27 sept. 2012

Curiosités montreuillaises

*
Cliquer sur les documents iconographiques pour les agrandir.

              Montreuil-Bellay et sa ville close. (cliché Michel Mercier)

 Promenons-nous dans cette si jolie ancienne ville close de l'Anjou, à la limite du Poitou dont elle fit partie religieusement jusqu'à la Révolution française - quand les diocèses s'identifièrent aux nouveaux départements - et découvrons quelques curiosités particulières qui accrochent le regard du chaland...

Bon jeu de piste, et agréable balade... suivez-moi...

Le Courrier de l'Ouest du 12 septembre 2012 
publie cette promenade dans les rue de Montreuil-Bellay.

A la découverte de 21 curiosités en 21 photos, comme les 21 arcanes majeurs numérotés du Tarot traditionnel, le 22ème ne l'étant pas, numéroté, le Fou ; la folie que cela eût été si j'avais désiré présenter toutes les richesses visibles ou cachées de ma si jolie petite ville, il y en a tant...


*
* *

(Clichés Jacques Sigot)

1 - Les armoiries de la ville sur le monument, mail Aubelle ("aux Belles").

 D’azur à une croix d’or cantonnée de quatre besans de même.
Voir aussi le cliché 20.

Ce monument du mail Aubelle, appelé aussi parfois dans le passé "Mail aux Belles", est dédié à quatre personnalités montreuillaises du passé : René Aubelle (1587-1656), médecin de Louis XIII et de Louis XIV ; Pierre Duret (1745-1825), premier chirurgien en chef de la Marine Française ; Alphonse Toussenel (1803-1885), écrivain fouriériste ; Charles Dovalle (1807-1829), poète.
Ce monument, érigé en 1898, à l'initiative d'Emile Chevalier, notaire à Montreuil-Bellay et écrivain local, se trouvait initialement face à l'ancienne école des garçons construite peu avant, en 1885. Il a été bizarrement déplacé, amputé de son socle, et dressé devant une entrée secondaire de la Maison de Retraite.
Etait-ce pour y suivre les anciens écoliers devenus les vieillards gardiens de l'histoire de la ville ?

*

2 - Sculpture au fronton de la médiathèque, avenue Duret, face au mail Aubelle ("aux Belles"). 

L'immeuble a été auparavant l'école publique des garçons.
Le terrain, à l'extérieur de la ville close, devait être accidenté puisque les archives parlent de remblais considérables qu'il a fallu faire dans la cour et les jardins de l'école. La réception définitive des travaux eut lieu le 9 aût 1885, trois mois après que Mademoiselle de Chevigné eut proposé de construire à ses frais le kiosque à musique sur le mail qui lui fait face. Avant de devenir une médiathèque, cette école de garçons avait pris le nom d'Ecole des Glycines.


*
 3 - Plaque en hommage à Louis XIII, au 185, rue du Bellay.


Le 17 août 1620, Louis le Juste roy de France et de Navarre, a passé par icy retournant du pont de Cé et le XVII may 1621, le roy a derechef passé icy et est allé à Thouars.


Louis le Juste, c'est Louis XIII qui règne de 1610 à 1643, fils d'Henri IV, ce qui explique "de Navarre".
Le journal de Jean Héroard, médecin personnel du jeune dauphin, permet de corriger ce texte plus ou moins fantaisiste.
- Le 17 août, Louis quitte Brissac où il a dormi ; il arrive à 10 h 1/2 à Doué-la-Fontaine. "Le XVIII Mardy. Esveillé à cinq heures et demie après minuict, doulcement... Prie Dieu. A six heures et ung quart, desjuné... Va à l'église. A sept heures, monte à cheval. Part de Douay et en chassant par les chemins à voler les perdreaux, arrive à midy à Loudun pour la deuxième fois."
 - Ce 18 août 1620, et non pas le 17, Louis XIII passe donc par Montreuil, sans doute plus intéressé par la chasse, dont il raffole, que par notre ville qui n’est pas citée explicitement.
 Le mercredi 17 mai 1621 : "A onze heures et demie, monte à cheval. Part de Saumur et arrive à cinq heures à Thouars", écrit encore le médecin de Louis XIII. Encore une fois, Montreuil n’est pas cité bien que le roi y passât obligatoirement.
 - L.-A. Bosseboeuf écrit en 1895 qu’un hôtel de ville est créé à Montreuil-Bellay « par Louis XIII en personne, à son retour de La Rochelle en 1622 ».

Louis XIII semble bien être passé trois fois par notre ville. Cette plaque aurait été posée au XXème siècle par un président de l'Office de tourisme montreuillais.

*

4 - Corniche de la maison au haut de la rue du Tertre.


Un écusson et une date sur le corniche de la maison au haut du Tertre et dont l'entrée donne sur la rue du Marché.
- La date surprend, gravée sans doute sur une corniche nettement plus récente car, au début du XVIIe siècle, il n'y avait pas de corniche sur les maisons ; le bas de la toiture se terminait souvent alors par un coyau qui renvoyait l'eau de pluie loin de la maçonnerie pour la protéger.
- Les initiales de l'écusson peuvent être celles des propriétaires de l'immeuble. Elles encadrent ce qui semble être un Coeur Sacré de Jésus au-dessus d'un croissant de lune. Qui déchiffrera ce symbole ?

