30 janv. 2009

Montreuil-Bellay, ville close de l'Anjou

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Cliquer sur les montages ci-dessus et les photographies pour les agrandir. Copyright Jacques Sigot pour le texte ; ainsi que pour les clichés, excepté pour les numéros 10 (carte postale ancienne), et 16 (archives Jacques Wilmet). L'ancien plan de la ville, dit cadastre Napoléon de 1829, au centre du document ci-dessus, a été photographié au centre des Impôts à Saumur.

Attention : Ce travail, recherche effectuée à partir d'archives et d'ouvrages divers, et surtout à partir d'une lecture personnelle du paysage, n'engage donc souvent que son auteur.

Montreuil-Bellay, petite ville à la limite orientale de l'Anjou, proche du Poitou et de la Touraine, a gardé intacte la presque totalité de sa muraille médiévale et quatre de ses six portes monumentales, ce qui en fait l'une des dernières des 32 anciennes villes closes de l'Anjou.


Cliché 0 : Muraille primitive
Au XIème siècle, au temps des Berlay, seigneurs du fief, une première muraille curviligne enfermait un donjon barlongue que Foulque Nerra avait fait construire vers 1025, ainsi qu'un village, premier état de l'actuelle ville haute de Montreuil-Bellay, où vivaient ceux que l'on appelait "manants".
Un habitat plus ancien, essentiellement troglodytique, devait exister au bas du tertre, sur les deux rives de la rivière du Thouet, ce qui expliquerait la présence à proximité des ruines de ce qui fut église paroissiale jusqu'au tout début du XIXème siècle.
Cette muraille autrefois en terre, dont subsistent quelques vestiges, longe la rue du Buffet ; des arbres ont poussé sur son sommet.
La partie visible sur le cliché ci-dessus a été ultérieurement consolidée par empierrement.



Cliché 1 : Tour du Guichet
Au XIIIème siècle, les Melun-Tancarville, seigneurs du fief, ont construit une nouvelle muraille pour protéger le bourg qui s'était agrandi. Leurs successeurs, les d'Harcourt, l'ont rehaussée et achevée au XVème.
Nous commençons notre promenade au sud-ouest de la vieille ville, quartier de l'Ardenne. Un cheminement longeait le bord supérieur du tertre et pénétrait dans Montreuil par une porte étroite, dite du Guichet, seulement pour piétons et cavaliers. Côté précipice et rivière, cette porte était protégée par une tour, la Tour du Guichet, aujourd'hui découronnée et transformée en garage.



Cliché 2-1 : De gauche à droite : le château, le rempart qui monte du niveau de la rivière à la ville haute, le rempart et une tourelle d'angle qui enferme le jardin de la Maison Dovalle.


Clichés 2-2  : Rempart et tour de la Maison Dovalle
Sur la gauche du cliché 2-1, la muraille et son chemin de ronde, partis du niveau de la rivière, montent en oblique pour atteindre la ville haute. La muraille tourne deux fois à angle droit pour enfermer le jardin suspendu de la Maison Dovalle et gagne ensuite perpendiculairement le bord supérieur du Tertre. Petite tour d'angle à l'angle le plus vertigineux de l'ancienne enceinte urbaine.



Cliché 3 : Rempart des Nobis
A l'origine, cette section de la muraille très abîmée fermait la ville basse du côté de la rivière qui baignait son pied. Seule paraît la partie haute, le reste ayant été enterré. Les mâchicoulis sont encore par endroits bien conservés.



Cliché 4 : Tour et rempart du Boëlle
Le boëlle était la cour basse du château où pouvaient se réfugier les manants et les paysans lorsque la ville était attaquée. La tour baigne dans les eaux du Thouet. C'est à sa gauche que la ligne des anciens ponts médiévaux, effondrés définitivement en 1577, s'appuyaient sur la rive droite de la rivière.



