3 févr. 2015

Quand les Tsiganes stationnaient leur verdine à Montreuil-Bellay

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Avant que le Gouvernement français ne décide d'interdire de circuler librement à ces populations trop différentes pour qu'on acceptât de les voir s'installer temporairement où bon leur semblait, il leur imposa, en juillet 1912, un nom spécifique qui permettrait de les distinguer et qui leur collerait à la peau : celui de nomades : gens sans domicile fixe ni travail défini.
Avant qu'ils ne soient parqués derrière les barbelés électrifiés de la route de Loudun, ces "nomades" venaient parfois stationner sous nos pittoresques murs, loin d'imaginer que Montreuil-Bellay serait bientôt pour eux une ville maudite.



Pour illustrer cette page, comment ne pas alors choisir cet idyllique tableau qui présente, stationnée près de la Porte du Moulin, une verdine [ou vardine, ou roulotte] de Manouches, véhicule hippomobile comme j'en vis tant dans mon enfance beauceronne ?

Nous sommes bien en 1929 à Montreuil-Bellay, comme il est indiqué tout en bas sur la gauche du carton ; le nom de l'artiste, sur la droite, n'est quant à lui pas lisible.Je garde depuis de nombreuses années cette précieuse reproduction photographique dans mes archives, mais ne me rappelle pas comment je me la suis procurée.

Le rituel panneau "Interdit aux nomades" ne devait donc pas se trouver à proximité de l'ancienne porte médiévale de la vieille ville, quoiqu'il n'eût sans doute pas empêcher nos hôtes indésirés de stationner là.

Photo du Net. DR.

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Pour la Mairie de Paris, ce sont tous des "Roms" ! [sa définition du mot dans mail reçu de la  Médiathèque Fnasat-Etudes tsiganes le 31 mars 2015 : « La Mairie de Paris dans le cadre de la Journée internationale des Roms, vous convie à... » :




Le terme «Roms» couvre diverses populations qui présentent plus ou moins les mêmes caractéristiques, telles que les Sintis (Manouches), Gens du voyage, Kalé, etc., qu’ils soient sédentaires ou non ; selon les estimations, environ 80 % des Roms sont sédentaires.

Ce que, comme la plupart des intéressés,  ne pense pas Jean-Jean, mon ami Mânouche. Pour lui, comme pour moi, un Corse n'est pas Breton...

Qui étaient-ils ; qui sont-ils ?  
Bohémiens ? Romanichels ? Egyptiens ? Manouches ? Sinté ? Gitans ? Kalé ? Gypsies ? Roms ? Yéniches ? etc., communément appelés aujourd’hui par nous - qui sommes pour eux des Gadjé - Tsiganes ou, administrativement, Gens du Voyage, expression qui n’a étrangement ni singulier ni féminin ; noter également la connotation dévalorisante du mot "gens".

La 3ème République, qui les stigmatisa et les poussa dans les camps, ne se posa pas tant de questions. A compter du 16 juillet 1912, elle les appela Nomades. Enfant, j’ai souvent lu ce mot sur des plaques qui voulaient les empêcher d'installer leurs verdines sur les places ou les friches de nos villages.

 Archives Jean Richard

  Par cette loi de 1912, les municipalités pouvaient interdire leur stationnement sur tout le territoire de leur commune. Depuis 1969, elles doivent les accepter au moins 48 heures, et les villes de plus de 5000 habitants doivent leur aménager une aire de stationnement décente et aménagée.

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D’où viennent-ils ?
Ce serait - mais tous les historiens ne semblent pas d'accord - un peuple originaire du nord de l’Inde qui, arrivé en Europe vers la fin du Moyen Age, se serait alors divisé en plusieurs groupes qui se seraient dirigés vers différentes zones géographiques, d’où la naissance de plusieurs "ethnies" parfois très différenciés ?