  Coeur Sacré de Jésus extrait du Net.


*

5 - Graffiti sur un pilier du cloître du monastère bénédictin, dit des Nobis, rue Georges-Girouy.


Ce graffiti se trouve sur l'un des piliers de l'aile ouest du cloître de l'ancien monastère bénédictin des Nobis bâti entre la rivière du Thouet et le tertre sur lequel se dresse la ville close.
C'est vers 1050 que Grécie, veuve de Berlay II, seigneur du fief, fonde un premier prieuré bénédictin que la tradition populaire appelle "Les Nobis", de Ora pro nobis. En 1098, Berlay III, petit-fils de Grécie, agrandit la communauté en exigeant la résidence de 12 moines.
Le dimanche 28 février 1305, Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, est accueilli dans le prieuré de Montreuhl-Berlay aux despens du prieur. Le 5 juin suivant, le dit archevêque est élu pape en Avignon.
Détruit en 1568, pendant les Guerres de Religion, le monastère est entièrement reconstruit à partir de 1710. Jamais achevé, le cloître en comporte que deux ailes. Sa cour intérieure est planté des buis et de deux majestueux taxus bacata (ifs) aux branches parfois bizarrement antées.

*

6 - L'onguent dia-merdis, au 70 de la rue de la Mairie.


Deux personnages simiesques. Pendant que l'un s'exonère, semble-t-il péniblement si l'on remarque la position de ses mains, l'autre malaxe les matières dans un mortier à l'aide d'un pilon.

Voir aussi le cliché 10.
Retrouver la préparation de cet onguent dia-merdis en cliquant sur le lien :   

*

7 - Tourelle de la courtine nord-ouest du château, rue du Boelle. 


L'une des tourelles de la courtine du château qui domine l'ancien Boelle, ou cour basse dans laquelle se réfugiaient les villageois lors des sièges, le seigneur devant, au temps où il était corvéable à merci, protéger son bon peuple à qui il demandait de travailler pour lui.
Un dessin de Gaignière, daté de 1699 - peut-être parfois quelque peu fantaisiste ? - semble indiquer que ces tourelles étaient autrefois couvertes d'un toit conique. D'autres dessins suggèrent la présence de hourds..


*

8 - Immeuble dit Ancien presbytère Sainte-Catherine, impasse Paul-Painlevé, non numéroté.


Sorte de bretèche ornementale accolée au portail d'une importante demeure que l'on dit - sans preuves certaines - être l'ancien presbytère de l'église Sainte-Catherine. Cette dernière, qui a donné son nom au port sur le Thouet, aménagé en 1862, semble avoir été plutôt une petite chapelle située au-dessus de ce port et le long de l'ancien chemin qui allait - rive gauche de la rivière - du Puy-Notre-Dame au Coudray-Macouard, avant que ne fût percée au XIXe siècle l'actuelle grande route de Saumur qui part de la place de l'Etoile. Une croix indique la chapelle sur un plan du XVIIIe siècle.

9 - Fleurs de lys, mur est de l'ancienne église Saint-Pierre, rue Georges-Girouy.


Fleurs de lys subsistant des peintures intérieures de l'ancienne église Saint-Pierre dite des Nobis (décrochement du mur latéral nord). Elles sont de type standard, à feuilles décollées nervurées et à pied unilobe, proches de celle-ci : 

         
                  
La fleur de lys est l'une des quatre figures les plus populaires avec les multiples croix, l'aigle et le lion.  et Le lys se retrouvera ainsi sur les monnaies des villes ayant Marie pour patronne dès avant 1000, mais il serait faux d'en faire un signe presque uniquement marial de même qu'il est impossible d'y voir celui du pouvoir en soi. Comme symbole de l'élection divine, le lys symbolisera les élus de Dieu, ceux qui accèderont à la Jérusalem céleste. (Wikipédia)

Les ruines romantiques de l'ancienne église paroissiale, au pied du tertre sur lequel s'étale la ville close, indiquent l'emplacement du bourg primitif né à proximité d'un gué sur la rivière du Thouet.
Si l'abside conserve encore quelques beaux chapiteaux historiés de pur style poitevin (voir les clichés 11 et 19) qui datent de l'époque romane de son érection au milieu du XIe siècle - sur l'emplacement d'une plus ancienne chapelle -, les autres murs rappellent les dommages subis et les reconstructions successives.
Au XVe, l'humidité du coteau contre lequel elle s'appuyait provoque son effondrement. Rebâtie par les d'Harcourt et consacrée en 1484, elle est incendiée par les Huguenots en 1568. De nouveau restaurée, elles est désaffectée le 23 mai 1810 parce que trop vétuste et dangereuse. Le culte est alors transféré dans la collégiale du château, dans la ville haute. En 1843, elle devient carrière de pierre.

10 - L'onguent dia-merdis, au 70 de la rue de la Mairie.