Cliché 5 : Porte du Boëlle
Cette porte, construite du XVème, est l'une des six portes monumentales ouvertes dans la muraille urbaine achevée par les d'Harcourt. Elle n'est plus visible depuis que le seigneur l'a condamnée à son seul usage après l'avoir remplacée, vers 1669, par une nouvelle porte percée dans le rempart près de la tour du Boëlle. Il entendait ainsi interdire le passage coutumier dans la partie basse de sa propriété, aujourd'hui aménagée en jardins.



Cliché 6 : Rempart du Moulin du Château
Cette section a été en partie démolie vraisemblablement vers 1669 lorsque fut aménagé un chemi-nement entre la cour basse du château et la rivière, et que fut ouverte une porte dans la muraille du Boëlle, près de la tour (cliché 4). L'épaisseur du mur portant le chemin de ronde a été arrachée. Reste une meurtrière.



Cliché 7 : Porte du Moulin du Château
Cette porte jouxte l'ancien moulin à eau du château ; elle était en communication directe avec la porte du Boëlle aujourd'hui condamnée (cliché 5). Toutes deux,  longeant la rivière sur sa rive droite, permettaient la circulation autrefois intense dans la ville basse pour tous ceux qui n'entendaient pas monter dans la ville haute.



Cliché 8 : Les châteaux
Cette photographie, prise par avion en 1981, présente l'ensemble des trois châteaux, de la cuisine médiévale, de la collégiale, et des cours hautes dont l'une a été aménagée en jardins, tous enfermés dans une ceinture de remparts ponctués de tours qui dut épouser la forme curviligne des douves de la première fortification que Foulque Nerra avait fait construire au XIème siècle. 
Successivement, du premier plan vers l'arrière-plan : la collégiale, consacrée en 1484 ; le Château Vieux, début du XVème qui reprit des parties de celui du XIIIème ; à sa gauche, la barbacane à gorge ouverte, du XVème ; puis la cuisine à foyer centrale, en partie du XIIIème ; le Petit Château, dit aussi Logis des Chanoines, du milieu du XVème ; à sa droite, le Château Neuf, élevé à partir de 1485 sur l'ancien château du XIIIème dont on voit encore les puissantes tours cylindriques côté rivière. Le pignon face à nous fut habillé dans les années 1860 lors d'importantes restaurations par les descendants de Jean Niveleau, riche bourgeois de Saumur.
Sur la droite du cliché : la porte du Moulin (cliché 7), et l'ancien moulin à eau reconstruit après qu'il avait été détruit par un incendie en 1896 ; le rempart et la tour du Boëlle, avec la porte ouverte en 1669 (cliché 4).



Cliché 9 : Le château côté sud-ouest.
Tours et courtines du château construit au XIIIème siècle pour remplacer le donjon barlong en terre et bois du XIème que le comte d'Anjou Geoffroy le Bel, dit Plantagenêt, avait détruit en 1151 après un siège de deux années, pour punir Giraud Berlay, seigneur du fief qui s'était soulevé contre son suzerain.



Cliché 10 : Porte Nouvelle
Cette porte s'est certainement appelée ainsi parce qu'elle remplaçait une ancienne porte - sur le même cheminement vers le centre de la vieille ville - ouverte dans la muraille primitive du XIe siècle (cliché 0). La route venant de Saumur suivait autrefois la rive droite du Thouet, et franchissait la Dive à Saint-Just-sur-Dive. Au XVe siècle, quand fut terminée la nouvelle enceinte urbaine, la grande traversée de la ville haute allait de la Porte Nouvelle à la Porte Saint-Jean.
Pour que fût élevée la nouvelle muraille rectiligne de la porte dite Nouvelle au rempart du château, il fallut raser une partie du vieux bâti du faubourg construit à flanc de coteau. J'explique ainsi le nom qu'il porte aujourd'hui : quartier de Razibus.