En décembre 2010, alors que je présentais à Ruffec (Charente), le film Liberté de Tony Gatlif, et que j'évoquais la supposée origine indienne des Tsiganes, je me fis violemment reprendre par un Voyageur qui affirma haut et fort leur présence beaucoup plus ancienne en Europe. Il cita alors Hérodote (vers 482 av. J.-C - 420 av. J.-C.) qui parle quelque part dans son œuvre d'un peuple nomade et forgeron, les Sigynnes. Mon censeur dit ensuite à l'assemblée que ces Sigynnes étaient les ancêtres des Tsiganes actuels.

P. Bataillard, dans le bulletin de la Société d'anthropologie de Paris (1875, volume 10, pp. 546 à 557) écrit qu'ils étaient appelés Sinti au temps d'Homère...

Rien de certain pour moi, donc, aussi me suis-je contenté de compiler ce que j’ai découvert dans les livres, et d’employer le conditionnel. J'accepte toute critique, prêt à corriger, à compléter, pourvu que la correction fût argumentée.

Essai pour expliquer les différentes appellations
Un peuple aurait donc quitté le nord-est de l’Inde, vraisemblablement au Xème siècle, sans que l’on en sût la raison exacte : famine ?  conflits ?  mercenaires plus ou moins déportés par les Perses parce qu’ils étaient bons musiciens et que la musique aidait à dresser les chevaux pour la guerre ?
Dominique Garrel propose une explication proche de la précédente : On ne connaît pas les raisons qui ont déterminé leur départ de l'Inde, mais d'après des textes mi-historiques, mi-légendaires, quelques milliers de Tsiganes auraient été envoyés par un roi de l'Inde à son cousin le roi de Perse pour exercer auprès de lui leur talent de musiciens.

1 – Vers 950, les archives de la Perse ancienne parlent pour la première fois d’eux sous le nom de Zots musiciens.  Ce peuple, ou une partie de ce dernier, aurait continué sa marche vers l’ouest et aurait atteint la Grèce vers le XIème siècle.
Alain Reyniers, dans son ouvrage les Tsiganes, une minorité écartelée, écrit qu’ils étaient à Constantinople à partir de 1050. Il les signale en Serbie en 1348, et à Dubrovnik en 1362.

2 – Certains se seraient installés en Grèce, au pied du mont Gypte, région appelée Petite-Egypte. C’est pourquoi ils furent parfois dits Egyptiens, d’où dérivèrent Gypsies et Gitans.

3 – N’étant pas de religion orthodoxe comme les autochtones, ils furent considérés comme hérétiques. Puisqu’ils ne touchaient pas les personnes rencontrées, on pensa qu'ils faisaient partie de la caste indienne des Intouchables, Atsinganos en grec, mot qui fut traduit par Tziganes, puis Tsiganes.

Evénement alors déterminant : à partir de la Grèce, ce peuple se serait divisé en trois grands groupes vers la fin du XIVème siècle, ou au tout début du XVème siècle.

4 – L'un d'eux se serait dirigé vers l’Europe de l’Est : vers la Valachie, la Moldavie, la Russie… mis le plus souvent en esclavage, les hommes et les femmes attachés à des seigneurs, ou à l’Eglise.
L'Eglise Moldave libéra ses esclaves en 1844, imitée en 1847 par l'Eglise de Valachie.  
Ceux-ci seraient les ancêtres des Roms.


 Affiche annonçant la vente d’un premier lot d’Esclaves Tsiganes par licitation à midi au Monastère de Saint-Elie le 8 mai 1852, lot qui se compose de 18 hommes, 10 garçons, 7 femmes et trois filles, en excellente condition. Cliché du Net. DR.

5 – Un deuxième groupe se serait dirigé vers l’Europe du Sud (l’Espagne), et certains auraient même continué jusqu’en Afrique du Nord – que d'autres auteurs pensent avoir été atteinte via l’Egypte.
Ils seraient les ancêtres des Gitans, le plus souvent sédentarisés de force.