L'homme de science, à la barbe d'un sage - l'apothicaire ? - et un livre dans la main, surveille l'opération de la fabrication de l'onguent à la merde du jour.

Voir aussi le cliché 6.
Retrouver la préparation de cet onguent dia-merdis en cliquant sur le lien :

11 - Chapiteau des deux langues, abside de l'ancienne église Saint-Pierre, rue Georges-Girouy. 


Voir aussi le cliché 19 et l'historique du site au cliché 9.

Une autre piste très riche...

Ce chapiteau, rare dans les églises romanes, est bizarrement abondamment présent, sous différentes représentations (voir ci-dessous), dans les ruines de Saint-Pierre.
Il y a déjà ces deux rinceaux qui sortent de la gueule du monstre, dualité qui peut évoquer l'ambiguïté du Christ "bienveillant aux bons, redoutable aux méchants", d'après saint Jérôme (Zodiaque, Lexique des symboles). 
Le tailleur de pierre du Moyen Age peut aussi rappeler aux fidèles que l'homme est naturellement hypocrite et qu'il pratique journellement le double langage : ce qu'il dit est parfois très loin de ce qu'il pense. Mais pourrait-on vivre en société en disant toujours ce que l'on pense ? D'où l'invention de la confession par l'Eglise pour essayer de sonder les âmes... 
Ce même sculpteur libre-penseur peut également suggérer que ce que l'on nous enseignait dans ce lieu n'était pas obligatoirement "paroles d'évangile".
L'humour va parfois encore plus loin, et certains chapiteaux de Saint-Pierre font entrer dans les oreilles les rinceaux sortis de la bouche ou de la gueule : si ce que vous dites est souvent mensonges, ce que vous entendez l'est aussi, sachez-le...
Sagesse médiévale qui semble bien perdue.

Trois masques dans ce chapiteau, et les rinceaux pénètrent dans les oreilles.

Autre représentation :

*

12 - Monstre au sommet du mur du pignon ouest de l'ancien Hôtel-Dieu Saint-Jean.

*


13 - Cadran solaire, mur sud de l'ancien Greffe de la Baronnie, 42, place du Marché.


*

14 - Cadran solaire, pignon sud de l'immeuble au 1 place du Marché, entrée de la rue Dovalle.


Ce grand cadran solaire a été sauvé en mars 2002 à la suite de l'initiative de l'Association montreuillaise des Vieux Cailloux qui prit en charge les frais de peinture. Les propriétaires, Claudine et Gérard Dommée, faisaient alors restaurer leur belle demeure du XVIème siècle par l'entreprise de Robert Lescureux. Jimmy Sigogne recreusa les éléments du cadran qui avaient quasiment été effacés par le temps, le temps éternellement fluide que ce cadran était chargé d'indiquer aux passants.
Les Vieux Cailloux, association créée au début des années 1980 par Jacques Guézénec, s'était donné comme but d'interpeller les Montreuillais pour les inciter à protéger leur patrimoine menacé. La démolition de l'hôtel de la Galère, en centre-ville, et la construction d'un lotissement iconoclaste devant la belle ligne des remparts de la Perruche avaient été à l'origine de cette création.
Les Montreuillais doivent aux Vieux Cailloux le sauvetage de la vieille maison de la rue des Lauriers, aujourd'hui magnifiquement réhabilitée, et surtout celui de l'ancienne église des Grands Augustins - longtemps occupée par un garage de réparations pour les automobiles - qu'ils avaient louée pour des conférences et expositions avant qu'un mécène prît le relais pour lui rende sa splendeur d'antan. Toutes deux devaient être démolies.

15 - Cadran solaire, 5, rue de la Mairie.


Curieux cadran solaire si la lune a remplacé le soleil ; de même sa situation sud-est ne lui permet pas d'indiquer l'heure longtemps dans la journée.

 Les os alignés sont visible au haut du mur donnant sur la rue à gauche du cliché.
Le cadran solaire est au-dessus de l'ancien portail d'entrée de l'hôtel, devenu une fenêtre.

Il faut aussi signaler que ce même immeuble présente dans son mur de la rue du Bellay une série d'os bizarrement alignés. Autrefois, c'était un hôtel, comme le rappelle un balcon donnant sur la cour intérieure, balcon qui permettait d'accéder dans les chambres à l'étage. Le portail sur la rue de la Mairie, par lequel les voitures pénétraient dans cette cour, a perdu de sa hauteur à la suite de l’exhaussement de la chaussée au cours des siècles. Ces os pourraient évoquer une "auberge rouge" pour prévenir toute grivèlerie d'hôtes indélicats, mais ils sont de moutons, et non pas humains.
Pouvaient-ils retenir une vigne qui courait au haut du mur exposé au sud ?
Le 23 octobre 2012 : Jacques Guézénec, "mon" président des Vieux Cailloux, vient de m'écrire que des visiteurs du Sud-Ouest lui ont dit que ces os étaient des points d'attaches pour mettre le chanvre à sécher, celui-ci étant destiné à la confection de cordes.

*
16 - Ornementation d'une clé de linteau de porte d'entrée, 152, rue Porte-Nouvelle.