Clichés 11-1 et 11-2 : Rempart et tour de la Maison Toussenel
C'est là que la muraille urbaine change de direction pour atteindre la Porte Nouvelle puis le château contre lequel elle allait autrefois buter. Elle enferme une belle et vaste propriété où est né l'écrivain Alphonse Toussenel (1803-1885), célèbre auteur d'une précieuse étude sur L'Esprit des bêtes. Il était le  fils de Jean-Paptiste Tousnel (orthographe primitive), nommé maire de Montreuil par Bonaparte en décembre 1800.

 


Clichés 11-3 et 11-4 : Boulevard des Ardillers. Les marronniers ont été plantés à l'emplacement des anciennes douves que l'on avait comblées. Ardiller vient du mot "ardille", l'argile en vieux langage de l'Anjou.

Cliché 11-5 : Boulevard de l'Ardiller, entre les rues de l'Ardiller et Estienvrin. Au premier plan, ce qui reste de l'ancienne muraille urbaine ; au second plan au centre, le manoir des Grands Ardillers ; à l'arrière-plan au centre, la collégiale du château, devenue église paroissiale en 1810.


Cliché 12 : Tour des Augustins
Même si elle appelée parfois Tour des Glycines, je préfère lui donner le nom du monastère qui la jouxte, monastère construit de 1626 à 1641 par des religieux de l'ordre mendiant des Augustins. A droite de la tour, l'ancienne église abbatiale. Désaffectée à la Révolution pour devenir Temple de la Raison, elle a été entièrement restaurée à l'initiative d'Alex Wilbrenninck. 
Le fossé - ou douve - qui bordait la muraille fut comblé dans les années 1880, lorsque fut construite à proximité la nouvelle école des garçons.


Cliché 13 : Tour de l'Hôpital
Là encore, la muraille urbaine change de direction, d'où la présence d'une puissante tour d'angle. Le rempart protège ici le vieil hôpital-Saint-Jean construit au XVe siècle pour remplacer un ancien Hôtel-Dieu. L'église, qui fait partie de l'hôpital, fut consacrée en 1484. A l'arrière-plan, la Maison de Retraite de Montreuil-Bellay dans un bâtiment plus récent.


Cliché 14 : Porte Saint-Jean
Porte Saint-Jean, parce qu'elle ouvre directement sur l'entrée de l'ancien hôpital du même nom. La plus belle porte de la ville, la plus curieuse avec ses rangées de bossages. On a prétendu qu'elle avait été copiée sur l'une de Jaffa, en Palestine ; j'en ai vu de semblables en France : à Domme et à Provins.
Une bizarrerie : 15 rangées de bossages à gauche, 16 à droite...
Nos hôtes à qui je fais visiter la ville me demandent parfois le pourquoi de ces bossages. Ajouter du défensif à la défense ?
Dans son site, http://www.archeo-alpi-maritimi.com/bossagesfortifications.php, Raoul Barbès écrit : La théorie de l’amortissement de l’effet des projectiles est valable si les bossages sont régulièrement répartis sur l’ouvrage. Ce pourrait être le cas de la porte Saint-Jean de Montreuil Bellay où les lits de pierres sont horizontaux et réguliers et où les bossages bruts sont espacés régulièrement. Ils sont plus ou moins carrés. Il n’y en a pas à la base de la tour pour éviter probablement l’escalade.
Je réponds parfois à nos visiteurs que c'était pour impressionner les assaillants. Personnellement, je les crois ajoutés comme éléments décoratifs ; et vous, qu'en pensez-vous ?


Cliché 15-1 : Rempart de la Perruche
La partie rectiligne la plus longue et la plus impressionnante de l'enceinte urbaine. On y voit très bien la différence de dimensions des pierres utilisées : petites sous les Melun-Tancarville, au XIIIe siècle ;  plus grosses sous les d'Harcourt, au XVe.
C'est également  dans cette section qu'elle est la plus haute, sans préjuger de ce qui a été enterré lors du comblement de la douve.