6 – Un troisième groupe se serait dispersé dans l’Europe occidentale et septentrionale. Restées généralement itinérantes, ces familles seraient les ancêtres des Manouches, encore appelés Sinté ou Sinté piémontais. Ce sont elles qui furent aperçues pour la première fois en France en 1419, près de Bourg (Ain).
Les voici décrits dans la langue de l'époque par le Bourgeois de Paris lorsqu'il les découvrit du côté de Saint-Denis le 17 août 1427 ; Jeanne d'Arc devait mourir cinq années plus tard.
... les hommes estoient très-noirs, les cheveux crespez, les plus laides femmes que on pust voir, et les plus noires ; touttes avoient le visage couverts de plaie, les cheveulx noirs comme la queüe d'ung cheval, pour touttes robbes une vielle flaussoie très-grosse d'un lien de drap ou de corde liée sur l'espaulle, et dessous ung povre roquet ou chemise pour tous paremens. Brief c'estoient plus pouvres créatures que on vit oncques venir en France de aage d'homme...

7 – Lorsque des groupes de cette troisième vague traversèrent la Bohème, ils réussirent à se faire délivrer par le roi Sigismond des lettres de protection qu’ils présentaient là où ils s’installaient. D’où ce nom de Bohémiens qu’on leur donna souvent.
Sauf-conduit édité le 17 avril 1423 par Sigismond :
Nous, Sigismond, roi hongrois… notre Ladislav, chef de son peuple tsigane, nous a demandé humblement de solliciter notre indulgence exceptionnelle… Or, si Ladislav et ses gens apparaissent à un quelconque endroit de notre empire, en ville ou à la campagne, vous êtes priés de lui faire preuve de la même fidélité que vous avez à notre égard. Protégez-les pour que Ladislav et son peuple puissent séjourner sans préjudice entre vos murs... 

   Tsiganes photographiés par Carl Durheims en 1852 à la demande de la Suisse (créée en 1848) qui veut les ficher. Copyright : Wider das Leugnen und Verstellen de M. Gasser, T. D. Meier et R. Wolfensberger (1998).

8 – Au XVIIème siècle, apparut un quatrième groupe qui n’avait pas la même origine, mais qui allait adopter les mœurs des Manouches :  les Yéniches. Parce qu''ils ont le même mode de vie, il y eut et il y a toujours de nombreuses unions entre ces derniers et les Manouches.
Ayant perdu tous leurs biens pendant la terrible guerre dite de Trente Ans, dernière guerre de Religion qui ensanglanta l'Europe de 1618 à 1648, des familles de Yéniches ont fui l’Allemagne. Mais, contrairement aux Tsiganes d'origine indienne, ils peuvent être blonds aux yeux bleus, comme nombre de leurs anciens compatriotes.
Patrick Heugebert, dont un lointain parent a été interné dans le camp de Barenton (Manche), avant d'être transféré dans celui de Montreuil-Bellay où il est mort le 18 janvier 1943, à 53 ans, m'a récemment dit que lui et sa famille étaient Yéniches. Il ajouta qu'ils étaient des "Tsiganes blonds", terme que je découvrais dans sa correspondance.
9 – Libérés de l’esclavage, certains Roms prirent la route et se dirigèrent vers l’Ouest. Ils entrèrent en France dans les années 1870, après avoir traversé l’Allemagne qui venait de naître (en janvier 1871), puis l’Alsace et la Moselle annexées. Inquiets de cette « invasion », le Gouvernement français organisa en 1895 le premier recensement de ces itinérants.


 Le Petit Journal, 5 mai 1895.

  La légende de cette carte postale indique :  
Expulsion du territoire  français d'une bande de Bohémiens.

Une nouvelle vague de Roms immigra en France à la suite de la révolution de 1917 en Russie. La plupart s’installèrent dans la banlieue parisienne.