*

17 - Corbeau sculpté, immeuble XIXe siècle, non numéroté, face au 193, rue Nationale.


*

18 - Niche, façade nord-est de la Porte dite Nouvelle, rue de la Porte-Nouvelle.


Cette niche au-dessus du passage entre les deux tours latérale de la Porte de ville, abritait autrefois une vierge qui accueillait les pèlerins qui entraient dans la ville close, venant de Saumur par la rive droite du Thouet, cheminement normal jusqu'à l'ouverture de la nouvelle route par la rive gauche. Il existe aussi de ces niches à la façade sur rue de maisons particulières. Comme ci-dessous, proche de la précédente, au 147 de la Porte-Nouvelle.


*

19 - Chapiteau de l'homme qui marche, abside de l'ancienne église Saint-Pierre, rue Georges-Girouy.


Voilà en vérité un curieux individu à la marche volontaire. Ce personnage se rencontre surtout dans la péninsule ibérique et semble vouloir représenter les envahisseurs/occupants, souvent diabolisés, que furent pendant des siècles les arabes pour l'Eglise catholique. Nos instituteurs nous ont appris qu'ils ont hanté notre région au VIIIe, le mythique Poitiers n'étant qu'à 80 kilomètres de Montreuil-Bellay. Il est peut-être lieu de rappeler ici qu'il y a abus de vocabulaire quand on parle "d'arabes". Il faudrait plutôt parler de musulmans, car c'étaient principalement des berbères islamisés de Mauritanie tingitane - aujourd'hui le Maroc - conduits à partir de 711 par quelques chefs arabes pour conquérir l'Europe occidentale. Rappelons que l'un de ces valeureux guerriers berbères, Tarik (parfois écrit Tarak) Ibn Ziyâd, a donné au passage son nom au massif montagneux qui dominait la plage sur laquelle son armée avait débarqué : Gibraltar (Jjebel Tarik - ou Tarak - جبل طارق).

Voir aussi le cliché 11 et l'historique du site au cliché 9.
*

20 - Armoiries de la ville, 163, rue Rasibus.


Voir aussi cliché 1.
*

21 - Une locomobile, 154 de la route de Doué. 


Retrouver l'histoire développée de cette locomobile en cliquant sur ce lien :
http://jacques-sigot.blogspot.fr/2012/05/une-curiosite-montreuillaise-la.html

6 juin 2012

Montreuil-Bellay, un instantané

.
Cliquer sur les clichés pour les agrandir.

J'aime l'âne si doux passant le pont du Thouet...

D'Angoulême au Mont-Saint-Michel

Ce mardi 5 mai 2012, passait le pont sur le Thouet un couple de marcheurs. L'homme et la femme tenaient chacun à bout de longe un âne chargé de l'intendance nécessaire au bivouac du soir.
Parti d'Angoulême, le pittoresque équipage entendait gagner pédestrement le Mont-Saint-Michel. N'eussent été les véhicules automobiles que l'on découvre à l'arrière-plan dans la rampe qui monte vers la vieille ville, on aurait pu, sur fond d'église et de château, se croire revenu à la fin du Moyen Age quand la foi jetait sur les chemins et les routes chevaliers et manants au pas lent et serein de l'animal.

Montreuil-Bellay et le pèlerinage à Compostelle

La ville close était-elle sur l'un des itinéraires qu'empruntaient les Jacquets pour gagner la Galice ? Oui, si tous les chemins conduisaient à Saint-Jacques-de-Compostelle, comme ils le faisaient pour Rome... Montreuil-Bellay pouvait être sur un itinéraire secondaire qui passait par Le Mans et Parthenay...
En témoignerait la mérelle - nom donné à la coquille que les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle avaient coutume d'accrocher à leur veste pour se reconnaître - sculptée dans le tuffeau du linteau d'une fenêtre, aujourd'hui murée, donnant sur une courette de la rue du Tertre. Était-ce une halte pour les marcheurs qui venaient de descendre le vieux cheminement de la rue Chèvre, puis de traverser le Thouet sur les ponts gothiques qui se sont effondrés pour la dernière fois dans la seconde moitié du XVIème siècle?


Une petite cour dans la montée du Tertre.

27 mai 2012

Château de Montreuil-Bellay, Pentecôte 2012

.
Cliquer sur les photos pour les agrandir

                               Montreuil-Bellay, ville close de l'Anjou
                                            (Archives Michel Mercier)

                       Les îles du Thouet au pied de l'ensemble castral
                                          (Archives Michel Mercier)

Du Thouet au Thouet via le château, panoramique de 250 °...  
        (Photos Jacques Sigot)           
               



 


                                           Le Château Neuf vu de l'ouest
                          avec deux de ses grosses tours du XIIIe siècle.




25 mai 2012

Les collégiens de Beaufort sur le site du camp

.
Depuis plusieurs années déjà, des professeurs des classes de 3ème du collège Molière de Beaufort-en-Vallée ajoutent à leur programme l'histoire du camp de concentration de Montreuil-Bellay pendant la Seconde Guerre mondiale.
Ils accueillent en premier dans leur établissement, pour une conférence, Sandrine Renaire, présidente de L'AMCT (Les Amis du Camp Tsigane de Montreuil-Bellay) et petite-fille d'anciens internés.
Puis ils organisent des sorties sur le site, comme ce vendredi 25 mai.