Cliché 15-2 : Le rempart vu de la rue de la rue Victor-Hugo, avec son chemin de ronde et une meurtrière. La rue s'appelait autrefois de l'Opéra. Pour "rue des opérations militaires" qui se déroulaient à proximité, et non pas en souvenir de quelque scène pour diva enchantée ?...


Cliché 16 : Rempart de la Perruche
Cette photo, prise par le docteur Jacques Wilmet dans les années 1960, montre la muraille quasiment dégagée. Depuis, a été construit un lotissement qui la cache. A Angers, fut démolie toute une ligne d'immeubles pour mettre en valeur la forteresse médiévale qui se dresse au-dessus de la Maine ; à Montreuil, on décida de soustraire à la vue des visiteurs ce merveilleux panorama alors intact...
On découvre donc encore sur ce vieux cliché l'ouche de la Perruche ; on dit "ouche" en Poitou, dont fit un temps partie Montreuil, et "clos" en Anjou où se trouve maintenant la ville depuis la création des départements en 1790. Ce terrain était nu entre le faubourg de l'Ardenne et la vieille ville close.
Gageons que nos arrière-petits-enfants pourront admirer de nouveau la ligne impeccable de la muraille quand les maisons neuves auront disparu, ruinées par les décennies. Le temps, lui, sait faire la part des choses...

Nous sommes arrivés à notre point de départ, à la Tour du Guichet. Merci de m'avoir accompagné dans cette visite. 
Montreuil-Bellay ville close de l'Anjou, Montreuil-Bellay ville ouverte à tous.
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15 sept. 2008

Site du camp de concentration de Montreuil-Bellay

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Dernière minute, au dimanche 7 février 2010 : Deux panneaux ont disparu !!!
Voir en fin d'article...

Quand l'Histoire tombe dans le(s) panneau(x)...
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La plupart des photos ci-dessus ont été prises sur le site même de l'ancien camp le lundi 15 septembre 2008.

Voici le site de l'ancien camp de concentration de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire). Cherchez l'erreur... car si les promoteurs de ces panneaux avaient su qu'ils seraient installés sur le terrain même du camp... un beau détour assurément !!!

Ce panneau vous l'indique, c'est l'un des plus beaux détours de France, et Montreuil-Bellay, cette si jolie petite ville de l'Anjou, mérite donc votre visite...


Il y a eu un célèbre précédent. En janvier 1988, quand nous avons réussi à faire ériger une stèle commémorative sur le site, il y avait à proximité de la prison, seul vestige intact de l'ancien camp, un talentueux panneau qui semblait vouloir vanter la qualité du lieu : un camp(ing) trois étoiles. Cela ne pouvait que choquer, même si l'on pouvait comprendre que la chose annoncée n'était en réalité point là, mais au bord de la rivière et au pied du château, tous deux en ville. J'ai alors demandé que l'on retirât ce malencontreux panneau avant l'érection de la stèle. En vain, comme vous pouvez le constater.
La publication dans la presse régionale de ce cliché s'est avérée plus efficace que ma demande... et l'intrus disparut vite pour que fût enfin respectée la désolation du paysage.

Mais l'humour noir est têtu, et ce camp reste toujours une belle page de notre Histoire...


Un jeune cheval s'ébroue à proximité des marches de tout ce qui reste de l'un des baraquements du camp... la Vie est là...

La vie... il y a même des naissances...



Près des ruines de l'imposant ensemble cuisines, réfectoire, réserves, un panneau publicitaire continue de "bricoler" avec l'Histoire...


La prison, cave d'une ferme qui a brûlé au début du XXème siècle, disparaît sous les herbes folles. La stèle, inaugurée en janvier 1988, résiste mieux à l'envahissant abandon...