10 - Le 16 juillet 1912, la France avait désiré distinguer ces populations par un décret-loi, et l'on parla dès lors de Nomades, gens qui n'avaient ni domicile fixe ni profession définie. Ils se différenciaient donc :
- des Ambulants, qui possédaient un domicile et exerçaient une profession : commerçants citadins - épiciers, boulangers, bouchers, etc. -  qui effectuaient des "tournées" dans les campagnes où les boutiques étaient rares.
- et des Forains qui, bien que n'ayant pas le plus souvent pas de domicile, exerçaient un métier (cirque, manège ou baraque sur les marchés ou sur les fêtes).

        Bohémiens rétameurs dans les Vosges. (Photo du Net)

Revenons au décret loi du 16 juillet 1912.
Celui-ci imposait aux nomades :
- comme pour les criminels : la fiche ou le carnet anthropométrique (avec photo de face et de profil, empreinte des dix doigts, diverses mensurations).

Photo du Net. DR.

- le carnet de circulation, qui devrait être visé par la gendarmerie ou la mairie dans chaque commune où ils stationnaient.

 Photo du Net. DR.

Si les nomades, étant arrivés après la fermeture de la mairie, s'arrêtaient pour manger et dormir, ils étaient en état d'infraction. (François de Vaux de Foletier)

- Une plaque minéralogique fixée à l'arrière du véhicule.

 Photo du Net. DR

Ce furent ces mêmes nomades, distingués par ces trois obligations, qui furent internés dans des camps pendant la Seconde Guerre mondiale. Conséquence d'un nouveau décret, ce dernier du 6 avril 1940,

11 – De nouveaux Roms, dits Roms yougoslaves, arrivèrent en France à la fin des années 1980.

12 – Enfin, depuis l’entrée d'anciens "Pays de l'Est" dans la Nouvelle Europe, immigrent maintenant des Roms roumains et bulgares... que notre Président Nicolas Sarkozy aurait bien voulu renvoyer "chez eux" au cours de l’été 2010.

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Les Manouches et les Roms sont bien, même s'ils auraient la même origine, deux peuples différents : quand les Roms sont surtout sédentaires, les Manouches sont restés plutôt nomades.
Ainsi, pour les mariages :
- Chez les Manouches, les jeunes gens quittent discrètement les familles, pour les retrouver trois jours plus tard. Le couple est alors reconnu par la communauté.
- Chez les Roms, le mariage est convenu entre les pères.

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Verdine sur une route du Saumurois. (Photo Jacques Sigot)

A l'arrière-plan à gauche, la petite école du Coudray-Macouard où je fus instituteur pendant 22 ans. Peu après mon arrivée, en 1973, je vis mes élèves, pendant une récréation, se précipiter en criant : Les Manouches, les Manouches ! J'ignorais ce mot car chez moi, en Beauce, on les appelait Romanichels.
Ayant toujours un appareil photos sur moi, je courus pour rattraper la dernière verdine du convoi et j'ai pris cette image qui me rappelait les « roulottes » hippomobiles de mon enfance ; mais elles avaient alors des roues en bois ferrées.

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Ajout à la suite de l’audition d’une conférence sur les Tsiganes, conférence donnée à Rochefort par Elisabeth Clanet, dite Lamarit :

11 juillet 1682 : Louis XIV interdit les guerres privées dans une Déclaration du Roi contre les Bohèmes et ceux qui leur donnent retraite.
Les comtes, les ducs n’ont dès lors plus le droit d’avoir d’armée privée. Libérés, les hommes se reconvertissent dans le colportage, le commerce ambulant, le travail saisonnier et les services.
Après le rattachement de la Savoie à la France – en 1860 les Piémontais viennent en France chercher du travail. Exemple : des Sinté et leur cirque.
Après le rattachement de l’Alsace et de la Moselle à l’Allemagne – en janvier 1871 – beaucoup de Tsiganes préfèrent rejoindre la France.