Jean-Richard et Jacques Sigot, les deux vice-présidents de l'AMCT, les accueillent. 
C'est tout d'abord, devant la maquette du camp, le rappel historique des principaux internements, de Républicains espagnols qui, hiver et printemps 1940, ont été obligés de participer, surveillés par des militaires, à la construction de l'usine de guerre, pour ne pas être refoulés dans l'Espagne franquiste. Ce devait être une poudrerie, mais elle n'était pas terminée quand les Allemands entrèrent sur le territoire de la commune de Montreuil-Bellay le 21 juin... Les derniers internés furent, de janvier à novembre 1945, des civils allemands raflés dans l'Alsace et la Moselle reconquises, et déportés à Montreuil-Bellay comme otages. 
Mais ce furent surtout des nomades (Mânouches, Gitans, Roms, Yénishs) qui, de novembre 1941 à janvier 1945, restèrent le plus longtemps derrière les barbelés électrifiés de la route de Loudun.

Les deux animateurs expliquent les ruines des anciens bâtiments, avec surtout la visite de la prison souterraine, le seul vestige intact de l'ancien camp. Elle a même conservé sa porte d'origine et des barreaux de fer à l'un de ses deux soupiraux.

Trois camionnettes de Mânouches, de passage sur la route qui longe le site, klaxonnent les collégiens. Hommage à la reconnaissance, par de jeunes Français, d'une histoire longtemps occultée.

                                              Les collégiens et leur guide sur le toit de la cave/prison.
                                                                        (Cliquer sur la photo pour l'agrandir)

Le site du collège Molière de Beaufort-en-Vallée
http://www.collegemoliere.lautre.net/

14 mai 2012

Montreuil-Bellay en 1938 et en 1926


Cliquer sur les documents pour les agrandir

Montreuil-Bellay dans des publications anciennes...

- Dans un guide officiel édité en 1938 par leSyndicat d'Initiative de l'Anjou.


- Dans une coupure de journal avec un précieux article d’André Hallays décrivant ma petite ville, et principalement son ensemble castral. J’ignore le titre du journal et quand a été publié cet article. Pourtant, au verso de celui-ci, une publicité me permet de supposer son origine – presse parisienne – et une date approximative de sa parution : été 1926. En effet, j’y découvre les lignes suivantes : Train spécial à prix réduit pour Fontainebleau, Thomery et Moret. Pour favoriser les excursions dans la région de Fontainebleau, la compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée met en marche, tous les dimanches, jusqu’au 19 septembre 1926, un train spécial à prix réduit
Voici cet article en son entier avec le dessin qui l'accompagne.


Notre France

Montreuil-Bellay

De mon excursion à Montreuil-Bellay, j’ai rapporté le souvenir d’un beau château, d’un site charmant, de vieilles peintures très précieuses et de quelques historiettes propres à intéresser les balzaciens. D’ailleurs, c’est le charme de toutes les promenades en France que ce pêle-mêle d’impressions variées, ce divertissement alterné des yeux et de l’imagination : l’histoire, évoquée par l’élégante tourelle qui surgit au faite du coteau chargé de verdure et de fleurs, le paysage entrevu dans le cadre que lui dessine la croisée d’un vieux logis, le murmure du passé mêlé au chantonnement des rivières sinueuses et au frémissement des peupliers, les longues routes égayées de belles ruines, de vallées ombreuses et d’anecdotes imprévues.

*
* *

Une ceinture de vieux remparts enveloppe Montreuil-Bellay. Des grosses tours à bossages encadrent la porte du bourg, qui apparaît blanc, propre et fleuri derrière ses lourdes murailles. Quelques jolies maisons de la Renaissance se détachent parmi les constructions modernes. Les jardinets débordent de roses. Des lauriers touffus décorent la cour de petites auberges. Sur le coteau escarpé, au pied duquel coule le Thouet, se dresse le château ; ses murs et ses tours font partie des défenses de la ville.
Du vieux château féodal, il reste peu de chose. La barbacane à double porte, les tours massives de l’entrée, le sombre logis des hommes d’armes, voilà les seuls débris de la citadelle du moyen âge. Le château neuf date de la seconde moitié du XVe siècle. Ces tours élégantes, ce joli promenoir qui suit les terrasses, ces petites tourelles effilées, c’est l’aube de la renaissance. La recherche de la beauté, la passion de la vie ont transformé la vieille forteresse.
Elle a la grâce un peu maniérée de cette époque indécise et charmante, la vieille collégiale du château, devenue maintenant la paroisse du bourg. Décors de feuillages et de choux frisés, niches ajourées, nervures prismatiques, fenêtres trilobées, on y trouve toute l’ornementation du flamboyant, un peu simplifiée par le vandalisme des hommes et les injures du temps. La nef est superbe, d’un jet vif et puissant.

