4 févr. 2013

De la difficile lecture de l’Histoire



Des responsabilités pour le camp de concentration de Montreuil-Bellay.

Difficile de savoir qui a fait quoi pendant la Seconde Guerre mondiale. Les lectures sont multiples. Comme dans la cour de récréation de la petite école où personne n’est jamais responsable d’un mauvais coup, les grands de ce monde affirment facilement que ce n’est pas eux, mais les autres qui…

Ainsi, pour le sujet qui nous intéresse, malgré tout ce qui a été écrit et dit depuis plus de trente années, il est encore parlé « officiellement » des personnes Tsiganes internées dans le camp de Montreuil-Bellay puis déportées par le régime de Vichy entre 1941 et 1945.

 De jeunes internés quémandent un peu de nourriture
aux Montreuillais pour qui le camp était à l'occasion
le but d'une promenade dominicale. 
(Cliché Toute la vie, juin 1944, Archives J. Sigot) 

Je lisais hier soir l’alsace face à son destin, la crise d’identité [écrit ainsi sans majuscules en couverture de l’ouvrage] d’eugène philipps [pareillement sans majuscules], publié en 1978 par la Société d’Edition de la Basse-Alsace. Ces quelques lignes, page 112, m’ont alors interpellé, et sont à l’origine de cette nouvelle page de mon blog :

Il va sans dire que dans un domaine où il y va de l’honneur de tout un peuple, c’est, bien entendu, la paille et la poutre. A tel point que chaque peuple perd assez volontiers la mémoire des « bavures » que des individus ont pu commettre en son nom au cours de l’histoire tout en s’indignant lorsque tel autre peuple ne se souvient pas tous les jours des crimes commis par les siens. A cet égard, aucun peuple n’a de leçon à donner… ou à recevoir d’autrui. Qui parle encore aux Etats-Unis du massacre de My Lai au Vietnam ou, en France, des crimes commis en Algérie ? Et pourtant, ce n’est pas de l’histoire ancienne ! Comme l’a souligné le professeur Alfred Grosser dans un courageux article, intitulé Le crime et la mémoire, en France, comme ailleurs, on accepte un peu trop facilement « la perception sélective, la mémoire sélective du crime ». (Le Monde, 11-12/6/1972)

Revenons à nos Tsiganes/nomades internés dans des camps en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Qui fut responsable de ces internements ? Vichy et, conséquemment, l’Occupant, comme on continue de le dire et de l’écrire ?
Difficile de défendre cette seule culpabilité quand on sait que les internements ont commencé avant juin 1940 et l’installation du régime de Vichy, internements justifiés par la suite par le décret signé en avril par le président de la 3ème République… avec la bénédiction du régime en place et des nazis...

En octobre 1943, les arrestations ou le retour 
dans le camp de Montreuil-Bellay
se faisaient toujours en rappelant le décret républicain d'avril 1940
qui prescrivait l'internement des nomades définis par la loi du 16 juillet 1912. (Archives Départementales du Maine-et-Loire)
(Cliquer sur le cliché pour l'agrandir)

... et quand on sait que des Tsiganes internés n’ont été libérés que longtemps après que les Allemands eurent été boutés hors de l’hexagone ; certains étaient encore parqués derrière les barbelés du camp d’Angoulême fin mai… 1946.
Ils étaient restés, malgré la fin des hostilités, assignés à résidence dans des camps, comme le précise Denis Peschanski.

Deux « anecdotes » pour illustrer ce propos.
- A Poitiers, le camp de la Route de Limoges comportait deux parties séparées par des barbelés : une pour les Juifs, l’autre pour les Tsiganes. En 1943, les Allemands ne déportèrent que des familles juives, exterminées en Autriche ou en Pologne, et laissèrent sur place les familles tsiganes.
En janvier et en juin, certains Tsiganes, uniquement des hommes, quittèrent bien le camp pour partir pour l’Allemagne, mais ce fut, la première fois, dans le cadre de la Relève forcée, et la seconde, dans celui du STO, pour compléter les contingents réclamés par l’Occupant aux autorités de la Vienne. La plupart devaient revenir en France après l’armistice de mai 1945.
- A Montreuil-Bellay, le 1er septembre 1944, quand des FFI vinrent libérer la ville… que les deux derniers Allemands avaient fui à bicyclette le 29 août après avoir fait sauter le seul pont sur la rivière, ils entrèrent bien dans le camp, mais ce fut pour y chercher des armes, qu’ils ne trouvèrent pas, et non pas pour ouvrir les portails et libérer leurs malheureux compatriotes.

Dans son laconisme très étudié, la plaque commémorative, inaugurée le 16 janvier 1988, essaie honnêtement de reconnaître les vraies responsabilités, mais sans préciser exactement lesquelles :
En ce lieu se trouvait le camp d’internement de Montreuil-Bellay. De novembre 1941 à janvier 1945 plusieurs milliers d’hommes, de femmes et d’enfant Tsiganes y souffrirent victimes d’une détention arbitraire.

Cette plaque été brisée par des individus non (encore) identifiés,
puis remplacée.

Bien sûr, le camp de concentration, ce qu’il fut officiellement pendant toute la période des Tsiganes, est devenu d’internement, ce qu'il fut en septembre 1944 lorsqu'il "accueillit" des soldats vaincus du Grand Reich, et à partir du 20 janvier 1945 après l'arrivée des civils allemands raflés en Alsace et en Moselle reconquises ;
- bien évidemment, on omit de citer toutes les autres nombreuses victimes de ce camp, et particulièrement ces quelque 800 civils allemands, dont une grande majorité de femmes, internés comme otages ; 
- mais Vichy et l’Allemagne ne sont pas ouvertement accusés de cette forfaiture, ce qui laisse ouverte la liste des coupables... Noter le très judicieux emploi de l’adjectif « arbitraire ».

En janvier 1988, il était encore trop tôt pour reconnaître ses propres responsabilités.
Encore un effort, Mesdames et Messieurs à qui nous avons donné le pouvoir de décision, pour dire la vérité à nos Mânouches, Gitans et Roms qui n’ont jamais compris ce que nous leur avons fait.

1 commentaire:

Chloé Zicler a dit…

Bonjour,
je voulais savoir si vous aviez le lien de l'extrait du réquisitoire