En Europe de l'Ouest, les « Hongrois », qui avaient été esclaves sous les autorités ottomanes, se déplacèrent d'abord chez nous en charrettes ; aux haltes, ils dressaient des abris de toile pour s'y réfugier.
Apparition de la "roulotte"-habitat au XIXe siècle. Comme celle-ci ressemblait au wagon du chemin de fer, on l'appela wagen, en allemand, plus exactement Eisenbahnwagen, que l'on traduisit en français par vardine, ou verdine. 

24 janv. 2015

Tais-toi donc Grand Jacques

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Jacques Brel

Ce soir, à la télévision, Le Grand Échiquier, en hommage à Jacques Chancel qui vient de nous quitter.
Pendant des années, après avoir terminé la classe dans ma petite école du Coudray-Macouard, et après avoir couvert à bicyclette les sept kilomètres qui la séparaient de chez nous, à Montreuil, je prenais ma radio et allais cultiver mon jardin ; de 5 à 6 h, j'écoutais chaque jour Radioscopie.

Au cours de l'émission de ce vendredi, j'ai revu un autre Jacques, Brel de son nom, que j'ai rencontré une fois, par hasard en Afrique.
J'avais entendu ses premières chansons en 1960, dans le foyer de l'école normale d'instituteurs de Beauvais où j'étais alors élève après avoir été mis à la porte de celle d'Orléans. Je ne les ai jamais oubliées. J'ai acheté depuis le disque avec Il pleut (Les carreaux de l'usine sont toujours mal lavés) ; Il peut pleuvoir sur les trottoirs ; et surtout Grand Jacques, si proche du petit Jacques perdu dans la froide et triste Oise, orphelin de sa blonde Loire : ce que Brel disait sur les églises dont je n'ai fréquenté que les parvis, mais que j'ai beaucoup visitées ; sur les guerres, quand je ne fus jamais soldat ; sur l'amour qui m'a joué tant de tours...

Puis ce fut un nouvel exil, celui-là volontaire, comme coopérant culturel pour échapper au service militaire que cette coopération remplaçait alors, instituée par de Gaule un an plus tôt. Sept années au Maroc, de 1966 à 1973. Et là, l'une des grandes émotions de ma vie nomade : ma rencontre, donc,  avec Jacques Brel à Meknès, peu après mon arrivée, et une bière partagée...

   
Jacques Brel en 1971. (Photo du Net)

Le Grand Jacques qui, malade, savait qu'il allait bientôt mourir, avait décidé d'arrêter de courir les salles de spectacle ; mais il avait voulu auparavant offrir une tournée d'adieu. L'une d'elles l'a conduit au Maroc, et à Meknès.
Un samedi soir, il donna son récital dans le grand cinéma du Rif qui jouxte le collège du Riad dans lequel j'enseignais, dans le Nouveau Mellah, à quelque deux kilomètres de la ville moderne où j'habitais. J'assistai à cette soirée. Il était impressionnant, vivant chaque chanson de toute son âme tourmentée, de tout son corps, gesticulant, grimaçant, suant... 
Après le spectacle, je restai à discuter avec quelques amis devant le cinéma, les soirées sont si agréables au Maroc, après la chaleur de la journée. Et je rentrai enfin. M'approchant de la vieille Bab Mansour - l'une des très belles portes monumentales de la ville ancienne - je vis de loin un homme tourner comme un fauve près d'un petit taxi comme il y en a là-bas.

 Bab Mansour, dans la ville musulmane. (Photo du Net)
 
Je reconnus vite Jacques Brel et arrêtai ma voiture pour lui demander s'il avait besoin de quelque chose. - Oui, si tu pouvais me conduire à mon hôtel, parce que le chauffeur n'a pas l'air de savoir changer sa roue crevée. Je voudrais vite aller me coucher.
Nous chargeâmes ses bagages dans ma voiture et partîmes aussitôt pour l'hôtel Transatlantique, à Bellevue, tout près de la villa que nous louions ensemble, deux coopérants et moi.
- Si tu veux, viens me retrouver demain matin vers 11 h, je te paierai une bière pour te remercier, me dit-il après que je l'eus déposé.