Revenons à la cour du château. Voici les vieilles cuisines dont le seul aspect évoque l’idée de formidables ripailles. Elles ont trois cheminées : deux qui se font face, accolées aux murailles, et une troisième au centre de la salle. Le foyer de cette dernière est placé sous une haute pyramide de briques ; on y ferait rôtir des brochettes de moutons.
A côté des cuisines, appuyé au mur d’enceinte, s’élève un châtelet en forme d’équerre, avec quatre petites tours rondes à demi engagées dans la construction. Les fenêtres ont leur double meneau. Les lignes des toitures sont d’une délicate simplicité. Rien ne saurait rendre l’élégance de ce petit logis qui servit, dit-on, d’habitation aux chanoines de la collégiale.
L’édifice principal est le fragment d’un château inachevé. De la muraille qui, provisoirement, fermait la construction vers l’est, on a fait une sorte de façade et, sur ce pignon, l’on a ouvert des fenêtres surmontées d'arcatures fleuries. Regrettons un peu ces fenêtres importunes, mais sans trop y insister : les vieux châteaux sont mieux conservés lorsqu’ils continuent d’être habités, mais encore faut-il qu’ils soient habitables pour les hommes d’aujourd’hui ; d’ailleurs, Montreuil-Bellay semble entretenu avec goût et intelligence…
Dans la chapelle domestique du château, nous avons la vision la plus parfaite et la plus claire de cet âge charmant de l’art français que fut la fin du XVe siècle…
« A gauche de la chapelle est un petit bosquet avec un jardin fruitier. Ce terrain est en forme de pointe de chemise et peut contenir un demi-arpent. Ce jardin a une galerie qui règne sur la rivière avec des tours en cul-de-lampe et crénelées qui font un assez bel effet au-dehors par leur propreté et leur élévation. Cette galerie a aussi été découverte il y a environ quarante ans. »
Cette description date du XVIIIe siècle (*). Rien n’a été depuis modifié en cet endroit.

On accède à ce promenoir par une jolie tour d’escalier aux fines balustrades. Par l’embrasure de chacun des créneaux de la galerie, le regard plonge dans la vallée du Thouet. Jusqu’à la rivière, un flot de ronces et de verdures ruisselle sur des décombres de terrasses et des ruines de murailles. Le Thouet se divise par des îlots plantés de saules et de peupliers, et ses eaux paresseuses dorment sous les nénuphars d’or. Ça et là émergent les débris d’un pont très ancien. Au milieu d’un jardin aux frondaisons désordonnées, se cachent les pans de mur et l’abside à demi écroulée de l’église romane d’un prieuré de bénédictins. Sur l’autre rive, le coteau s’élève par une inclinaison plus molle vers les champs et la forêt.

(*) Description rédigée vers 1760 par les ordres du duc de la Trémoille lorsqu'il fit l'acquisition de la baronnie de Montreuil-Bellay.


- En dehors de la lithographie et de la photographie ancienne, clichés de Jacques Sigot.


Photo ancienne correspondant au dessin (DR)

Le même site, hiver 2005...

et le 25 mai 2012.

Montreuil-Bellay 1926 
en images d'aujourd'hui...

L'ensemble castral au XIXème siècle
Lithographie de Thomas Drake (1818-1895) 

Photographié le 25 mai 2012.

En maintenant sur les pas d'André Hallays...

Une ceinture de vieux remparts enveloppe Montreuil-Bellay.

Des grosses tours à bossages encadrent la porte du bourg.
Voir : Dossier sur les bossages


Quelques jolies maisons de la Renaissance...


Sur le coteau escarpé... se dresse le château ;
ses murs et ses tours font partie des défenses de la ville.
Voir : Le château de Montreuil-Bellay

 La barbacane à double porte...

Les tours massives de l'entrée...

Le château neuf date de la seconde moitié du XVe siècle.

... la vieille collégiale du château, 
devenue maintenant la paroisse du bourg.

La nef est superbe, d'un jet vif et puissant.

Ce joli promenoir, qui suit les terrasses... 

On accède à ce promenoir 
par une jolie tour d'escalier aux fines balustrades.

Voici les vieilles cuisines... 
Le foyer... est placé sous une haute pyramide de briques... 

... un châtelet en forme d'équerre, 
avec quatre petite tours rondes 
à demi engagées dans la construction. 

Le Thouet se divise parmi des îlots plantés de saules et de peupliers.
Voir : Le Thouet à Montreuil-Bellay

Çà et là émergent les débris d'un pont très ancien.


... et l'abside à demi écroulée de l'église romane 
d'un prieuré de bénédictins. 
Sur l’autre rive, le coteau s’élève par une inclinaison 
plus molle vers les champs et la forêt.

Merci de votre visite...

Dans l'abside de l'ancienne église paroissiale
ce chapiteau des 2 langues, tout un programme...
la sagesse médiévale :
Ce que l'on pense et ce que l'on dit...
Alors, méfions-nous de ce l'on nous dit...
Vous voilà prévenus !

9 mai 2012

Valérie Trierweiler et Montreuil-Bellay

Le 25 avril 2012, le quotidien Ouest-France publiait plusieurs articles sur Valérie Trierweiler. Dans l'un d'eux, elle évoquait la petite ville angevine de Montreuil-Bellay, à une quinzaine de kilomètres au sud de Saumur, baignée par la rivière du Thouet, affluent de la Loire.

