtiment en dur du camp encore debout certains étaient en planches et des ruines du logement des directeurs, à proximité... qui ne gênaient en rien le tracé de la déviation. Pareillement disparaissent peu après, à la suite de l'élargissement d'un virage de quelques centimètres, les deux colonnes de l'ancien poste de garde qui se trouvait face à l'entrée principale du camp, le long de la route reliant Méron à Panreux, l'un de ses hameaux. Méron était alors une commune, aujourd'hui rattachée à Montreuil-Bellay.


– 2005 : Création de L'AMCT, l’Association des Amis de la Mémoire du Camp Tsigane de Montreuil-Bellay. Voir le bureau de L'AMCT en janvier 2013.
– 2008 : Dans son ouvrage Traces et mémoires urbaines, Enjeux sociaux de la patrimonialisation et de la démolition (Presses universitaires de Rennes), Vincent Veschambre consacre de nombreuses pages au camp : Une difficile mise en mémoire : le camp d'internement des Tsiganes de Montreuil-Bellay (pp 209 à 222).
 – 2009 : Que doit-on faire de ces lieux marqué par l'Histoire ? A travers l'étude de l'ancien camp d'internement pour Tsiganes de Montreuil-Bellay. Tel est le titre du mémoire de Sarah Augier (Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes).

– 2010 : Sandrine Renaire, petite-fille d'anciens internés et présidente de L'AMCT prend le camp comme sujet de son mémoire qu'elle présente à l'Université Catholique d'Angers  : Un camp d'internement Tsigane à Montreuil-Bellay.
– Janvier 2010 : Sortie du film Liberté de Tony Gatlif. Le personnage principal, interprété par le petit-fils de Charlie Chaplin, est un interné du camp de Montreuil-Bellay.
– Avril-mai 2010 : Les médias commencent à reconnaître la responsabilité de la France dans l'internement des Tsiganes de l'Hexagone. Dans Les Cahiers de l'Express.

 

– Juillet 2010 : Inscription des ruines de l’ancien camp à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.
– Août 2010 : Une page entière dans le Monde et dans Le Journal du Dimanche (deux fois dans le JDD : le samedi et le dimanche) à la suite d'un discours anti-tsigane à Grenoble du président de la République. Mais aussi dans L'Humanité, Le Patriote Résistant ; d'importants articles dans des rvues : Gavroche, Le Tigre, Ca m'intéresse...
– 2012 : Le nom du camp de Montreuil-Bellay est gravé dans une pierre du mémorial érigé à Berlin en hommage aux Tsiganes victimes de la Seconde Guerre mondiale


– Juin 2012 : Alexandre Fronty réalise un documentaire de 52 minutes, avec une reconstitution virtuelle du camp, Montreuil-Bellay, un camp tsigane oublié, pour la télévision (LCP, chaîne parlementaire).
– Septembre 2012 : Certaines parcelles du site de l’ancien camp sont classées "Monument Historique". Les autres, où subsistent les vestiges les plus importants, ont été achetées par un fermier qui y met paître ses vaches...
– 26 novembre 2012 : Une heure d'émission pour La Fabrique de l'Histoire, sur France Culture
– Janvier 2013 : Le patrimoine du canton de Montreuil-Bellay intègre le site de l’ancien camp dans la belle revue Images du Patrimoine, Montreuil-Bellay et son canton, Maine-et-Loire, Pays de la Loire, 303. 
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