 La vieille ville de Meknès photographiée de Bellevue, où j'habitais.

Je le retrouverai donc le lendemain matin au bar de l'hôtel, et nous bavardâmes pendant une petite heure. Je n'ai jamais oublié son immense tristesse, sa lassitude. Ce n'était plus le même homme que j'avais vu chanter la veille au soir. Ses cheveux longs encadraient son visage creusé par la fatigue... ou le mal qui le rongeait déjà.
Puis il est parti pour les Marquises, comme s'isolent les éléphants qui savent leur fin proche et qui veulent cacher leur décrépitude à ceux qui les ont admirés si grands, si forts.

Dernièrement, quand nous avons accompagné notre fille qui avait une conférence à Bruxelles, je suis allé en pèlerinage visiter le petit musée que la ville avait créé pour rendre hommage à son grand homme...

Sa chanson, Grand Jacques :

C´est trop facile d´entrer aux églises
De déverser toute sa saleté
Face au curé qui dans la lumière grise
Ferme les yeux pour mieux nous pardonner

 
Tais-toi donc Grand Jacques
Que connais-tu du bon Dieu ?
Un cantique une image
Tu n´en connais rien de mieux


C´est trop facile quand les guerres sont finies
D´aller gueuler que c´était la dernière
Amis bourgeois vous me faites envie
Vous ne voyez donc point vos cimetières

 
Tais-toi donc Grand Jacques
Laisse-les donc crier
 
Laisse-les pleurer de joie
Toi qui ne fus même pas soldat


C´est trop facile quand un amour se meurt
Qu´il craque en deux parce qu´on l´a trop plié
D´aller pleurer comme les hommes pleurent
Comme si l´amour durait l´éternité


Tais-toi donc Grand Jacques
Que connais-tu de l´amour
Des yeux bleus des cheveux fous
Tu n´en connais rien du tout


Et dis-toi donc Grand Jacques
Dis-le-toi bien souvent
C’est trop facile
De faire semblant.



22 janv. 2015

Retour en classe après 20 ans de grandes vacances


Voir aussi : Le Thouet 
                   Le Thouet angevin
 
Cliquer sur les documents iconographiques pour les agrandir.

Retraité depuis juin 1995 – mais chez les instituteurs, on n'est pas « retraité », mais « pensionné » – puisque j’ai quitté la petite école du Coudray-Macouard en 1995, j’ai été invité en ce mois de janvier 2015 par Marie-Laure Sécher, directrice de l’Ecole Sainte-Anne de Montreuil-Bellay, pour parler de la rivière du THOUET à ses élèves de CM1/CM2.


Dans la classe de Marie-Laure Sécher.

Les enseignants ont comme consigne d’évoquer le plus possible la géographie et l’histoire locales, d’où le choix du thème.
Pour moi, le plaisir de retrouver des élèves du même âge que ceux que j’ai accompagnés pendant près de quatre décennies.
 J’avais préparé un diaporama adapté au niveau des enfants.

Le Thouet
Nous partons de sa source, peu connue, au sud de Secondigny, dans les Deux-Sèvres, simple mare dans un champ et, pas à pas, nous suivons virtuellement le ruisseau qui élargit progressivement son cours.

 La source du Thouet, une petite mare dans un pré.

Un ruisseau après le moulin de Cossé.

 Une rivière peu après son entrée dans le Maine-et-Loire.
Le Thouet à Vieux-Moulin.

Sa rencontre avec des moulins, des lavoirs ; sa traversée des villes qui aimaient traditionnellement se bâtir sur les rives des cours d’eau : Parthenay, Thouars, Montreuil, pour les plus importantes. Quelques photos de beaux ponts gothiques, le plus remarquable étant sur le Thouaret, à quelques kilomètre au sud de Thouars ; sans oublier les pittoresques ruines de ceux de Montreuil, visibles de l’Ile aux Moines, succession de ponts qui joignaient les îles entre elles.

 Un pont élémentaire sur le Thouet,
dit à pas d'homme... ou de femme.