Je souhaite reposer à Montreuil-Bellay
C'est de là que vient ma famille maternelle. J'y ai beaucoup de souvenirs, de bons souvenirs. Nous y allions en vacances quand nous étions enfants. Plus tard, j'y ai acheté une petite maison où j'ai passé des étés heureux. Mais je ne l'ai plus. Je n'y ai plus de famille non plus. C'est pourtant un lieu auquel je suis très attachée. J'y ai été baptisée, je m'y suis mariée. Et c'est là où je souhaite être enterrée.

La petite maison de Valérie Trierweiler 
vue du pont Napoléon sur la rivière du Thouet.


Le port Sainte-Catherine au bas du jardin.


Mariage tsigane à Montreuil-Bellay en 1885


Mariage romantique des Zingares (Zingari) Koushites

en 1885 à Montreuil-Bellay

 

Pré au pied de la vieille ville

Extrait du blog de Denis Toulmé : Fils du Vent
Ouvrir ce lien pour retrouver la source.

Le mariage Zingare koushite selon Alphonse-Louis LALLY 
Voici, selon l'ordre chronologique, comment s'est déroulé le mariage dans le roman d'Alphonse-Louis LALLY, Hakkini Bougouri, 1930.



Danse de Tsiganes dans le pré
Photographie tirée du livre Sur les traces des derniers nomades, Hachette, 1962
 
Au cours d'une partie de pêche organisée, le père de la prétendante mis au fait des volontés conjointes  de son fils adoptif, un gadjé récupéré sur la route, et de sa fille de s'unir, rappelle à son futur gendre les valeurs morales inhérentes à un bon mariage et interroge le jeune homme sur son aptitude à construire un foyer heureux.
Cette formalité réalisée, le père autorise le soir même le Baiser des fiançailles devant le clan assemblé. "Ce baiser vous liera pour jamais et l'infidelité à la foi jurée chez nous est toujours sévèrement punie." Page 82
Les fiançailles durent 12  mois. Période durant laquelle Hakini, le prétendant doit aider la jeune femme Maïne, au surnom de la Zoraiya (étoile du matin), à se garder sans reproche et sans tache.
**********
Les 12 mois se sont écoulés lorsque le douze juillet 1885, le mariage se prépare à Montreuil-Bellay (49).
Les roulottes sont arrivées la veille et se sont installées dans un pré que les Zingares Koushites connaissent. De bon matin, le brigadier de gendarmerie Mignot est dépêché pour contrôler que l'installation est en règle. Et en effet, les Bohémiens avaient acquitté le prix de leur location de 50 francs au propriétaire du pré. Le brigadier apprend en outre que les 40 roulottes sont réunies pour les célébrations d'un mariage.
Tout le monde s'active pour nettoyer le harnachement des "chevaux enrubannés ou fleuris". Le nettoyage des roulottes, disposées en arc de cercle non tendu parallèlement à une haie vive, est du ressort des femmes.
Une délégation qui comprend le futur mari, se rend en ville (Saumur) pour acheter "la pâtisserie et les liqueurs".
Les cadeaux pour  les mariés :
- la roulotte des mariés, cadeau du chef et père de la mariée.
- le mobilier, offert par la "mama",
- un cheval offert par le fils aïné du chef, le beau-frère Képens,
- le trousseau ainsi que les bijoux offerts par la tante de Maïne,
- la toilette nuptiale et les couverts en argent apporté par les cousines dont Mina,
- Fleurs et parfums "indispensables à tout mariage Zingare" du fait de la cousine Michaëla,
- 500 pistoles en or des proches parents.

De jeunes filles décorent la roulotte nuptiale "présumé tombeau de la vertu de la Zoraïya". "La main des vierges ayant seule qualité pour placer les plantes décoratives et les fleurs". Page 126
Les plantes décoratives : lierres, buis, houx, oeillets blancs, roses trémières.
La mariée a pris un bain prolongé dans la rivière. Les coiffeuses "débroussaillent la masse capillaire qui sèche sur ses épaules et jusques à terre."
Le soir vient, puis la nuit. Le son du cor retentit soudain. C'est la vieille Hogar, la doyenne du groupe, qui, juchée sur le toit de sa roulotte, invite chacun à se rapprocher des tables.
Les serveuses distribuent fourchettes, plats de fer battu, gobelets d'étaim, chauteaux de pain.
L'épouse apporte à l'époux les éléments du premier service à eux destinés. La coutumes permet à la femme de manger avec son mari les soirs d'épousailles zingares.
"Les célibataires, les veufs, les isolés sont servis par celle qui n'ont pas ou plus charge d'époux."
Le repas a alors lieu. 