Au-delà de ces panneaux, rappelons la chronologie des internements dans cet ancien camp de concentration, comme il s'est parfois appelé pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ici, de janvier 1940 à novembre 1945, furent successivement enfermés derrière des barbelés électrifiés dominés par des miradors, des Républicains espagnols, des soldats français, des civils anglais, des clochards, des Russes "blancs", des collaborateurs, des soldats allemands, des civils allemands et hollandais, principalement des femmes, et surtout, du 8 novembre 1941 au 16 janvier 1945, quelque 3000 Tsiganes, victimes d'une mesure arbitraire, comme le concède l'intitulé de la stèle qui n'a accepté d'évoquer que cette seule population.

Chaque année le dernier samedi d'avril, les abords de la stèle et de la prison sont nettoyés pour accueillir une cérémonie nationale. Autrement, le site est oublié, comme le souvenir de ce qu'il fut. Quelle volonté politique aura pitié ?

Ce dimanche 7 février 2010...
Hier samedi 6, j'accompagnai Fabien Delisle, cinéaste indépendant tourangeau, qui désirait faire découvrir le site du camp à sa jeune fille Lou. Alors que je voulais leur montrer deux panneaux publicitaires particuliers sur le site du camp, je me suis aperçu qu'il n'en restait qu'un. Les plus beaux détours de France, avait disparu. Celui indiquant Montreuil-Bellay Une page d'Histoire en Anjou était encore en place. Ce qui peut se comprendre, ce camp étant bien l'une des pages - douloureuse - de l'histoire de l'Anjou. Quant au beau détour, qui avait eu l'incroyable idée de le planter là ???


Poursuivant notre visite, je remarquai que le grand panneau publicitaire qui s'affichait derrière les ruines des réfectoire/cuisines/magasin avait lui aussi disparu.


Comment expliquer la subite disparition de ces deux malencontreux panneaux ? Jusqu'à plus ample information, nous pouvons toujours croire que la décision a été prise suite à leur affichage dans ce blog.
Comme avait été efficace la publication dans la presse, en 1988, de cette autre photo "malheureuse" du camp(ing) trois étoiles...

6 août 2008

Le Thouet à Montreuil-Bellay

Le Thouet, fluvius Toarus : première mention en 905. Source à 225 mètres d'altitude près de Secondigny, dans la Gâtine parthenaise. 152 kilomètres, dont 31 dans le Maine-et-Loire. Principaux affluents : le Palais, le Cebron, le Thouaret, l'Argenton et la Dive. Son réseau couvre 3396 km² et draine le nord du Poitou et le Sud-Saumurois. Son débit d'étiage est parfois inférieur à 2 mètres cubes quand celui de ses crues est estimé à 108 mètres cubes par seconde. Il se jette dans la Loire à Saint-Hilaire-Saint-Florent, à une altitude de 25 mètres.


Jusqu'à la fin du XIXe siècle, le Thouet fut navigable de Montreuil-Bellay, en aval de la chaussée du Château, jusqu'à sa confluence avec la Loire, à Saint-Hilaire-Saint-Florent.
Nous découvrons ici en canoë le premier bief navigable de la rivière autrefois canalisée, de cette chaussée du château jusqu'à la première écluse, dite de la salle.

Illusion de navigation un jour de festival à Montreuil-Bellay.

Le premier bief autrefois navigable du Thouet, à Montreuil-Bellay

A et 1 - Au XVe siècle, les seigneurs de Montreuil, les d'Harcourt, firent construire une série de ponts parallèles à un gué désaffecté afin de conserver l'ancien cheminement de la Chèvre qu'il prolongeait. Ces ponts reliaient entre elles les deux rives du Thouet et des îlots pour aboutir rive droite entre la Tour du Boëlle et l'Auberge des Isles qui était peut-être un ancien octroi. Ces ponts furent plusieurs fois endommagés par les crues de la rivière et se sont effondrés définitivement en 1577. La vieille chaussée a disparu en partie, remplacée en amont par un barrage moderne perpendiculaire à la rive gauche.

Les ruines des anciens ponts gothiques, effondrés en 1577.