Le joli pont gothique sur le Thouaret, au sud de Thouars.
Etroit, il forme un coude.

Les ruines des vieux ponts gothiques de Montreuil-Bellay,
effondrés pour la dernière fois, et définitivement, en 1577.

Le Thouet absent des cartes de France
Une vue aérienne et un vieux plan montrent la confluence à Saint-Hilaire-Saint-Florent de la rivière avec la Loire. Expliquer alors que Le Thouet, comme la plupart des affluents du fleuve, accompagne parallèlement celui-ci un certain temps avant de se jeter dedans.

Je n’ai appris l’existence de ce Thouet que lorsque j’ai découvert Montreuil-Bellay où j’ai jeté l’ancre en 1973 après de nombreuses sédentarisations dans plusieurs villes ou villages, dont sept années à Meknès, au Maroc.
La rivière, pourtant longue de 152 km, n’existait pas sur les vieilles et belles cartes murales traitant de l’hydrographie de la France, cartes affichées dans les classes de mon enfance, de mon adolescence, et dans celles dans lesquelles j’enseignai. Pourtant, par exemple, elles situaient le « petit » Clain ; mais il est vrai que ce dernier arrose Poitiers, grande ville que l’Histoire cite souvent !
Alors… acceptons l'oubli que nous voulons corriger ici !


Le Thouet est bien absent en aval de la Vienne. 


Le bassin du Thouet. 

En bas et sur la gauche du cliché,
la confluence du Thouet avec la Loire
qu'il a suivie avant de se jeter dedans.
(Photo Olivier Müller)

(Archives municipales de Saumur)

Il fallait aussi parler aux enfants du Thouet autrefois navigable à partir des trois ports successifs de Montreuil. Ne jamais perdre de vue la ville où habitent les élèves ; toujours s’appuyer le plus possible sur ce qu’ils connaissent déjà.


L'écluse de la Salle, la première sur le Thouet
en aval des ponts qui donnaient accès à ville, rive gauche.
(Plan du XVIIIe siècle, archives privées)


La Salle, ancienne commune de Saint-Hilaire-le-Doyen.
Le moulin, la chaussée-barrage 
qui permet un niveau d'eau correct et constant,
et l'écluse, autrefois à portes marinières
représentées ci-dessous.

Un bateau dans l'écluse de la Salle.
(Dessin de Charles Berg)

Aujourd'hui, le Thouet n'est plus navigable 
que pour les pêcheurs et les touristes...

... qui, de leur embarcation,
peuvent apercevoir le château de la Salle, 
 en aval de l'écluse et du moulin.
Ses terrasses successives descendent jusqu'à la rivière.


 A Montreuil-Bellay, le 23 novembre 1911,
le pont ferroviaire, sur la ligne Angers-Poitiers,
 ne résiste pas à une forte crue du Thouet. Seize victimes.
La presse parisienne évoque la tragédie. 

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Janvier oblige, élèves, maîtresses partagent avec moi la galette avant l’envolée des élèves libérés vers la cour de récréation. Quelqu’un a dû prévenir que nous sommes le 20 janvier, jour de mon soixante-quinzième anniversaire. Est-ce vraiment le hasard qui glissa la fève dans ma part ?

Pour l'anniversaire, indiscrétion d'Irina ou de Mischa, 
les deux seuls élèves que je connaissais ?

Beaucoup d’émotion, de bonheur de rajeunir de plus de 20 ans par ces deux heures partagées à naviguer sur cette belle rivière que je vois de ma fenêtre depuis plus de 40 ans.


 Pour conclure,
une carte postale pour touristes :
Montreuil-Bellay, autrefois l'une des 32 villes closes de l'Anjou,
son enceinte fortifiée presque complète,
avec encore quatre de ses six portes monumentales,
ses deux monastères, ses vieilles églises,
dont l'une, du XVe siècle, entièrement restaurée,
ses belles demeures,
ses châteaux... 
et sa rivière, un temps canalisée, le Thouet.