 A la fin, "une minute de profond recueillement" réunit les participants, et, sur un signal donné par le chef, l'hymne istarien est entonné.
- A l'épouse, il est rappelé à la mariée que celle-ci doit obéissance, fidélité, dévouement à son époux.
- Au mari, chef de la nouvelle famille, "il est recommandé d'aimer, de protéger, de guider dans le dur sentier de vie" la nouvelle mariée.
Une fois l'hymne terminé, les assistants se lèvent et un long cri de "longue et heureuse vie aux enfants de Marius "(chef du clan), retentit par 3 fois.
Le soleil se lève. La musique est proposée aux convives. Les instruments se composent comme suit : violons, violoncelles, cithares, flûtes, une harpe, un basson.
Les mariés ouvrent la danse en compagnie des témoins.

A minuit, c'est le Coucher de la mariée, "dernière et significative phase des noces zingares".
Les proches des époux se dirigent vers la roulotte nuptiale dont ils gagnent le balcon, afin de préparer "l'Appel de l'épouse à l'époux".
Avant de monter l'escalier vers sa future demeure, la mariée demande à son père "la permission de monter". Le père refuse puisque cette roulotte a été construite pour accueillir un couple et non une personne seule. La mariée supplie alors et s'en remet à Ishtar : c'est pour se préparer et appeler son époux. Le père obtempère alors, s'en remettant également à la déesse.
Parvenue en haut de l'escalier, on aide la Zoraïya à venir à bout du symbolique ruban bleu jusqu'à ce qu'il cède et qu'elle puisse pénétrer à l'intérieur de la roulotte.
Maïne, "suivie de sa mère" entre enfin chez elle. Les autres rejoignent les parents proches et attendent "l'apparition de l'épouse au balcon de sa demeure fleurie".
La mère, à son tour, abandonne la jeune mariée.
La mariée apparaît vêtue d'un "léger vêtement d'amour", mousseline ou tulle transparente qui voile à peine les beautés de la vierge.
"Avançant sur ses babouches, logeant ses pieds nus et parfumés, la belle Zoraïya lentement détache l'autre ruban bleu qui lui ceint la taille et qui crie sa vertu". Elle le roule sur son doigt, puis le laisse tomber à ses pieds.
La jeune Koushite dit à tous qu'elle attendait l'amour.
Le marié souhaite ensuite la bonne nuit à tout le monde...

Une curiosité montreuillaise : une locomobile


La belle locomobile de Fernand Reclu

Après avoir passé le pont, vous escaladez la rampe pour aller vers Doué-la-Fontaine ou Angers ; sur votre droite, au numéro 154, une curieuse scène au-dessus de la porte.

En 1901, l’immeuble appartient à Fernand Reclu qui demande à un certain Lecocq de lui sculpter cette étrange machine
Intrigué, j’allai interroger son fils Albert, en février 1987. Ce pourrait être à première vue un tracteur tirant une charrue, mais c’est plutôt une locomobile utilisée pour arracher les ceps de vigne que l’on veut supprimer. Plus exactement une défonceuse, les roues arrière de la locomobile n’étant pas motrices, comme ici.
Nous sommes à la fin du XIXème siècle, et plus de la moitié du vignoble français a été dévasté par le phylloxéra, minuscule puceron que les Américains nous en envoyé vers 1860, comme ils nous avaient déjà offert l’oïdium dix ans auparavant. En 1884, quelque 67 départements sont atteints : 1.300.000 hectares de vignes détruits. Un déficit annuel évalué à 400 millions de francs-or. Quand on s’aperçoit que, greffé sur des plants américains immunisés, le cépage indigène résiste, on commence à reconstituer tout le vignoble national.
Pour reconstituer le sien, Georges Millin de Grandmaison (1893-1940) crée en 1894 deux champs d’expérience, l’un sur le calcaire dur de la Champagne de Montreuil-Bellay, l’autre sur les conglomérats d’argile rouge dans la forêt de Brossay. En 1905, il reçoit une médaille pour ses vins rouges à l’Exposition de Liège.

La photo qui a servi de modèle au sculpteur.

C’est alors que Fernand Reclu achète son énorme machine en Angleterre. Il me la décrit : Elle se compose de trois parties : la machine à vapeur propre-ment dite, avec sous le ventre une poulie autour de laquelle s’enroule un gros filin d’acier, est stationnée en travers à l’extrémité du champ ; un fourgon, avec une autre poulie, reste à l’autre extrémité du champ ; entre les deux, tirée par un câble, une puissante charrue creuse le sol jusqu’à 80 centimètres de profondeur ; la charrue, rappelée par le câble, retourne au fourgon sans travailler ; puis l’on recommence. Sur la route, le fourgon sert à transporter les briquettes de charbon et l’huile.
A Montreuil, il y a les trois frères Reclu, et à Brossay, les cinq frères Falloux. Cela avait du bon et du mauvais, m’explique Roger Falloux, le fils de Jules. Creuser aussi profond arrachait toutes le vieilles racines, mais en même temps, tous les cailloux et l’argile remontait à la surface. Aujourd’hui, on va beaucoup moins creux. Les Falloux défonçaient le terrain et replantaient, travaillant au forfait avec garantie de reprise. Pour se payer, ils se réservaient parfois les six premières années de récolte. En réalité trois, parce que la vigne ne produit que la quatrième année.
La défonceuse de Fernand Reclu est toujours là, figée dans le tuffeau, plus d’un siècle après…