2 - L'ancien moulin à eau, dit du Château, a disparu dans un incendie dans la nuit du 7 août 1896. L'actuel, désaffecté, a été construit aussitôt après dans le style Renaissance.

3 - 4 - 6 - Le port montreuillais sur le Thouet s'est déplacé deux fois. D'abord aménagé rive gauche (port Guibert), légèrement en amont du pont actuel, il fut transféré rive droite (port Hamelin) quand fut construit en 1710 un nouveau pont (situé dans le prolongement de l'actuel, mais contre la rive gauche). Le troisième port, le port Sainte-Catherine, fut créé rive gauche en 1862.
Le port Sainte-Catherine, aujourd'hui désaffecté.


4 - La première pierre du pont Napoléon, oeuvre de l'ingénieur Normand, fut posée le 9 octobre 1908. Détruit par les Allemands le 29 août 1944, il fut reconstruit plus large, comme le montre la couleur plus claire des pierres des arches.

5 - Le pont de 1710 fut emporté par une crue en 1798.

Plan des ruines du pont construit en 1710. (A.D.M.L.)

7 - Base de canoë-Kayak, ouverte l'après-midi tous les week-ends et jours fériés en mai, juin et septembre ; tous les jours en juillet et août.

8 - Une chaussée, de date indéterminée, "faite avec des pieux, des fagots de bois et des troncs d'arbres, le tout enrobé de terre glaise" barre la rivière sur toute sa largeur. Elle a permis la création d'une réserve d'eau nécessaire au fonctionnement du moulin de Varenne, dit aujourd'hui "de la Salle" vu sa situation proche du château du même nom, légèrement en aval. Vers 1603, fut aménagé un bassin de forme ovale, première écluse sur le Thouet, pour la descente des bateaux de Montreuil à Saumur. Cette écluse, comme celles de Rimodan et de Bron, est dite "archaïque", autrefois fermée par deux portes marinières, ce qui était un grand progrès par rapport aux chaussées munies d'une seule porte - comme à la Motte - qui vidait le bief amont à chaque passage de bateaux. Il n'existerait plus en France que 4 de ces vieilles écluses, dont trois sur le Thouet, donc.



Le Thouet à l'ancien moulin de la Salle, l'écluse archaïque.


Balade sur le Thouet au pied du château de Montreuil-Bellay.
A l'extrême droite, la Maison Dovalle, où naquit le poète Charles Dovalle (1807- 1829).

5 août 2008

Un nouveau transbordeur pour Nantes

Pour visionner le projet des Transbordés, un nouveau pont à transbordeur pour Nantes :
http://www.youtube.com/watch?v=rYgm4MjfNWk&feature=related
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Un transbordeur en ville : Punte Vizcaya à Portugalete (Espagne)

Il était impératif pour moi d'aller voir sur place le premier pont à transbordeur construit dans le monde.. et qui fonctionnait comme au premier jour. Je suis passé trois fois à Bilbao lorsque je me suis rendu à Saint-Jacques de Compostelle, et une ou deux fois quand j'habitais au Maroc, mais je n'étais pas alors au courant qu'il y existât une telle merveille.

Si, dans nos maisons, trônent sur un meuble ou un mur quelques photos de parents tant aimés, il en est souvent une autre, à Nantes, que l'on remarque vite tant elle est en évidence : celle de l'ancien transbordeur dont la disparition reste comme une plaie vive qui ne veut pas se fermer.

Les ponts dits "à transbordeur" sont nés à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, quand il fallait trouver une solution à la traversée de passes maritimes ou fluviales par les piétons, les charrettes et les premières automobiles sans gêner la navigation des bateaux, dont encore des voiliers. Sont alors apparus ces colossaux ouvrages métalliques imaginés par un génial inventeur français, Ferdinand Arnodin (1845-1924).


















Puente Vizcaya de Portugalete


Le premier fut construit en Espagne sur le Nervion, en 1893, entre Portugalete et Las Arenas, à quelque 10 km en aval de Bilbao.