18 janv. 2015

A Montreuil-Bellay, la vie de château pour des Morgan


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Tous les équipages et quelques-unes des nombreuses Morgan 
devant le château de la Salle.

Cliquer sur les photographies pour les agrandir.

Montreuil-Bellay, une si jolie petite cité de l'Anjou ; la ville close fleure bon encore le Moyen Age finissant.

Dans les vignes, les vestiges du très vieux cheminement 
qui conduisait de Juliomagus (Angers) à Limonum (Poitiers). 
A l'arrière-plan, la vieille ville.

Les châteaux des d'Harcourt et leur collégiale.


 Le château, c’est celui de la Salle, à Montreuil-Bellay, que l’on aperçoit difficilement sur la gauche avant d’arriver à la ville quand on vient de Saumur parce que caché en grande partie par la végétation. Le précède une majestueuse allée bordée de deux rangées de marronniers qui part de la grand-route, toujours sur la gauche, quelques hectomètres avant le premier rond-point. Il a été récemment acheté par Michelle et Michel Houdebine qui viennent de restaurer la propriété.

Les Morgan sont de merveilleuses et pimpantes voitures, dites de collection. L’ingénieur britannique H.F,S. Morgan a créé sa société en 1910, date à laquelle il commença dans la course automobile. Elle n'eut que trois roues jusqu’en 1936, date de la sortie de la « Four-four », la première quatre roues.

Ce samedi 17 janvier, les châtelains montreuillais accueillent chez eux le départ de la 9ème sortie des « Givrés », rallye sur deux jour- nées entre Loire et Sèvre organisé par le Morgan Club de France.


Une quarantaine Morgan se retrouvent tôt le matin dans la cour du château de la Salle où sera donné le départ. Certaines viennent de loin, de Belgique, de Toulouse...

Au premier plan, Michelle et Michel Houdebine, 
les hôtes très entreprenants de la matinée.

Les belles machines...




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Avant le départ, les équipages sont reçus dans le chai
pour le petit déjeuner et un cadeau en vins de la propriété.

Au second plan, de profil, Michel Hoiudebine.

Et pendant ce temps-là, 
le château et ses deux tours d'escalier du XVIe siècle...

... veillent sur les belles Morgan un instant délaissées.

Partie plus récente du château, du XVIIIe siècle.

Trois terrasses descendent de la cour du château
jusqu'à la rivière du Thouet.

La chapelle seigneuriale, dédiée à sainte Barbe,
ouvre sur la première terrasse.       

C'est maintenant l'heure du départ...     
     
On se prépare, se couvre bien car, si le soleil est de la partie, 
le fond de l'air est frais, et l'on va rouler à tous vents...





Les hôtes en dernier, après les autres...
Michelle au volant ; Michel en navigateur.


Principaux villages et villes rencontrés tout au long de l’itinéraire détaillé dans le road-book :
Le samedi 17 janvier => Le Puy-Notre-Dame, Passavant-sur-Layon, Saint-Paul-du-Bois, Maulévrier (arrêt déjeuner), Saint-Laurent-sur-Sèvre, Cholet (pour la nuit).
Le dimanche 18 => Beaupréau, Montrevault et Saint-Laurent-du-Mottay. L'arrivée s’effectue au château de la Houssaye « Monde de Jacques », entre Angers et Nantes, château-musée d’autos, vélos, motos, jouets automobile…

Un grand beau soleil, ce samedi matin, pour une sortie conviviale très prisée.

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Hors sujet, quoique...

Je reçois à l'instant ce mail d'un ami breton, connu il y a "très" longtemps à l'école normale de Beauvais, au tout début des années 1960 ; ce qui fait toujours plaisir... déjà celui d'être lu.

Salut Jacques,[...] Je relis ou découvre des pages de ton blog et affirme que tu es ou deviens un grand témoin de l'actualité.
Continue, ne lâche rien.
Amitiés
        Richard