Celui de Nantes, inauguré le 28 octobre 1903, était le cinquième. Il avait encore été précédé par ceux de Bizerte (Tunisie, en 1898), Rouen (1899) et Rochefort (1900). Marseille fut construit après (1905), ainsi que celui de Brest (en 1908, en réalité celui de Bizerte transféré en Bretagne). Celui de Bordeaux, commencé en 1910, ne fut jamais achevé.

A Nantes, il fallait relier le quai de la Fosse à la Prairie-au-Duc où se trouvaient les principaux chantiers navals. Un projet avait même envisagé une escale à la pointe de l'île Gloriette, mais la ville avait préféré une construction légèrement en aval, face à la rue de la Verrerie. Pour éviter la destruction d'immeubles, quai de la Fosse, afin de construire l'imposant massif d'ancrage des câbles qui devaient retenir le pylône de la rive droite, Arnodin inventa exprès un nouveau système de transbordeur dit à contrepoids et à articulations.
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Chaque jour, de 5 h 30 à 20 h 30, la nacelle suspendue au tablier qui dominait les plus hautes eaux de la Loire de quelque 50 mètres, transportait d'une rive à l'autre jusqu'à 6.000 piétons à l'heure.

Mais le développement de l'automobile qui acceptait plus volontiers un détour sans attente pour emprunter les ponts traditionnels en amont, les dégâts provoqués par la Seconde Guerre mondiale, ainsi que les coûts d'entretien d'un ouvrage devenu obsolète, condamnèrent le Transbordeur que ne put sauver la croisade désespérée des Nantais amoureux de leur beau pont. Fermé le 31 décembre 1954, il disparaissait en 1958, le dernier wagon chargé de 800 tonnes de ferraille quittant le quai de la Loire pour Le Creusot le 7 octobre.

Pourquoi ne pas reconstruire le Transbordeur ?

Un groupe de passionnés, à l'initiative de l'architecte nantais Paul Poirier, se propose de faire construire un nouveau pont à transbordeur au-dessus du bras de la Madeleine de la Loire. C'est un projet transversal, consensuel, et surtout pas politique, précise l'architecte. Il serait torpillé d'avance. Il concerne tous les Nantais. C'est un projet d'envergure pour contribuer à réconcilier Nantes avec son fleuve.
Projet de l'Association des Transbordés















En 2008, pour porter ce concept du XXIe siècle, Paul Poirier a créé avec Arnaud Biette, économiste et spécialiste du patrimoine industriel, l'Association des Transbordés.
Site de l'association : http://lestransbordes.fr

Passionné depuis de nombreuses années par ces remarquables ouvrages qu'étaient et que sont encore en quelques lieux les ponts à transbordeur, j'ai publié plusieurs études sur certains d'entre eux.

- Nantes. Le Transbordeur, éditions CMD, 1996 (épuisé).
- Charente-Maritime. Le Transbordeur de Rochefort, éditions CMD, 1998 (épuisé).
- La France des transbordeurs, Bordeaux, Brest, Marseille, Nantes, Rochefort, Rouen, éditions Alan Sutton, 2005.

Articles dans des revues :
- Le Transbordeur de Rochefort, in Le Picton, n° 179, septembre-octobre 2006.
- Les Ponts à transbordeur, in Chasse-Marée, n° 201, décembre 2007.

4 août 2008

Montreuil-Bellay, un camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale

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Le camp était organisé sur le modèle si typique de l'administration française, mélange d'ignonimie, de corruption et de laisser-faire.
Arthur Koestler, rédigé entre janvier et mars 1941 à propos du camp du Vernet (Ariège), in La lie de la terre, page 168, éditions Charlot (Paris 7ème), 1947.

Voir un blog consacré entièrement aux Tsiganes et à leur internement pendant la Seconde Guerre mondiale à cette autre adresse :
http://camp-montreuil-bellay.eklablog.com/accueil-p103480

Saisir aussi ce lien pour visionner une vidéo :
http://www.pulceo.com/divertir/soiree-debat-a-atlantic-cine-avec-jacques-sigot


La 3ème édition de cet ouvrage n'étant plus disponible, les éditions Wallâda vont sortir en avril ou mai 2011 une 4ème édition dans laquelle sont ajoutées, entre autres documents, des témoignages de familles que l'auteur vient de découvrir, et surtout les archives des religieuses franciscaines missionnaires de Marie qui, de janvier 1942 à janvier 1945, ont volontairement vécu en mission à l'intérieur du camp de Montreuil-Bellay pour venir en aide aux internés, et principalement aux enfants. Ces archives comprennent essentiellement des photographies, des dessins et leur journal.
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La seconde édition peut toujours être commandée sur le site des éditions Wallâda : http://www.wallada.fr/
Wallâda s'est spécialisée depuis de nombreuses années dans l'édition d'ouvrages de Tsiganes et sur les Tsiganes. http://www.wallada.fr/nouveautes-2009-2010.html

Une découverte fortuite...
9 ans après mon arrivée à Montreuil-Bellay

En 1980, je découvrais que pendant la Seconde Guerre mondiale avait sévi un camp sur le territoire de ma commune d'adoption. Suite à de premières recherches dans les archives et auprès de survivants encore nombreux à cette époque, je publiai en 1983 aux éditions Wallâda un premier ouvrage sur ce sujet qui n'avait jusqu'alors intéressé aucun historien : l'internement par la France de ses nomades dans de nombreux camps de concentration. Son titre, Un camp pour les Tsiganes... et les autres. Montreuil-Bellay 1940-1945.


Jacques Sigot et Françoise Mingot, son éditrice, sur le site du camp en 1982. Sur la droite, l'entrée de la prison souterraine du camp (le "gnouf").

C'était la première fois qu'était étudiée l'histoire d'un camp de concentration français pour Tsiganes, selon la terminologie de l'époque. Suivirent l'étude d'autres camps et la publication de ces travaux dans un numéro spécial des Etudes Tsiganes (n° 2/1995) : 1939-1946 France : L'internement des Tsiganes.
Avaient été successivement victimes de ce camp de Montreuil-Bellay tout au long du conflit : des Républicains espagnols, des soldats français, des civils du Commonwealth, des Tsiganes (appelés alors "nomades"), des clochards nantais, des collaborateurs locaux, des Russes "blancs", des civils allemands (essentiellement des femmes) et des Hollandaises ayant épousé des nazis.
Cette première édition provoqua un important et riche échange de correspondance qui encouragea la publication chez Wallâda et Cheminements d'un second ouvrage en 1994 : Ces barbelés oubliés par l'Histoire. Un camp pour les Tsiganes... et les autres. Montreuil-Bellay 1940-1945.

Je tiens à remercier la Congrégation des Franciscaines Missionnaires de Marie, de Paris, et particulièrement sœur Odile, qui ont mis à ma disposition en 2007 l'ensemble des documents rédigés par des sœurs de leur Congrégation. Elles avaient, pendant quatre années, partagé volontairement la vie des internés, et logeaient dans un baraquement à l'intérieur de l'enceinte de barbelés électrifiés.

Ces panneaux, rédigés pour l'association L'AMCT (Les Amis de la Mémoire du camp Tsigane de Montreuil-Bellay), créée dans le but de sauver les ruines de l'ancien camp, ruines menacées de disparition, résument trente années de luttes pour rappeler une histoire souvent déformée, voire occultée.

Auparavant, Le site de l'ancien camp de concentration de Montreuil-Bellay.
Image du Net.


Cliquer sur chaque panneau pour l'agrandir.


2 août 2008

Zurich, les 11 novembre et 6 décembre 2008, J-O

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Rencontre avec l'Histoire... dans une si jolie ville.

                                     Jenny                                                 Olivier